Partager l'article ! Suite 3: La Régordane La Régordane est l’une des grandes voies médiévales, attestée au XIIe siècle dans deux c ...

Archéolozère, par Audrey Roche
La Régordane
La Régordane est l’une des grandes voies médiévales, attestée au XIIe siècle dans deux chansons de geste de Guillaume d’Orange : le charroi de Nîmes (cf. vers 840, 952 et 957) et les Narbonnais (cf. vers 1750 et 5508). Elle reliait l’Auvergne au Bas-Languedoc et était encore considérée comme importante au XVIIIe siècle car Colbert qui la fit réparer (Devic, Vaissette 1872).
On se demande aujourd’hui si cette voie ne serait pas antique. En effet, un manuscrit du XVIIIe siècle[ la nomme « l’ancien chemin des Romains pour aller de Clermont en Provence et au Bas-Languedoc ». De plus, un certain nombre de toponymes le long de cette voie évoquent un culte rendu à Mercure. De Nîmes, elle passait par Chamborigaud, Génohac, Vielvic où l’on peut y voir des ornières, puis vers l’Estrade et Villefort. Elle franchissait l’Altier à Bayard, se dirigeait vers la Garde-Guérin, le Rachas, la Molette, le Thort, la Bastide, Laveyrune. Au Luc, elle franchissait la rivière et rejoignait Langogne, passait près des ruines de l’oppidum du Mont-Milan puis par le Cheylaret, Naussac et Chapeauroux. Pour la suite du tracé, c’est Marius Balmelle qui semble avoir donné l’hypothèse la plus probable (Balmelle 1939) : la Valette, le Mazel de Fontanes, Sinzelles, la Bastide et Condres avant de croiser la voie du réseau Agrippa à Condate pour se diriger vers Brioude. Cette route longeait en fait la cité à sa limite orientale et elle passe dans des régions où les mines ont été exploitées très tôt, ce qui penche aussi pour son ancienneté (Trintignac 2001).
La via Bolena
La via Bolena est une autre des voies qui parcourent le Gévaudan. Les traces de cette voie sont visibles sur la montagne qui en porte encore le nom, la Boulaine. Son tracé n’est pas certain, avec deux hypothèses principales :
- selon Marius Balmelle, c’est un ancien chemin reliant Jonchères, Grèzes et Ad Silanum. Il propose cet itinéraire : la voie croisait la Régordane à Chaussenille, passait à Saint-Jean-la-Fouillouse, Donnepeau, franchissait la Margeride et allait vers Saint-Ferreol et la Roche-de-Rieutort. Elle suivait la ligne de crête de la Boulaine et aboutissait au pied de l’oppidum de Grèzes puis se dirigeait vers Chirac et Ad Silanum sous le nom « Estrade de Champ-Longue ». Cette hypothèse est appuyée par la présence de vestiges d’habitats gallo-romains dans la commune de Châteauneuf-de-Randon.
- J. Michou et P. Dufort (Michou, Dufort 1974) pensent plutôt que la voie réunissait Javols à la vallée du Lot avant de rejoindre les Cévennes. Elle passerait près de Ribennes, le bois de la Grange, la vallée de Coulagnet, remontait la ligne de crête de la Boulaine pour gagner la vallée du Lot par le col de Vielbougue, avec peut-être un embranchement vers Grèzes. Elle franchirait le Lot au Bruel et montait sur le causse de Sauveterre où elle se confondrait avec l’actuelle route jusqu’au croisement de la D 31. De là, une branche suivrait la draille en direction de l’Aigoual par Sainte-Enimie et le col de Perjuret, l’autre branche rejoignant le col de Montmirat à l’est. Les seuls vestiges nets se trouvent en réalité à la Boulaine.
Pour conclure, il devait certainement y avoir un chemin reliant Javols à la vallée du Lot et aux Cévennes, seul le tracé reste hypothétique.
Il existe aussi des voies secondaires et bien sûrs des chemins très anciens. La voie de Saint-Andéol-de-Clerguemort présente des traces spectaculaires. On pense qu’elle liait la Régordane dans la région de Portes à la Croix de Berthel, où arrivait la draille. Parfois, elle est taillée dans le roc et les ornières sont très profondes. Plusieurs graffiti, dont un « Marcus », visibles sur les parois rocheuses, attestent de la romanité de la voie.
La strata Soteirana est un ancien chemin qui reliait Mende à Villefort. On pense qu’il est antique mais on n’en a pas de preuves, la voie étant juste attestée au Moyen age (ibid.). Elle passait par le causse de Mende, le col de la Loubière, Orcières, Vareilles, le Mazel, Neyrac, Cubières, Pomaret et l’Habitarelle. Elle desservait les centres miniers et passait près de Bagnols-les-Bains.
La strata Serveleria est aussi attestée par des textes médiévaux et reliait de même Mende et Villefort, mais par les crêtes. Grimaud et Balmelle (Grimaud, Balmelle 1925) pensent qu’elle passait par Chapieu, Lanuéjols, Vareilles, la croix de maître Vidal, d’où un embranchement partait vers Servies, le pic de la Réglisse, le signal des Laubies, le sommet de Finiels et les Costeilades. Le toponyme de « Peyre Plantade » et les vestiges gallo-romains présents dans plusieurs communes traversées par la voie font penser que cette voie était peut-être antique.
La via Boleyra est une idée du docteur Prunières : selon lui, il y aurait une voie à la limite du Gévaudan et du Rouergue croisant la voie du réseau Agrippa en direction de Saint-Germain-du-Teil vers l’Aubrac, bordée de tumuli. Mais nous n’en avons aucune trace.
Il devait aussi exister une voie reliant Alba à la Régordane, qui passerait par Resières, Joyeuse et les Vans selon Marius Balmelle (Balmelle, Grimaud 1925). Elle est citée dans des textes du XIIIe siècle. Les deux voies se rejoignaient soit à l’Estrade vers Villefort, soit vers La Bastide plus au nord.
Il existait aussi semble-t-il une voie reliant Javols au pays des Volques Arécomiques. Marius Balmelle propose comme tracé Lanuéjols, puis Saint-Bauzile, Montmirat, Ispagnac, Saint-Laurent-de-Trèves, le Pompidou et Saint-Roman puis Saint-Jean-du-Gard et Anduze.
Certains tronçons sont aussi présumés antiques comme le tronçon de voie pavée de Grandvals, le « cami ferrat » de Faibesse, les ornières de Saint-Michel-de-Dèze, le tronçon de chaussée empierrée de Cadoule, des restes de voie à l’est de Cassagnas etc.
Le trajet du Libellus de Sidoine Apollinaire emprunte nombre de ces voies et donne donc de précieux renseignements. De Brioude, il longe la Truyère et doit suivre une voie celtique pour rejoindre Javols puis Marijoulet vers Chanac en empruntant une partie de la via Bolena. Il continue vers Saint-Laurent-de-Trèves, peut-être par la via Boleyra ou en continuant sur la via Bolena pour bifurquer un peu plus loin sur le causse de Sauveterre.
Il ne faut pas oublier qu’il existait huit lignes d’eau mentionnées par la carte de Peutinger, dont une passe en pays gabale pour aboutir à Condate (Provost dir., Fabrié 1989). Elle part d’un point situé au sud de Blaye, rejoint la Garonne, la Dordogne et la Truyère et atteint l’Allier à Condate. C’est une ligne de communication entre l’Atlantique et les marchés du Centre qui suit assez souvent les voies terrestres, comme entre Javols et Condate, par exemple, où elle longe le réseau Agrippa. Peut-être que l’itinéraire terrestre a en fait doublé cette voie d’eau existant depuis longtemps.
Il existe également de nombreux cours d’eau qui ont pu jouer un rôle dans la vie économique de la cité, comme la Truyère, l’Allier, le Lot, qui arrosait Banassac, le Tarn, qui desservait Florac et le Rozier etc.
Les cultes(ibid.)
Les toponymes dérivant de lucus (bois sacré) attestent d’anciens cultes protohistoriques qui perdurent à l’époque gallo-romaine. On en trouve de nombreux en bordure de la Régordane. Les termes dérivant de Mercorium et Mercore sont également très présents le long de la voie (Fabrié 1985) : il s’agit certainement là de cultes antérieurs à l’époque romaine qui ont perduré après la Conquête.
Des abris naturels ont également été utilisés à des fins cultuelles comme la grotte de la Rouvière sur le causse de Sauveterre occupée de La Tène au premier siècle de notre ère et la grotte des « Tres Berbaous ». Les rites persistent longtemps en milieu rural, comme en témoigne Grégoire de Tours qui décrit les étranges pratiques autour du lac de Saint-Andéol (De Gloria Confessorum, VII, 2). Les habitants faisaient des offrandes au lac et un effroyable orage éclatait, dont les manifestations « faisaient penser à celles de Taranis ». Un fanum y a été découvert par M. de Marnhac et G. de Chambrun, tout comme des fragments de statuettes animales en terre cuite de l’Allier. Un autre sanctuaire de l’eau est connu au Vidalès (Laubies) où des bracelets ont été déposés dans les canalisations de la source.
Mais tous les sanctuaires de hauteur du Gévaudan ne sont pas forcément liés au culte de l’eau : sur l’oppidum de Saint-Bonnet-de-Chirac, A. Vernhet a identifié les ruines d’un édifice certainement élevé sur le tumulus d’un « ancêtre héroïsé ». Le site est occupé du Ier siècle avant notre ère au début du Ve siècle de notre ère (Vernhet 1967). Le fanum du mont Buisson et le sanctuaire rural de Cadoule sont aussi occupés durant toute l’époque gallo-romaine. Deux autres ensembles importants, celui de Rouffiac et celui de Langlade, non loin du mausolée de Lanuéjols, semblent être des lieux de culte. Le premier présente des éléments architecturaux, des fragments de statues et des os d’animaux qui datent du IIIe siècle, le second est à lier à une statue du dieu au maillet. Sur ces sites, la céramique, les monnaies et les statues de Vénus anadyomènes et de déesses-mères semblent avoir été déposées en offrandes aux divinités. En ce qui concerne les cultes officiels de Rome, nous n’en avons pas vraiment de traces, en dehors des inscriptions de Lanuéjols dédiées à Jupiter sous les formes Jovi Optimo Maximo et Divus Jovis. Le culte de Mars est attesté par d’autres inscriptions, comme celle de Recoulettes. Le dieu au maillet est connu par deux statues : l’une trouvée au Born, l’autre à Canilhac, où elle était honorée comme étant celle de saint Vincent. Sylvain-Sucellus, pris autrefois pour Bacchus, est connu par une statue découverte à Javols. Liber Pater est connu par la dédicace d’un cippe de Quintignac (CIL XIII, 1574). Esus-Cernunnos est connu par une pierre gravée trouvée au Monastier et que J. –J. Ignon avait identifiée comme un Hercule gaulois (Ignon 1839-1840). C’est un personnage, dont la tête manque, qui tient une massue ou une corne et saisit un cerf de l’autre main. Sur l’autre face se trouvent des oiseaux.
La religion romaine en Gévaudan se caractérise par une permanence des cultes locaux liés à l’eau, la terre et la fécondité en général. Mais le mausolée de Lanuéjols témoigne du goût romain des élites (CIL XIII, 1567). L’acculturation donne d’heureux résultats, en témoigne un tumulus de Drigas, daté de l’Age du Fer, qui présente une stèle à fronton triangulaire… D’ailleurs, les dédicants des stèles portant une épigraphie sont souvent d’origine celtique comme à Marijoulet et à Allenc (CIL XIII, 1569 et 1563). L’attachement aux pratiques funéraires antérieures aux Romains se traduit entre autres par la persistance de l’utilisation des tumuli jusqu’au IVe siècle, l’inhumation gagnant tardivement le Gévaudan autour du III e siècle.
Nombre de rites païens ont d’ailleurs perduré jusqu’au Moyen Age et se sont mêlés à la religion chrétienne, en témoignent les chapelles érigées à l’emplacement des sources sacrées (Saint-Frézal à La Canourgue, Saint-Hilaire près du lac de Saint-Andéol) et les réutilisations de tombes antiques comme à Lanuéjols ainsi que les transformations des cippes en calvaires comme à Quintignac.
2.2.1.4. Le Gévaudan durant l’antiquité tardive et le haut Moyen Age
(d’après Provost dir., Fabrié 1989)
Des ruptures ?
D’après la CAG (ibid.), les crises observées en Gaule durant l’Antiquité tardive ne semblent pas avoir affecté le Gévaudan. La cité serait-elle la seule à avoir échappé aux problèmes ?
Il semblerait, en effet, que les terres pauvres soient mises en valeur au IVe siècle, ce qui a été montré par l’analyse des pollens de J.-C. de Beaulieu et A. Pons (Pons, Beaulieu 1979). Grégoire de Tours, au Ve siècle (De Gloria Confessorum, VII, 2), décrit les offrandes faites au lac de Saint-Andéol (toisons de laine, étoffes, fromages). D’après l’étude des toponymes en -eremos, des défrichements sont réalisés à l’époque mérovingienne (Rouche 1979), preuve de la mise en culture des terres.
Toutefois, des traces de destructions datées des années 260 sont visibles en bordure du réseau Agrippa, mais aussi le long de la Boulaine et de la Régordane. Des dépôts monétaires y ont été enfouis et l’on y repère des couches d’incendies comme à Puech Crémat après 251 ou à Condate. A la fin du IVe siècle, de nombreux sites furent détruits ou abandonnés comme Cadoule, où l’activité était pourtant ininterrompue du Ier siècle au IVe siècle. Banassac semble être désertée après 378, l’oppidum de Saint-Bonnet-de-Chirac et le fanum du lac de Saint-Andéol ne sont plus fréquentés à la fin du IVe siècle, tout comme la villa de la Croix-du-Siffleur. En revanche, des monnaies mérovingiennes ont été trouvées à Javols.
L’Eglise primitive du Gévaudan
La première mention d’une communauté chrétienne en Gévaudan est liée au martyre de saint Privat perpétré par le chef barbare Chrocus (Grégoire de Tours, Historia Francorum, I, 32). Saint Privat est alors appelé « gabalitanae urbis episcopus ». Mais lorsque saint Cyprien écrit en 254 au pape Etienne en lui donnant la liste des évêques de Gaule et de Germanie, il ne mentionne pas les Gabales (Epistola, 78, 1-5). Au concile d’Arles, en 314, on a la preuve de l’existence d’une communauté chrétienne en Gévaudan mais elle est représentée par un diacre. Le christianisme progresse donc en Gévaudan au IVe siècle, mais les pratiques païennes perdurent encore longtemps. Grégoire de Tours a pu donner le titre d’évêque à saint Privat afin de lui donner un peu plus d’importance, sans qu’il s’agisse pour autant d’un véritable évêque au sens actuel du terme.
Le siège épiscopal était d’abord installé à Javols, où l’on a retrouvé une église très ancienne sous le parking du musée. Selon Bertrand de Marseille, qui écrit au XIIIe siècle, il aurait ensuite été transféré à Mende (Bertrand de Marseille, in Brunel 1917). Javols aurait alors conservé une certaine importance administrative jusqu’au VIIe siècle. Il se pourrait que l’atelier monétaire mérovingien se fût installé dans la capitale avant d’être transféré à Banassac au VIIe siècle. Le siège épiscopal aurait-il alors lui aussi transité par Banassac avant de s’établir définitivement à Mende ?
En 475, toujours selon Sidoine Apollinaire, le siège épiscopal des Gabales est vacant. Or, en 506, l’évêque Leoninus délègue sur ce siège un diacre, Optimus. Il y aurait donc eu organisation de l’Eglise gévaudanaise entre temps.
Sur le plan politique, les Gabales ont l’air favorables à l’alliance wisigothique, ils envoient des légats à Agde pour rencontrer Alaric. En revanche, ils sont visiblement hostiles aux Francs car l’évêque n’envoie aucun émissaire au concile d’Orléans en 511. L’auteur de la Vita Sancti Hilari[ (Anonyme, in Pourcher 1898) signale d’ailleurs le siège de la Malène par les Francs, vers 525.
Par la suite, les évêques se heurtent à l’autorité du premier comte du Gévaudan, Palladius, nommé par Sigebert (Grégoire de Tours, Historia Francorum, IV, 40). Selon lui, tout change en Gévaudan avec la conquête franque : « Seronat foula aux pieds les lois de Théodose pour leur substituer celles de Théodoric » (Epistola II, 1).
A l’époque mérovingienne, Banassac frappe monnaie. Les pièces portent souvent pour emblème un calice à deux anses surmonté d’une croix dit « calice du Gévaudan ». Pendant trente-deux ans, de Childebert à Dagobert, 141 médailles différentes sont produites à Banassac.
2.2.2. Etat des connaissances sur les Causses Majeurs (Fages, Collin 1990)
La présence de l’homme sur les Grands Causses est attestée au Paléolithique Moyen entre 70 000 et 30 000 ans avant notre ère : les objets taillés découverts par M. Hugues sur le causse Méjean témoignent du passage d’un groupe de chasseurs, le débitage de la chaille du Ségala montre la maîtrise de la technique Levallois, les nombreuses cavités bien exposées ont dû contribuer à la fixation des hommes. Les abris du Portalas (Sauveterre) ont livré des restes d’ours, d’aurochs, de hyènes, de rhinocéros, de chevaux, des armes et des outils de silex ou de chaille retouchés qui attestent de la chasse du gros gibier.
Au Paléolithique supérieur, l’homme paraît avoir déserté la région mais il se peut que ce soit dû à un manque de découvertes…Des recherches dans les années 1990 dans des sites dolomitiques ruiniformes du Larzac montrent les indices de la présence des hommes à cette période.
Le Mésolithique marque, en effet, la fin progressive du nomadisme des chasseurs et correspond à un réchauffement climatique qui éloigne la faune froide (renne) au profit d’une faune tempérée (cerf, chevreuil, sanglier, lièvre). Le développement de la forêt de pins sylvestres et de chênes caducs favorise la cueillette des glands, noisettes et légumineuses sauvages. L’homme fabrique de petits outils (microlithes) et utilise l’arc. On remarque que nombre des abris sous roches utilisés à cette période sont réutilisés par la suite. Il est à noter que le Néolithique Ancien caussenard est mal différencié du Mésolithique.
Le Néolithique ancien et le Néolithique moyen (de 5000 à 2500 ans avant notre ère) sont marqués par le passage de la prédation et du nomadisme à la fixation de l’homme sur un territoire. L’homme ne dépend plus autant des ressources de la chasse, pêche et cueillette, il agit sur son environnement et devient producteur de nourriture en devenant agriculteur et berger. Il innove et se spécialise dans la poterie, le tissage ou encore le commerce. La phase ancienne du Néolithique est caractérisée sur le plan matériel par l’usage de la céramique décorée au cardium. Dans les années 1980, un faciès caussenard a été dégagé sur le Larzac et le causse Noir : la poterie n’est plus décorée au cardium mais du bout des doigts ou avec une baguette.
C’est au Néolithique moyen que le peuplement du causse Méjean prend vraiment son essor, vraisemblablement d’abord sur le pourtour du causse. L’industrie lithique de fines lamelles en silex blond et la céramique au décor gravé au burin après cuisson sont d’excellente qualité. Ce sont apparemment le blé, l’orge et les légumineuses qui sont cultivés sur les plateaux et les bœufs, moutons et chèvres ainsi que les porcs qui sont élevés. Les paysans caussenards ont presque vécu ainsi jusqu’à l’avènement de la civilisation industrielle. C’est la coupe en calotte et le vase à fond bombé et à paroi dégagée qui sont les formes les plus courantes de la céramique, tout comme le pot globuleux à col peu marqué. Les moyens de préhension sont les boutons perforés, les barrettes et les cordons multiforés. Le décor est gravé après cuisson et souligne le bord interne des coupes en calotte (sillons, bandes hachurées, triangles à hachures croisées). Des lamelles de silex blond et quelques poinçons en os tirés de métapodes d’ovins ont aussi été retrouvés. Lorsque la saison le permettait, les habitants devaient laisser les grottes pour des campements de plein air. Sur le plan des pratiques funéraires, on distingue trois types de sépultures sur les Causses : en grotte, en caisson de lauzes en pleine terre ou sous tumulus avec une fosse centrale contenant l’inhumation.
Au Néolithique Final / Chalcolithique (2500-1800), l’occupation du sol s’accroît sur le causse. On a souvent classé les hommes de cette époque en groupes régionaux (Rodézien…). L’homme reste attaché aux grottes mais les campements de plein air se multiplient, les hommes continuant à se déplacer saisonnièrement. Les premiers objets de cuivre apparaissent aux environs de - 2300. Les grandes lames de silex sont utilisées en faucilles ou en poignards. La chaille, quant à elle, était répandue dans la fabrication des outils. Le quartz hyalin abondait et était utilisé comme percuteur. Le granit, le grès et le basalte étaient utilisés pour fabriquer des forme de meules, va-et-vient et molettes. Les poinçons, les lissoirs et les gaines de haches sont façonnés dans l’os et le bois de cerf. Les colliers sont faits à partir de cuivre, plomb et or. Les hameçons sont en os. La fabrication du fromage est attestée par la découverte de faisselles. Les coquillages marins montrent qu’il existait des échanges avec le littoral méridional, comme l’atteste aussi la ressemblance entre la céramique à chevrons de Meyrueis et de la plaine du Languedoc. Parfois, des grottes révèlent une occupation saisonnière comme l’aven des Corneilles, au Néolithique final. Sur les causses, très souvent, la tombe est collective, que ce soit en grotte ou sous dolmen. Les cadavres sont déposés côte à côte dans les grandes grottes mais, dans les grottes plus petites et les dolmens, on effectue des rangements pour faire de la place. Dans les vallées et les zones dolomitiques des plateaux se trouvent de nombreuses minuscules anfractuosités à l’accès difficile et à l’ouverture étroite. Quelques sujets y sont conservés, avec souvent une forte proportion d’enfants. Sur les plateaux calcaires et près des affleurements rocheux, on trouve souvent des dolmens. Ces tombes ont souvent été utilisées pendant mille ans et abritent des dizaines d’individus. Il en existe plusieurs types : les dolmens simples à chambre rectangulaire, les plus nombreux et les plus anciens, les dolmens à couloir rectiligne qui relie la cella au bord du tertre, couloir bordé de murets ou de petites dalles dressées. Les dolmens à couloir coudé bordé de dalles se trouvent souvent sur les causses lozériens. La cella est incluse dans un tertre, souvent circulaire : le tumulus. Les menhirs, dont on ne connaît ni la fonction, ni la signification, sont également nombreux sur les causses (80 sur le Méjean). Il y a aussi plusieurs cas d’incinération et il faut noter que la trépanation est courante et que certains sujets y survivent.
Durant l’Age du Bronze Ancien et Moyen (1800-1200), les grottes sont toujours occupées et les sites de plein air se multiplient, les sites chalcolithiques sont réoccupés. L’agriculture et l’élevage ont une grande importance, le cheval est domestiqué et dressé. L’homme continue d’utiliser la pierre mais lui réfère peu à peu le bronze (bijoux , poignards à rivets, hache à légers rebords, flèche, poinçon losangique, épingle à tête perforée, épingle tréflée ou à disque, applique en tôle, hameçon coudé). On retrouve parfois des dépôts de bronziers et des cachettes de haches. La céramique renouvelle ses formes : fonds plats, décor plus présent, moyens de préhension plus sophistiqués (anse à poucier). Les coutumes funéraires perdurent même si, depuis le Chalcolithique, les dolmens tendent à devenir des coffres plus petits, clos sur quatre côtés, ce qui implique un accès vertical qui oblige à déplacer la dalle de couverture lors de nouvelles inhumations. Ces tombes, utilisées de 2200 à 1700 avant notre ère, contiennent moins de personnes que les dolmens. Le coffre préfigure le caisson individuel. Au Bronze Moyen, les grottes sépulcrales existent toujours mais il y a moins de sujets enterrés. C’est aussi le déclin des tombes collectives. Le tumulus les remplace progressivement même s’il n’est d’abord pas complètement une sépulture individuelle.
Le Bronze Final (1200-700) voit naître les habitats groupés caussenards. Il s’agit de l’agglutination de la population sur les hauteurs. Les maisons et de cabanes devaient être en torchis sur ossature en matériaux périssables, dont les dimensions et la forme ne sont pas connues. Les grottes sont toujours habitées : ce sont d’ailleurs elles qui procurent la documentation la plus fournie. La production de céréales (blé, orge, millet) et de légumineuses progresse. On fabrique des objets de bronze : épées, haches à douille, pointes de flèche en tôle, couteaux, rasoirs, bracelets ciselés, épingles à tête enroulée, boutons à bêlières, vaisselle. Les plaques de lignite sont découpées pour faire des parures, des bracelets. L’ambre, la pâte de verre étirée et les perles sont aussi utilisées à des fins de parure. La céramique est de très bonne qualité, en particulier celle à profil anguleux ou fond plat déprimé. Les fusaïoles sont aussi en terre cuite.
Sur le plan des pratiques funéraires, l’incinération remplace finalement l’inhumation. Après la crémation, les cendres sont recueillies dans une urne cinéraire déposée au centre d’un tumulus, une caverne ou une tombe mégalithique antérieure. Les anciennes sépultures collectives sont réutilisées jusqu’à l’époque gallo-romaine. Les nécropoles de sépultures individuelles en pleine terre ne sont pas connues en Lozère mais les grottes ont pu jouer ce rôle : on y a trouvé de nombreux dépôts cinéraires. Les cendres du mort sont répandues ou mis dans l’urne et l’on trouve aussi des vases à offrandes et des objets. Parfois, l’inhumation et l’incinération coexistent.
L’Age du Fer, de 700 avant notre ère jusqu’à la Conquête romaine, peut être divisé en deux stades : le Premier Age du Fer ou Hallstatt (700-450) et le Deuxième Age du Fer ou La Tène (450-52). L’homme abandonne les cavernes pour aller vivre en plein air de façon sédentaire. Des fortifications ont été mise au jour sur les rebords des plateaux : des éperons barrés par des remparts de pierres sèches et des ouvrages défensifs plus élaborés sont édifiés sur les hauteurs. La sépulture individuelle sous tumulus se généralise mais les tombeaux antérieurs sont encore utilisés (dolmens). Au début de l’Age du Fer, l’incinération prédomine comme au Bronze Final. Vers 600, l’inhumation revient et s’efface de nouveau au second Age du Fer qui voit l’essor de l’incinération jusque loin durant l’époque romaine. Les poteries sont décorées de motifs géométriques excisés. A la fin du Premier Age du Fer, l’incinération du défunt et de son mobilier se fait sur le lieu même où l’on élève le tumulus.
L’époque gallo-romaine (de la Conquête en 52 avant notre ère à la chute de l’Empire romain d’Occident en 476) voit l’écriture apparaître sur les Grands Causses à la fin du premier siècle avant J.-C. Des maisons sont bâties sur le modèle romain mais la cabane reste le type d’habitat majoritaire. Les habitats groupés se développent aux croisements des axes. Le travail du métal, de la terre cuite et l’extraction de la résine de pin sont les principales activités artisanales. Des offrandes sont faites aux divinités des grottes, des sources et des sommets, alors que les sépultures, incinérations pour les plus riches, sont regroupées près de l’agglomération, à l’extérieur.
2.2.3. Etat des connaissances sur Banassac et La Canourgue
2.2.3.1. Les premiers hommes
A Banassac, les plus anciennes traces remontent au Néolithique Moyen. La construction de l’autoroute A 75 a permis le repérage et la fouille au Champ del Mas d’une dizaine de structures empierrées d’agriculteurs chasséens au confluent entre le Lot et l’Urugne (Gros 1991) . Les dolmens de la Côte de la Galline témoignent également de l’ancienneté du peuplement de ce fond de vallée. En 1819, le creusement des fondations d’un pont sur l’Urugne a permis de mettre au jour une hache à douille en bronze (Fages, 1977). Il existe aussi un important habitat fortifié de hauteur du Premier Age du Fer à l’extrémité nord du Cap-du-Clapio au sud du Champ del Mas. Ce fond de vallée, qui a connu ses heures de gloire à la période gallo-romaine n’a cessé d’être occupé jusqu’à nos jours
Sur la commune de la Canourgue, l‘ancienneté remonte au Mésolithique avec l’occupation millénaire de la grotte de la Roquette. Les cavités naturelles ainsi que le pied des falaises sont aussi fréquentés du Néolithique Final à l’Age du fer et les mamelons karstiques et hauts replats sont parsemés de dolmens comme Chardonnet, Le Montet, Conques... Les enceintes protohistoriques et les établissements ruraux gallo-romains témoignent de même de la pérennité de la mise en valeur de ce milieu.
2.2.3.2. La période faste
Les officines de Banassac
Evolution des recherches (Fages 1998)
Les fouilles ont été dirigées au fur et à mesure des autorisations données par les propriétaires, auxquelles il faut adjoindre les découvertes fortuites. Dès 1819, les découvertes tendent à montrer que nous sommes en présence d’un important site antique. On trouve par hasard des monnaies (Tibère), de la céramique, des objets. C’est à partir de 1826 que l’on met au jour des ateliers de potiers : on exhume de la poterie sigillée en grande quantité ainsi que le matériel nécessaire aux artisans. En 1857, on découvre des constructions thermales à La Pravive sur la route de Sévérac. Il s’agit certainement d’une très riche villa. En 1937, Morel découvre et fouille les dépotoirs de deux fours à Banassac. Dès 1961, le groupe d’archéologie antique du Touring Club de France s’intéresse à La Canourgue et à Banassac : des vestiges d’habitat, un niveau de sol, un drain et une fosse dépotoir comblée par les déchets d’un atelier de fabrication de céramique sigillée sont mis au jour. Des cales et des fragments de fours ainsi que 5000 tessons de poterie sont recueillis. A partir de là, les années 1960 vont voir le développement des fouilles des ateliers. Parallèlement, quelques sites antiques des alentours sont également mis au jour (Ron de Gleizo).
Détails des découvertes dans l’ordre chronologique
En 1819, l’antiquité du site est confirmée par des découvertes fortuites, entre autres une monnaie de Tibère.
C’est en 1826, au mois d’août, que l’on met au jour les ateliers. M. Dou, propriétaire du domaine d’Oby, redresse les fossés de sa prairie sur la rive droite de l’Urugne lorsqu’il découvre des fragments de sigillée qu’il reproduit et signale à M. Ignon. Trois signatures du potier Rufinus et un fragment de vase orné attribuable à Natalis sont découverts. Les trouvailles sont de suite publiées dans les mémoires de la Société Académique de la Lozère.
Une publication de 1841 mentionne dans les fondations du pont sur l’Urugne la découverte, en 1819, de nombreuses sigillées et une monnaie de Tibère à l’autel de Lyon type R.I.C. 11 de 14-21 de notre ère et un petit bronze à la louve au revers du IVe siècle. Lors de défoncements réalisés en vue de planter des arbres, les découvertes continuent d’abonder.
Le 27 août 1857, lors de son congrès annuel à Mende, la Société française d’archéologie vote une subvention de 100 F pour les fouilles de Banassac. C’est Théophile Roussel, Président de la Société d’Agriculture, Lettres, Sciences et Arts de la Lozère qui les dirige, assisté de A. de Trémontels.
On exhume les constructions thermales à La Pravive sur la route de Sévérac. Les fouilles ne concernent pas l’atelier mais donnent lieu à une correspondance avec M. de Caumont, ce qui nous donne des précisions sur les fouilles précédentes et les découvertes faites au domaine d’Oby : dès 1842, Ignon avait signalé la découverte, dans un champ situé sur la rive droite de l’Urugne, entre Banassac et La Canourgue, de nombreux fragments de poteries romaines, avec des pièces entières et des moules avec des sujets en creux. La grande masse des débris d’une même pâte rouge leur donne à penser qu’il existait là une fabrique de poteries. Plus tard, dans ce même terrain mais en un autre point, M. Barbot, propriétaire, trouve des vestiges antiques et un moulin à vernir.
Près de là, plus près encore du centre de Banassac, sur la rive gauche de l’Urugne, dans un clos nommé Lou Clauzelou, M. Monestier, agent-voyer découvre un amas de poteries rouges, avec des vases entiers aux ornements variés en relief représentant des animaux, des plantes et divers sujets mythologiques. M. Ignon fait mention de cette découverte dont quelques échantillons sont apportés au Musée de Mende par M. Laurens, agent-voyer en chef.
En même temps que les fouilles ont lieu dans l’enclos Monestier, d’autres se tiennent sur la rive droite, réalisées par la famille de Finances, qui en détiendrait toujours les archives (Fages 1998).
Morel rappelle (Morel 1938) que dans Banassac, d’autres personnes ont dégagé une officine de potier avec son four, ses moules et beaucoup de céramiques mais il n’en précise pas la date.
A la suite des découvertes faites en 1859 dans l’enclos Monestier, l’abbé Boissonnade et M. Laurens fouillent de temps en temps avec le propriétaire devant la maison Monestier dans la bande située entre la maison et le jardin. Hélas, ces fouilles n’ont pas donné lieu à des prises de notes. Des vases ont été conservés par le propriétaire mais d’autres ont été remis au musée de Mende.
L’abbé Céres, connus pour ses travaux sur la Graufesenque, s’est également rendu à Banassac. Reçu par M. Monestier, il achète pour 130 frs la plus grande partie de la collection et la revend au Musée des Antiquités Nationales à Saint-Germain-en-Laye. La collection a été inventoriée sous plusieurs numéros, reproduits sur les tessons. D’après Fages 1998, les lots suivants s’y trouvent toujours :
- N° 19608 à 19707 : achat fait à M. Monestier, de Banassac (Lozère), par l’intermédiaire de M. l’abbé Cérès : fouilles d’une habitation de potier et d’un four à poteries, le 8 juillet 1872.
- N° 18479 à 18492, 21622 et 21622A,25638, 31414,78427 : don de l’abbé Cérès, fours à potiers de Banassac. Apparemment, certains documents céramiques ne proviennent pas de Banassac. Soit il s’agit d’une absence de rigueur lors de l’entrée au musée, soit il s’agit bien de tessons trouvés à Banassac mais non produits dans l’atelier de Banassac.
En 1881, M. Badaroux, de La Canourgue, réalise des travaux avec l’autorisation de M. Monestier et M. de Nogaret, propriétaire du domaine d’Oby. On découvre un moule complet, un poinçon-matrice au nom de Maximianus et plusieurs vases complets.
En 1884, des recherches portent sur les installations thermales de La Pravive, reprenant les travaux effectués en 1841 par M. Roqueplo.
En dehors de quelques petits sondages peu importants en 1894, les recherches sont stoppées pendant quarante ans.
En 1937, le docteur Morel reprend les travaux grâce à un crédit des Beaux-Arts et à un crédit supplémentaire du Conseil Général. La fouille est réalisée avec la collaboration de Jean Lyonnet, architecte départemental. Au Villaret, près des thermes découverts en 1857 par de Trémontels, les ouvriers dégagent une salle au sol cimenté qui livre 150 à 200 Kg de céramique.
Au domaine d’Oby, le docteur Morel obtient l’autorisation de M. Nogaret (Conseil Général) de réaliser une tranchée est-ouest. La tranchée, de 12 m sur 1,80 m, permet de mettre au jour quelques découvertes mais le travail devient vite impossible car la tranchée est inondée par un canal d’irrigation tout proche.
En 1938, Morel et Lyonnet ouvrent une nouvelle campagne de fouilles grâce à trois sondages.
Dans l’enclos Monestier (parcelle 933 à l’époque) est pratiquée une tranchée de 24 m débutant à 8 m du mur, longeant le mur délimitant la parcelle 933 de la parcelle 932. La terre végétale de moins d’un mètre d’épaisseur livre de rares tessons brisés. Puis vient une couche de sable et de graviers de 0,10 à 0,20 m d’épaisseur et une couche de 0,30 à 0,50 m d’épaisseur qui présente de nombreux fragments de céramique peinte en partie supérieure. Entre les deux, on note un amalgame de moellons taillés, de terre argileuse et de sigillée, la céramique lisse est plus présente que la céramique ornée au moule. Les tessons ou vases sont souvent collés entre eux et violacés, certains sans engobe. Les fragments de moules sont peu nombreux. Les vases entiers découverts sont engagés les uns dans les autres. Il s’agit sûrement d’un dépotoir d’atelier. Entre 1,50 et 1,70 m de profondeur commence le sol naturel. Des tranchées perpendiculaires ont été creusées de 5 m sur 1, en direction de l’Urugne. Mais la céramique est rare. On découvre la sole d’un four. La seconde tranchée est creusée dans la même direction, et on trouve un second four, en très mauvais état. Les tranchées ne sont pas prolongées en raison de la présence d’arbres, et elles sont reprises au delà vers le nord. On fouille un vaste dépotoir à 2,30 m, qui correspond à la même couche que le précédent. Le docteur Morel précise qu’ils ont trouvé des canalisations et 1500 Kg de poteries. La couche archéologique est épaisse 2 m par endroits et le sol primitif n’est atteint qu’à 4,50 m de profondeur.
Un second sondage est réalisé Place de la Confrérie / du Calvaire. Une tranchée nord-sud a permis de mettre au jour des vestiges de murs et une autre qui lui est perpendiculaire livre les mêmes structures, mais peu de céramique. Ces tranchées étaient larges de 1 m sur 1,70 m de profondeur. Ce sont ces fouilles qui ont été reprises en 1964.
Un troisième sondage est ouvert au niveau de l’école privée. Une tranchée de 14 m dans le sens nord-sud est ouverte dans la parcelle 944. La céramique est de plus en plus présente au fur et à mesure que l’on se rapproche du bourg actuel de Banassac. Le docteur Morel a gardé une partie du produit des fouilles (matériel et notes) et M. Lyonnet a gardé l’autre partie. Lors de l’Occupation, les deux hommes sont arrêtés et leurs maisons occupées par les forces allemandes. Les caisses de céramiques sont stockées à l’extérieur et subissent les intempéries. Les plans et les notes auraient alors apparemment disparu.
En 1953, les Ponts-et-Chaussées entreprennent la construction d’une route nationale (Route Neuve) à travers le domaine d’Oby, dans un pré en pente appartenant à M. Nogaret. On réalise les travaux assez rapidement : toute une stratigraphie riche en céramiques est détruite mais le docteur Morel recueille en vrac trois tonnes de tessons. Un four a toutefois été détruit.
Entre 1953 et 1960, des découvertes fortuites et des sondages ont lieu, le long et au nord-est de l’église, à l’occasion de l’extension du café Cabiron ; il en est de même dans un jardin au sud de la Place de la Confrérie/du Calvaire (Cavaroc) et à l’extérieur et le long du mur est de l’enclos Monestier (Vigarié). Les artefacts ont été distribués entre le docteur Morel et les particuliers.
En 1961, la société des Lettres et le groupe d’archéologie antique du Touring Club de France (TCF) entreprennent des fouilles estivales. M. Boudon de la Roquette, propriétaire de la parcelle 992 accepte les fouilles et M. Gallet de Santerre, Directeur des Antiquités, donne son autorisation. Les tranchées zigzaguent à cause de la présence d’arbres fruitiers mais révèlent toutefois une stratigraphie : de la terre végétale sur 20 cm avec quelques tessons de sigillée, puis une couche entre 0,20 m et 0,70 m avec des tessons en quantité, des moellons, des monnaies antiques, étudiées par P.-H. Mitard. C’est une strate de nivellement obtenue par prélèvement de déblais provenant de strates voisines en place. Puis vient une couche entre 0,70 et 1,20 m avec qui correspond, dans sa partie inférieure, au sol antique sur lequel se sont accumulés les déchets d’atelier. A l’ouest, le sol a recouvert une fosse. A l’est, il a succédé à un niveau antérieur à la phase de production de l’atelier. Ensuite vient le sol naturel, qui présente des dépôts de deux époques différentes : une fosse-dépotoir avec beaucoup de sigillées datant peut-être de l’époque de production de l’atelier, et le niveau supérieur avec des tessons de céramique peinte ; ce serait une production étrangère à Banassac, ayant existé jusqu’à 75 de notre ère. La fosse comporte des déchets de sigillée, lisse ou moulée, avec de nombreux tessons provenant de manqués, des colifichets, des cales de four, des éléments de structure des fours. Les deux tiers du matériel orné proviennent de Germanus. Il n’y a pas de monnaies, contrairement aux strates précédentes.
En 1962, une nouvelle campagne s’ouvre mais les sondages sont négatifs sur les parcelles 940, 979, 980. Une fouille est entreprise dans les parcelles 923-927 (jardin Pouget) à 30 m au sud-ouest de l’enclos Monestier. Une tranchée de 7 m sur 1 m est reprise une seconde fois pour doubler la surface fouillée. Une stratigraphie apparaît : jusqu’à 1,75 m on trouve des déblais, de la sigillée brisée, de la céramique grise commune, une monnaie de Constantin, un tesson de céramique rouge ornée à la molette (apports tardifs). Puis viennent deux couches de couleurs différentes reposant sur le sol vierge, jusqu’à 2,30 m. La sigillée est moins fragmentée mais des tesselles en verre, des moellons de construction, une monnaie de Constantin, des déchets de cuisine, des huîtres, des briques de chaînage, du mortier, des tegulae font penser à des déblais rapportés mélangés à la sigillée attribuable à l’atelier. Quelques éléments de four sont recueillis. A l’ouest, en fin de fouille, un arrangement grossier de moellons plats formant un coffre est dégagé. La fouille a donc permis d’enrichir la collection d’éléments d’atelier mais elle ne correspond pas à des niveaux d’époque.
En 1963, les travaux reprennent avec les mêmes participants sur la rive droite de l’Urugne dans un pré appartenant à M. Cabiron (parcelle 1054), à l’ouest des fouilles que Morel avait effectuées en 1937 au domaine d’Oby (parcelles 1638 et 1639). La stratigraphie de la tranchée principale montre de la terre végétale sur 25 cm de profondeur, puis une couche entre 0,30 et 0,40 m formée de couches d’apports avec des moellons et de rares tessons sigillés ou de céramique grise ordinaire. La troisième couche est séparée de la précédente par un empierrement formant sol. Elle comporte des moellons, des braises, des déchets de cuisine, des fragments de tegulae et de tuyaux en terre cuite et de la sigillée trop cuite et brisée. Un dallage la sépare de la quatrième couche à 0,85 m. Cette quatrième couche est identique à la précédente, jusqu’à 1,60 m. Puis vient une couche de 50 cm d’épaisseur, avec des braises, de la sigillée trop cuite, des cales de four, des dalles en terre cuite, des tubes, des blocs d’argile cuite ayant servi à l’obturation de tuyères de fours. Puis vient une couche sans braises, formée de marnes et de sable, de 10 cm d’épaisseur, avec les mêmes céramiques et une monnaie du VIe siècle indiquant que tout ce qui se situe au-dessus est un apport des gisements situés au-dessus, au nord. La couche suivante est formée d’argile compacte avec quelques beaux fragments de sigillée sur 10 cm de profondeur, avec parfois un décor épigraphique. Une monnaie de Commode est mise au jour, mais aucun vestige de four. Le terrain vierge se trouve juste sous cette couche. Situé au sud de l’enclos Monestier, cet endroit confirme l’existence de zones peu riches ou réaménagées par la suite.
Jusqu’en 1962, des fouilles sont pratiquées par M. Cavaroc dans un jardin privé au sud de la place de la Confrérie / du Calvaire. Elles sont partiellement publiées. La collection a été étudiée vingt ans plus tard. Les documents renseignent sur la décoration et confirment l’abondance et la proximité des ateliers ayant utilisé des moules de Germanus et de Natalis. D’autres céramiques peintes et un vase à relief d’applique de la vallée du Rhône montrent que le lieu était fréquenté avant et après la période de production de l’atelier de sigillée.
Le stage de révision organisé par P.-Y. Genty en 1986 confirme l’inventaire des sites fouillés fait par Hofmann (pourtant publié deux ans plus tard). Les ateliers de potiers peuvent être plus ou moins circonscrits grâce aux mentions des découvertes et des sondages négatifs. Les ateliers se situent sous la moitié orientale du village de Banassac, entre l’église et la rive gauche de l’Urugne. Quelques sondages positifs permettent aussi de penser qu’ils s’étendaient un peu en vis à vis sur la rive droite, dans la partie occidentale de la parcelle anciennement B4 1884. Hofmann pense que les ateliers s’étendent sur une dizaine d’hectares.
Le mobilier des officines
Les fouilles des ateliers ont la plupart du temps permis de mettre au jour des moules, du matériel de cuisson, peu d’outils pour tourner les vases en revanche. Aucun four en place n’a été trouvé ou du moins décrit. Ceux qui ont pu être fouillés lors des campagnes anciennes n’ont pas été suffisamment analysés pour que l’on puisse en tirer aujourd’hui des informations. En revanche, on note de nombreux vestiges de fours (tubuli, joints, cales de fours, briques réfractaires, chapeaux ou chapiteaux de cheminée (tournettes). Peut-être les fours sont-ils situés dans des secteurs non fouillés au sud de l’atelier au pied de la falaise ? (Hofmann 86)
Lieu de conservation du mobilier
Une partie du mobilier a disparu pendant l’occupation allemande (Peyre 1975). D’après Fages 1998, l’essentiel du mobilier est conservé au Musée Départemental Ignon Fabre, au centre de documentation archéologique Charles Morel (mairie de Banassac), au dépôt archéologique de Banassac-La Canourgue (environ 180 portoirs de la collection Morel) ainsi qu’au musée Fenaille (Aveyron) et dans des collections privées. Le Musée de Saint-Germain-en-Laye conserve les tessons n° 19608 à 19707, n° 18479 à 18492, n° 21622 et 21622 A, n° 25638, n° 31414, n° 78427.
Pour en savoit plus voir ma bibliographie sur Internet. En particulier ma thèse "Edition critique et commentée du Procès-Verbal de "la Visitation du chemin appellé (sic) Regordane" effectuée par Louis de Froidour en 1668". Ou "Le chemin de Regordane", éd. lacour. Nîmes dont je prépare une nouvelle édition revue, complétée, corrigée... Pour ma thèse, j'ai parcouru ce chemin plusieurs fois (15.000 km à pied) car on ne parle bien d'un chemin qu'après l'avoir senti avec ses muscles. Vu d'un fauteuil, c'est un chemin d'accès facile. Sur le terrain, c'est autre chose. Personne n'a remarqué que la côte de Bayard (entre Villefort et la Garde-Guérin) verrouillait le chemin et il semble que je sois le seul à avoir découvert le sentier primitif en lumière rasante un matin d'août. La légende que certains véhiculent d'une entrée de César en Gaule par le chemin de Regordane est irréaliste : huit cols à passer, autant de pièges pour une armée qui ne manoeuvre bien qu'à découvert. Nous pouvons dialoguer... ou se rencontrer pour en discuter. Amicalement.
Oui, merci pour toutes ces informations, cela m'intéresse beaucoup! Je compte continuer les reherches sur la Lozère mais envisage de me consacrer aux âges du Fer, à voir...
Vous pouvez me joindre à culturearkeo@voila.fr
Cordialement,
AR
Je découvre votre site et je trouve votre travail très intéressant? Je n'ai pas tout lu, aujourd'hui, mais cela ne va pas tarder. Y-a-t-il un article sur les dernières fouilles de Javols ? Merci. C B
Bonjour, et merci ! Désolée, il n'y a pas d'article sur Javols car j'ai axé mon mémoire sur Banassac et sur La Canourgue. Toutefois, des articles sur les fouilles de Javols sont régulièrement publiés dans la Revue archéologique de Narbonnaise (RAN) - bien que le territoire gabale soit en Aquitaine - et dans le bulletin du CER de Mende, entre autres.
Cordialement,
AR