Mercredi 22 décembre 2010 3 22 /12 /Déc /2010 10:17

Edouard Martel (1859-1938), agréé au Tribunal de Commerce de Paris, quitte son travail pour devenir explorateur et alpiniste et crée ainsi la spéléologie. Il s’intéresse aux causses à partir de 1883. En 1885, il écrit un article sur la grotte de Nabrigas près de Meyrueis, à une époque où les habitants les plus chevronnés risquaient déjà leur vie dans les grottes pour le compte des préhistoriens. Martel publie en 1889 Les Cévennes, puis en 1926 Causses et Gorges du Tarn, puis dix ans plus tard une version enrichie des Causses Majeurs, révélant ainsi le fabuleux sous-sol des causses. Il explore tout à tour Dargilan dès 1884, l’abîme de Bramabiau et l’aven Armand, découvert par Louis Armand.

 

Ernest Cord (1873-1939), géologue, et Gustave Cord (1875-1929), spéléologue, frères originaires d’Ispagnac, se sont également fait un point d’honneur à étudier leur région. Le premier a publié sa thèse de doctorat ès Sciences Etude géologique et agricole des terrains du département de la Lozèredans le Bulletin de la Société d’Encouragement pour l’Industrie Nationale en 1899 avant de devenir un incontournable collaborateur de la Carte Géologique de France. Le second explore avec l’érudit Barbot les Causses et les Cévennes durant six semaines. Devenu avocat, il soutient une importante thèse en droit sur la Propriété spéléologique en 1899.

 

Armand Viré, né en 1869, licencié ès Lettres, se passionne pour la spéléologie et l’entomologie et entre au Muséum d’Histoire Naturelle de Paris pour y étudier la faune cavernicole et créer la biospéléologie. En 1897, il fait partie de l’équipe qui découvre l’aven Armand, avec Martel et Armand. Archéologue préhistorien également, il devient en 1912 le Président de la Société Préhistorique de France et Président d’Honneur de la Société Spéléologique de France. C’est lui qui a rédigé les notices archéologiques du livre La Lozère, Causse, Gorges du Tarn, Guide du touriste, du naturaliste et de l’archéologue (Vire, Cord 1900) grâce à un dépouillement méthodique de la totalité des publications de la Société des Lettres de 1830 à 1900.

 

Georges-Auguste Fabre (1844-1911), géologue, Conservateur des Eaux et Forêts de la Lozère est surtout connu pour avoir reboisé le département : les sables du mont Aigoual et du mont Lozère déboisés, entraînés par les eaux, menaçaient d’envahir l’estuaire de Bordeaux… Il a beaucoup publié dans le Bulletin de la Société Géologique de France et dans le Bulletin de la Lozère ses études de géologie et a entre autres dressé la carte géologique de la Lozère au 1 /80000e.

Paul Marres (1893-1974), d’origine bretonne, se fixe finalement dans le Sud et fait ses études à Montpellier. Agrégé de géographie, il devient Assistant de Géographie à Bordeaux et obtient la chaire de géographie à Montpellier. Passionné par la géographie du Bas-Languedoc, il publie en 1936 sa thèse de Doctorat d’Etat sur Les Grands Causses(Marres 1936), sous l’aspect de la géographie physique mais aussi humaine. Sa thèse arrive à un moment où l’image des Causses et surtout des Gorges fait fureur sur le plan touristique, en particulier grâce au livre d’Edouard Alfred Martel Les Causses Majeurs (Martel 1936). Egalement Président d’Honneur de la Société des Lettres de la Lozère, ses recherches spéléologiques seront reprises par Louis Balsan (1903-1988) qui publie à son tour Grottes et abîmes des Grands Causses(Balsan 1950).

 

2.1.4. Les érudits du XXe siècle

 

Dans la première moitié du XXe siècle, on assiste encore à la prédominance des héritiers des pionniers du XIXe siècle, prêtres ou érudits laïques particulièrement pluri-disciplinaires et très nombreux à parcourir les crêtes des plateaux et vallées au pied des falaises.

 

Le chanoine Félix Remize (1865-1941), ordonné prêtre en 1888, est connu pour avoir dessiné les plans du petit séminaire de Mende et de la chapelle du Carmel. Il a souvent rendu publiques ses études sur l’histoire locale et prit part à l’élaboration de l’Armorial du Gévaudan. Archiviste diocésain, il a rédigé de 1927 à 1940 les Biographies Lozériennes qui, bien que laissées à l’état de manuscrit, furent éditées en 1948 par son neveu Félix Buffière avec réduction d’un tiers (Buffière 1948).

 

Marius Balmelle (1892-1969), fonctionnaire à Paris, suit les cours des antiquités nationales de Camille Jullian au Collège de France, ceux de minéralogie d’Alfred Lacroix au Muséum, ceux de radioactivité de Marie Curie à l’Institut de Radium. En 1918, il publie un ouvrage sur Les Richesses du sous-sol et les richesses hydrauliques de la Lozère(Balmelle 1918) puis en 1922 un Aperçu géologique sur le département de la Lozère(Balmelle 1922).En 1925, il fait paraître le Précis d’Histoire du Gévaudan en collaboration avec M. Grimaud, livre préfacé par Camille Jullian et récompensé par l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres (Balmelle, Grimaud, 1925). En 1927, il fonde la Revue des Provinces de France. Il publie aussi Histoire et Archéologie des Causses et des Gorges du Tarn et les Répertoires Archéologiques de la Lozère (Balmelle 1937 pour la période gallo-romaine ; Balmelle 1945 pour le haut Moyen Age).En collaboration avec Suzanne Pouget, il rédige l’Histoire de Mende, livre couronné par l’Académie française. Il a également publié au sujet de Javols, de la Bête du Gévaudan, de la Voie Régordane… Erudit devenu mendois, lauréat de l’Institut, il a rassemblé des collections de gravures, cartes, autographes, monnaies, fossiles, minéraux, minerais et possédait une bibliothèque riche de 3000 ouvrages. Secrétaire Général puis Président de la Société des Lettres, il assure pendant la guerre la publication du Bulletin, avec des bibliographies sur la préhistoire, l’Antiquité, saint Privat, Urbain V... C’est également lui qui a vérifié toutes les sources et références du livre de Lozériens connus ou à connaître (Buffière 1948).

 

Charles Morel (1893-1968) fut tour à tour médecin, soldat, homme politique, préhistorien et archéologue. Son père, inspecteur des Eaux et Forêts, fut nommé à Mende. Durant la guerre, Charles Morel officie au front en tant que médecin - il recevra la Croix de Guerre et la Légion d’Honneur pour n’avoir jamais voulu être évacué. Il soutient sa thèse de médecine à l’université de Montpellier et s’installe à Mende comme généraliste. Passionné d’archéologie, il repère précisément les sites qu’il découvre et prend des notes sur tous les vestiges archéologiques qu’il rencontre. En 1928, il étudie la grotte de Sainte-Enimie et son ossuaire et à partir de 1936 de nombreuses sépultures tumulaires. A partir de 1930, il consacre une demi-journée par semaine aux fouilles, en particulier sur le causse de Sauveterre ; puis il mène des prospections à Javols en 1937. En 1940, il s’intéresse aux menhirs des Bondons. Il devient spécialiste de l’Age du Fer et de la céramique sigillée, en particulier celle produite à Banassac. Résistant, puis retraité, il consacre son temps à la Société des Lettres, Sciences et Arts de la Lozère, dont il est membre depuis 1921 et il en devient le Président en 1958. Vice-président du Comité Départemental d’Inventaire des Monuments et Richesses Artistiques de la France, il décrit aussi dans le Bulletin de la Société Préhistorique Françaisemenhirs, dolmens, ours des cavernes, haches polies, tumuli, épées de l’Age du Fer repérés lors de ses excursions ou mis au jour lors de fouilles. Dans le Bulletin de la Société devenu Revue du Gévaudan, il rédige des articles sur la céramique et les monnaies mérovingiennes de Banassac et les vestiges antiques de Lanuéjols. Dans les revues de médecine, il décrit les squelettes et leurs trépanations, ainsi que les « blessures de guerre ». Il a travaillé sur les abris et en particulier sur la grotte de Roquaizou, à cheval entre Banassac et Saint-Saturnin, où il confirme l’existence de céramiques gallo-romaines le long de la rivière souterraine. L’abbé Peyre, avec qui il a beaucoup collaboré, est considéré comme son digne successeur.

Peyre Pierre, plus connu sous le nom de l’abbé Peyre, est réputé pour son savoir encyclopédique. Il a mené des fouilles à Javols et a entre autres travaillé sur l’ensemble gallo-romain de Ron de Gleiso à Cadoule, dans la commune de La Canourgue (Peyre 1968). Il a rédigé de nombreuses notices de découverte pour le SRA. Il s’est aussi intéressé à la céramique de Banassac (Peyre 1975), a dirigé des fouilles de sauvetage (Peyre 1976), a rendu compte des découvertes fortuites et de ses propres fouilles dans le Bulletin de la Société et rédigé nombre de rapports, dans les années 1960 en particulier. Il est l’auteur d’un important Répertoire archéologique rédigé en 1971 et toujours resté à l’état de manuscrit (Peyre 1971).

 

2.1.5. L’archéologie dans la seconde moitié du XXe siècle

 

2.1.5.1. Les acteurs

 

La seconde partie du XXe siècle a vu l’archéologie lozérienne prendre un tournant décisif en direction de la modernité. Parmi les chercheurs, outre ceux déjà mentionnés, qui ont contribué à une meilleure connaissance de l’archéologie de la zone étudiée, nous pouvons citer Alain Vernhet qui a travaillé sur l’artisanat (céramique, poix…), Dominique Fabrié, qui a rédigé le volume lozérien de la Carte Archéologique de la Gaule en 1989 et a entre autres étudié l’agriculture, l’exploitation forestière et la céramique, et P. Dufort, qui s’est intéressé à la toponymie locale, en particulier aux toponymes en – acum (Dufort 1965). André Soutou s’est aussi penché sur la toponymie, mais aussi sur la céramique et a réalisé un inventaire des vestiges gallo-romains de la Lozère (Soutou 1956), a fouillé l’éperon barré de Clapas-Castel, commune de La Canourgue ex La Capelle en 1962 (Soutou 1962). Il a étudié le tracé de la voie romaine Millau-Javols par Banassac (Soutou 1987). Nous pouvons aussi citer Gilbert Fages qui travaillait comme ingénieur d’études au SRA, responsable du dépôt de fouilles de la Canourgue. Il a localisé nombre de sites par des prospections très prolifiques. Il a inventorié les haches métalliques du département de la Lozère (Fages 1977), a sans cesse complété la carte archéologique par ses découvertes. Il a également publié dans le PCR de J.-L. Fiches (Chardonnet, Fages 1998).

On peut également nommer W. Mees qui s’est récemment intéressé à la céramique sigillée produite à Banassac (Mees 1994), prenant par là la suite de B. Hofmann qui avait mené des fouilles à Banassac avec l’équipe du Touring Club de Fr            ance dans les années 1960, mais aussi Jacques Vacquier, instituteur passionné d’archéologie qui a fouillé le site Lou Clapio de 1988 à 1990, et G. Costantini ainsi que Jean-Yves Boutin qui se sont plus particulièrement intéressés à la Préhistoire et aux âges des métaux.

Parmi les archéologues, on notera la présence de quelques femmes comme Aline Durand, qui a travaillé sur l’habitat castral dans la France méridionale (Durand 1996), C. Huguiès qui s’est intéressée à l’histoire locale en publiant Banassac au cours des siècles(Huguiès 1990), Marie Boudon qui a réalisé des prospections au sol en 1989 et qui a étudié les sépultures, J. Th. Beeching qui a édité un livret sur le Musée Archéologique de Marvejols en 1983 et a fouillé les grottes de la Roquette en 1982, E. Thauvin-Boulestin qui a étudié l’Age du Bronze des Causses en 1998.

Parmi les historiens qui ont également contribué à la connaissance du patrimoine local, citons le père Félix Buffière, docteur ès Lettres, ancien doyen de la Faculté des Lettres de l’Institut Catholique de Toulouse, auteur de Ce tant rude Gévaudan (Buffière 1985). Il a aussi écrit de nombreux livres sur le département et ses habitants comme Le Guide de la Lozère en 1990 ou encore La Canourgue, des rives du Lot aux Gorges du Tarnen 1996. Il a également codirigé la publication du dictionnaire de biographies Lozériens connus ou à connaître, (1948) avec Privat Buffière et Patrick Cabanel.

D’autres ouvrages ont contribué à faire connaître Banassac et La Canourgue ; on peut ainsi citer la collection Images du Patrimoine qui a publié un numéro consacré au patrimoine architectural et mobilier du canton de la Canourgue.

En ce qui concerne les mémoires d’étudiants, nous ne citerons que ceux qui se sont directement révélés utiles à ces recherches, en particulier celui d’Alain Trintignac dont les mémoires de Maîtrise (Trintignac 1999) et de DEA (Trintignac 2001) se sont avérés d’une importance majeure pour mon propre travail. L’étude des productions et de l’artisanat à l’échelle du département m’a, en effet, permis de mieux cerner la place des productions et de l’économie de ma zone d’étude dans l’économie de la cité. Les nombreuses références bibliographiques ayant trait à l’artisanat et aux techniques m’ont aussi facilité la tâche en matière de recherche bibliographique. Le mémoire de maîtrise de Jacques de Chambrun (Chambrun, de 1981) s’est lui aussi révélé très utile. L’étude des établissements ruraux gabales qu’il a réalisée m’a permis d’appréhender ce problème à l’échelle de ma zone d’étude avec plus de sérénité. Enfin, nous citerons le travail d’Harry Truman Simanjuntak, thèse qui a porté sur l’étude de la collection du Dr. Prunières, d’importance majeure pour comprendre la Préhistoire et la Protohistoire caussenardes.

 

 

2.1.5.2. Les travaux

 

 

Programmes transversaux

 

Divers travaux de recherches diachroniques et pluridisciplinaires ont inclus la Lozère, voire même les communes concernées par notre étude. Nous pouvons citer les travaux de Lorblanchet (Lorblanchet 1965) portant sur le peuplement des grands causses, les recherches menées en 1984 par D. Fabrié sur l’exploitation forestière des causses à l’époque gallo-romaine (Fabrié 1984), mais aussi sur les lieux de culte et les divinités gallo-romaines en Lozère (Fabrié 1985) et sur l’évolution de l’agriculture dans le Gévaudan médiéval (Fabrié 1987). Plus récemment, on peut citer les travaux de Chardonnet et de Fages (Chardonnet, Fages 1998) sur l’habitat groupé de Banassac, les travaux de J.-B. Dedet sur les pratiques funéraires protohistoriques des Grands Causses du Gévaudan (Dedet 2001) et de G. Fages (Fages 2000) sur l’habitat en Lozère au Bronze final et à l’Age du Fer. Ces travaux de synthèse ont fait progresser les connaissances sur l’histoire du Gévaudan et permis de mieux comprendre les découvertes a priori isolées.

 

Les fouilles programmées

 

Les recherches programmées concernant les ateliers de potiers ont été dirigées par un des plus grands spécialistes de la sigillée, Bernard Hofmann. Il a dirigé les campagnes du Touring Club de France (TCF) de 1960 à 1965 et à co-découvert la villa des Abrits en 1965. Il n’a cessé ensuite de publier sur la sigillée (Hofmann 1966, Hofmann, Picon 1974, Hofmann 1976, Hofmann 1986, Hofmann 1988). Les fouilles des ateliers de potiers étaient associées à Mercier, Mitard, Peyre et Vigarié.

   D’autres fouilles ont permis d’en connaître un peu plus sur l’habitat groupé de Ron de Gleizo, à Cadoule, commune de La Canourgue. C’est l’abbé Peyre qui dirigeait les fouilles, de 1964 à 1970, en même temps qu’il élaborait son Répertoire archéologique (Peyre 1971).

Parallèlement, on note un engouement pour les sites de hauteur fortifiés protohistoriques. L’éperon barré de Clapas-Castel fait déjà l’objet d’une publication en 1955 (Soutou, Brouillet 1955) et est fouillé par A. Soutou de 1961 à 1964, des sondages seront d’ailleurs repris par Brouillet en 1976 (Brouillet 1976). Le site de hauteur du Clapio, découvert en 1987 par G. Fages est, lui, fouillé de 1988 à 1990 par J. Vacquier (Vacquier 1988, 1989, 1990). La grotte de la Roquette est, quant à elle, fouillée par J. Thomas en 1982 (Thomas 1982).

Ces travaux ont, on le voit, surtout porté sur les sites majeurs des communes : ateliers de sigillée et éperons barrés.

 

Aménagement et fouilles de sauvetage

 

Les travaux d’entretien de la voierie et des chemins vicinaux, les travaux de réorganisation urbanistique à l’intérieur des villages (places, rues…) et les travaux de réfection du réseau d’approvisionnement en eau ont parfois mené à la découverte de sites archéologiques lors du creusement des tranchées. Ce sont souvent les érudits locaux et les autorités qui ont pris des notes et relevé le mobilier lors des travaux anciens. Ce mobilier peut alors être conservé au Musée de Mende ou au dépôt de fouilles de la Canourgue ou encore chez des particuliers. Les travaux agricoles tels que les labours profonds et les mises en cultures de zones anciennement dédiées au pâturage sont également pourvoyeurs d’informations. La plupart du temps, ils sont assez destructeurs s’ils ne sont pas surveillés de près, en particulier pour les tertres encore intacts qui sont difficiles à repérer. Ils ont toutefois donné lieu à des découvertes intéressantes, des arasements de murs, de la poterie.

L’extension et le réaménagement des communes en vue de la construction de l’autoroute A 75, l’ouverture de nouvelles routes destinées à desservir les fermes du plateau, le désir d’implanter de nouveaux aménagements publics ont donné lieu à de nombreuses découvertes récentes, qui ont suscité des fouilles de sauvetage. C’est par exemple le cas de vestiges romains découverts Avenue du Lot à La Canourgue, fouillés par P. Peyre en 1976, mais aussi du dolmen de la Devèze du Montet fouillé en 1986, du cimetière de Banassac fouillé en 1986 et 1987 par M. Boudon (Boudon 1986, 1987), de la nécropole antique du Champ del Mas et de l’habitat chasséen tout proche fouillés en 1990 et de la villa de Pont Plan, déjà connue, fouillée en 1994-1995 par Chr. Chardonnet. En revanche, certaines opérations n’ont rien donné : c’est le cas du diagnostic archéologique pratiqué en 1998 par G. Fages à l’emplacement d’un projet de caserne de pompiers sur la commune de La Canourgue. Cela aura au moins permis de délimiter l’emprise au sol des ateliers de potiers qui ne semblent pas s’étendre jusque là et de juger de l’épaisseur impressionnante des couches d’argile livrées par le sous-sol.

 

 

 

La création de l’A 75, qui traverse la zone étudiée, a eu, à plusieurs égards, un énorme impact sur le plan archéologique. Ces travaux ont donné lieu à des études préalables qui concernent la géologie, la topographie et le paysage des communes, ce qui a participé de l’enrichissement des connaissances à leur égard. De plus, de nombreux sites archéologiques ont été découverts lors des prospections d’étude d’impact. La recherche des documents relatifs à la construction de l’autoroute était primordiale car la connaissance des lieux de stockage des remblais ou des déblais des travaux dans la perspective de prospections pédestres était importante. Les travaux de remembrement ont aussi donné lieu à une surveillance des tranchées et des monticules de terre déplacée. Destructeurs également, en particulier pour les sites se trouvant sur les limites de parcelles (dolmens en particulier), ils ont parfois permis la découverte de lots de céramiques et de sites connus oralement mais non localisés précisément. Les comptes-rendus de ces découvertes apparaissent dans les bulletins scientifiques locaux.

 

La réalisation de l’A 75 se voulait un événement majeur pour le désenclavement du Massif Central et de la Lozère plus particulièrement. L’autoroute se développe en Lozère sur 65 Km dont 34 Km à plus de 1000 m d’altitude. Plusieurs tracés avaient été envisagés et c’est celui passant par Banassac qui a été retenu. La déviation de la Mothe commence au droit du hameau de Imbèque. Elle franchit le ruisseau de la Felgeyre grâce à un remblai de 30 m de hauteur, traverse une butte calcaire à l’arrière du hameau de Malbousquet par un déblai de 18 m de hauteur. Puis elle se développe en arrière de Badaroux, s’accroche en corniche face au village de Montferrand, entaille la butte située à l’ouest du carrefour de la Mothe, franchit la vallée du Lot par deux viaducs puis se raccorde à la RN9 au sud de Banassac.

Divers organismes en charge de la protection de la nature, comme l’ONF, ont passé des accords avec la DDE afin de contribuer à insérer harmonieusement l’autoroute dans le paysage qu’elle traverse. Ces importants remaniements sont à prendre en compte en cas de prospection archéologique. L’ONF a entre autres réalisé l’étude pédologique des solset a ainsi établi des directives de décapage et de stockage de la terre. Pour donner un ordre d’idée, le volume de déblais s’élève à 1 500 000 m3 et celui des remblais à 900 000 m3 sur environ 12 Km (du Monastier à Banassac). Tunnels, terrassements des falaises, itinéraires de substitution, d’importants aménagements paysagers ont été réalisés, ce qui a profondément bousculé la morphologie naturelle du vallon. C’est le bureau d’études SIEE (société d’ingénierie pour l’eau et l’environnement) de Montpellier, qui a réalisé toute l’étude, initiée par Marc Marcesse, paysagiste coordinateur de l’A75. Pour chaque commune traversée, un document de synthèse mentionnait son milieu physique et la définition des unités paysagères, ainsi que les aménagements projetés et les dispositions nécessaires à leur mise en oeuvre.

En effet, afin d’insérer l’autoroute dans le site, le terrain naturel a subi d’importants travaux de terrassement et des traitements paysagers. La mise en place de remblais a permis la création d’une courbe de passage doux entre la souplesse du terrain naturel aux formes souples et les talus techniques plats et raides aux angles saillants. On a décidé d’amplifier la zone de contact pour évaser les angles en courbes arrondies, ce qui a donné lieu à de nombreux remaniements et au remembrement de la commune de Banassac. Le terrain a été complètement remodelé, on a raccordé la route aux vallons naturels, on a créé des zones de dépôt afin de restituer à l’agriculture des zones propices aux cultures. Il est évident qu’avec autant de remaniements, les archives archéologiques ont une chance d’avoir été déplacées…

Des recherches archéologiques d’importance variable ont été réalisées sur plusieurs sections d’autoroute. Des espaces actuellement vides recèlent des traces d’occupation ancienne. Lors des importants travaux de terrassement qu’entraîne l’implantation d’une voie, le risque de les atteindre est grand. Afin de préserver les témoignages du passé sans gêner pour autant le développement de la région, dès le stade du dossier d’enquête préalable, l’étude d’impact du projet autoroutier est réalisée afin de recenser les sites archéologiques dont la conservation est susceptible d’être affectée lors des travaux. Des campagnes de prospection aérienne et pédestre et des sondages ponctuels évaluent le potentiel archéologique des sites reconnus. Une étude archéologique détaillée a donc été menée en 1996 par G. Fages.

La construction de l’autoroute a aussi permis de rappeler que l’on n’accède pas au causse par n’importe où. C’est grâce au génie civil que les ponts et tunnels ont permis de franchir des vallons et de raccorder les contreforts du massif central ou les causses aux vallées. Auparavant, il fallait trouver un épanchement du causse pour se rendre sur les hauteurs du plateau.

 

Les prospections

 

Diverses prospections ont été réalisées, en particulier des opérations de type « révision archéologique » et des prospections inventaires et thématiques. Dans les premières, on peut par exemple citer la prospection effectuée sous forme de stage formateur par Pierre-Yves Genty nommée « Révision archéologique Lozère I » en 1986. Il s’agissait de réaliser l’inventaire des sites archéologiques de la Lozère. Gilbert Fages a également contribué à la carte archéologique en prospectant. Par exemple, le rapport de prospection de 1989 est constitué de deux parties : la première concerne le département, toutes périodes confondues, et regroupe le travail effectué dans l’année suivant les opportunités. La seconde se limite aux mégalithes des Bondons pour l’inscrire et le classer Monument Historique.

Parmi les secondes, il existe de nombreuses opérations de prospection réalisées dans le cadre de recherches préalables à des travaux de grande ampleur comme l’opération menée par Philippe Gros en 1989. C’est une étude d’impact archéologique préalable à la mise à 2X2 voies de la RN 9 dans le département de la Lozère. Le rapport est de Philippe Gros mais étaient aussi présents sur le terrain Thierry Bismuth, Jean-Yves Boutin et Gilbert Fages. Il s’agissait de recenser en prospection les sites potentiels situés sur l’emprise des travaux et à proximité et tenter de déterminer l’importance scientifique et historique de certains sites par un sondage. Il faut dire que beaucoup de sites découverts en prospection l’ont été de façon hasardeuse : certains sites ont été trouvés car la prospection se faisait en période de sècheresse ; les prés et les champs moissonnés ont pu être prospectés, alors qu’ils auraient été illisibles en temps ordinaire. Les prosecteurs ont eu du mal à prospecter les terrains accidentés. Ils font remarquer dans leur rapport la sur-représentation des sites gallo-romains, la tegulaétant le seul indice que l’on repère même dans des contextes difficiles : les résultats ne rendent donc pas compte de la diversité des périodes d’occupation humaine. En tout cas, cela montre qu’il y a eu romanisation même dans les régions actuellement reculées.

D’autres travaux de prospection ont été ponctuellement menés, afin d’enrichir la carte archéologique. On peut citer les travaux de Fages et Lorblanchet (Fages, Lorblanchet 1967) sur les Causses, les riches contributions de G. Fages de 1989 à 1997 et le travail centré sur es nécropoles de Marie Boudon (Boudon 1989).

 

Les suivis de travaux sur édifice classé

 

La zone d’étude comporte d’importants sites classés Monuments Historiques ou inscrits sur la liste supplémentaire des Monuments Historiques : la chapelle Saint-Frézal, l’église Saint-Martin, le pont de Montferrand, le dolmen de Chardonnet, l’église de La Capelle, le château de Montjézieu en partie, la vieille ville de La Canourgue, le rocher dit « Sabot de Malepeyre » et la muraille rocheuse de « La Forteresse », deux maisons à pans de bois de la place au Blé (La Canourgue) et une maison du XVe siècle sont classés Monuments Historiques et bénéficient ainsi d’une protection particulière ainsi que d’un dossier. Ainsi, lors de l’assainissement du chevet de l’église Saint-Martin de La Canourgue, G. Fages a réalisé le suivi archéologique des travaux (Fages 1997), ce qui a permis de mieux comprendre l’organisation du cimetière ancien lové autour de l’église. De même, c’est la réfection de la chapelle Saint-Frézal qui a permis la découverte d’une inhumation en coffre, d’un bloc orné et l’étude du sarcophage du saint par les restaurateurs.

 

Le recueil de témoignages oraux

 

Durant toutes ces opérations, l’importance des témoignages oraux concernant la découverte d’indices de sites ou diverses anomalies du paysage s’avère capital. Par exemple, les témoignages de M. Baffie et de M. Boudon le 28 octobre 1986 ont amené les prospecteurs de Stage Lozère I sur des sites inconnus. De même, M. Rascalon, lors de nombreux entretiens oraux,confirme la présence de tegulae, de céramiques, de moellons trouvés lors des labours. Lors de mes vérifications sur le terrain, l’enquête orale s’est également avérée très payante : d’une part cela ma permettait de connaître les propriétaires des parcelles concernées et donc de les informer de mon travail et de la présence d’un site sur leur propriété. D’autre part, leur vif intérêt pour le patrimoine local les a souvent amenés à me donner d’autres informations, à m’accompagner sur le site, à me montrer et même à me confier les artefacts découverts fortuitement. Un grand gain de temps et une plus grande précision dans les informations recueillies s’ensuivirent. La collecte de ces informations et leur intégration aux fiches est primordiale, y compris pour les futurs travaux.

 

Les découvertes fortuites

 

Les découvertes fortuites ont aussi eu un rôle à jouer. Elles sont à imputer aux archéologues en poste en Lozère mais aussi aux amateurs et aux agriculteurs. Pour les découvertes relativement anciennes, on en fait mention dans les procès verbaux des séances de la société des lettres ou dans d’autres revues comme la Gazette archéologique ou la Revue Celtique. Par la suite, elles sont notifiées par les archéologues en poste au Service Régional de l’Archéologie.

 

 

2.1.6. La carte archéologique ou l’inventaire systématique du patrimoine par commune

 

Afin d’établir un corpus représentatif des sites de la zone étudiée, ce sujet a aussi consisté en un inventaire systématique des sites de toutes les périodes et de toutes les natures. Cette façon de travailler, qui ne s’attache plus au site mais à un espace, est tout à fait neuve par apport à l’historique des recherches présenté ci-dessus. En quelques dizaines d’années, nous sommes donc passés de la recherche du bel objet à un inventaire systématique et diachronique, en passant par diverses phases qui sont elles-mêmes très représentatives de l’évolution de l’archéologie en France.

 

Un tableau récapitulant les opérations propres à chaque site a été adjoint aux annexes.

 

2.2. UNE ZONE AU COEUR DE L’HISTOIRE DES CAUSSES ET DU GEVAUDAN

 

2.2.1. Etat des connaissances sur l’ancien Gévaudan

 

L’état d’avancement de la recherche archéologique en Lozère est ici résumé afin de mieux cerner l’état de la recherche propre à la zone étudiée.

 

2.2.1.1. Géographie historique : sources antiques et méthode régressive

 

Les sources antiques

 

Les textes nous éclairent quelque peu sur les peuples voisins des Gabales, ce qui nous permet de les replacer de façon relative dans le tissu de peuples gaulois du sud de la Gaule.

César mentionne les Gabales trois fois : il les cite lorsqu’il développe l’action de Lucterius menée en faveur des Arvernes pour obtenir l’aide des Gabales et des Nitiobroges lors d’une expédition contre la Narbonnaise (De Bello Gallico, VII, 7) ; dans une expédition contre les Helviens aux cotés des Arvernes (De Bello Gallico, VII, 64, 65) ; dans le contingent de secours envoyé à Alésia au côtés des Arvernes, ce qui nous informe d’ailleurs du lien de clientèle existant entre les Gabales et ces derniers : « Arvernis adjunctis eleutetis cadurcis gabalis vellaviis qui sub imperio arvernorum esse consuerunt » (De Bello Gallico, VII, 75).

Lucain nomme les Gabales parmi les nations occupant les sommets escarpés des Cévennes (Pharsale, I, V, 434-435) et Sidoine Apollinaire précise dans le Propempticon ad Libellum que la terre des Gabales est souvent recouverte de neige juste après la « Truyère aux reflets dorés ».

Strabon place les Rutènes et les Gabales aux confins de la Narbonnaise (Géographie, IV, II, 2).

Pline l’Ancien les rattache justement à l’Aquitaine (Naturalis Historia, IV, 33).

Ptolémée les mentionne sans préciser les limites de leur cité (Géographie, II, 7).

 

Ces informations permettent aux historiens de replacer de façon relative la cité des Gabales aux côtés de leurs voisins Rutènes, Arvernes, Vellaves, Helviens et Volques Arécomiques mais ne précisent en rien les contours exacts de la cité, si ce n’est ce que l’on peut en déduire par la connaissances des limites des cités voisines. A l’ouest, les relations qui lient Rutènes et Gabales laissent penser que la frontière ne devait pas être aussi nette que cela (De Chambrun).

 

Camille Jullian dit de ces petits peuples « tous ces pays constituaient au sud de l’Auvergne, depuis le Mézenc jusqu’au Pic de Nore, et de là jusqu’aux Gorges de la Cère, un vaste demi-cercle de montagnes, de forêts et d’amitiés qui garantissaient et consolidaient le peuple arverne du côté des grandes vallées méridionales » (Jullian 1914). Il fait ainsi apparaître le rôle capital que tiennent ces peuples aux confins du Midi et du territoire arverne, occupant ainsi une zone stratégique.

 

En ce qui concerne Banassac, nous n’avons aucune mention aussi ancienne. Elle n’apparaît pas sur la carte de Peutinger qui cite toutefois trois stations en pays gabale (Condate, Anderitum, Ad Silanum). Les premières mentions écrites apparaissent aux VIe et VIIe siècles sous les formes Banaciac(o), Bannacaco, Bannaciaco, Banniaciaco, sur des monnaies mérovingiennes (Ponton d’Amécourt 1833). En 1060, le cartulaire de l’abbaye de Saint-Victor de Marseille désigne l’endroit comme étant « Bannacag ». Selon Ernest Nègre (Nègre 1990), Banassac viendrait de Banassacus, lui-même issu du nom propre romain Venantius auquel on aurait ajouté le suffixe - acum.

La Canourgue apparaît en tant que telle vers l’an mil sous le nom de Canorga. Le village, situé au confluent du ruisseau de Saint-Saturnin et de l’Urugne près du confluent avec le Lot, tient son nom de son abbaye (canonica, puis canourca). Seules quelques sources écrites retrouvées sur ces deux communes nous renseignent sur les hauts personnages (voir les cippes dans les fiches d’indices de sites, en annexe).

 

Les limites de la cité d’après la méthode régressive

 

En utilisant la méthode régressive, on peut néanmoins appréhender les limites approximatives de la cité des Gabales. Pour connaître les limites du diocèse ecclésiastique qui reprendrait à peu près les limites de la civitas, il faut remonter la période précédant la création des départements (1790).

Les historiens du Languedoc Devic et Vaissette (Devic, Vaissette 1875-1892, t. XII) pensent que le diocèse de Mende aurait eu pour limites, à quelques exceptions près, celles de la civitas des Gabales. Lors de la création du département, à l’est les communes de Villefort, Combret, Pourcharesses, les Balmelles et Saint-André-de-Capcèzeont été détachées du diocèze d’Uzès pour être rattachées à la Lozère. La limite passait donc au sud de Planchamp et de la Garde-Guérin ; à l’est d’Altier et venait se lier à la limite actuelle entre le pic de Costeilade et celui de Malpertus. En revanche, la limite passait du côté ouest un peu plus bas à partir du pic de Costeilade et laissait donc au diocèse d’Uzès les communes actuelles de Vialas et de Saint-Maurice-de-Ventalon. Au sud, on a de même ajouté à la Lozère les communes de Meyrueis et de Gatuzières détachées du diocèse d’Alès. La limite venait donc rejoindre l’Aigoual en décrivant un arc de cercle à l’ouest de Meyrueis. Au contraire, on a soustrait au Gévaudan tout le canton de Saugues et la commune de Besseyre-Sainte-Mary pour les rattacher à la Haute-Loire. Lorsque l’on superpose la carte du Gévaudan et celle de la Lozère, on retrouve à peu près le même espace en dehors de ces quelque modifications frontalières. La civitasgabale devait donc avoir un aspect proche de celui de la Lozère actuelle. Il faut dire que ses limites sont la plupart du temps naturelles : au nord le Bès et la crête de la Margeride, au sud les Cévennes et la Jonte, à l’ouest les monts d’Aubrac et le causse de Sauveterre et à l’est la vallée de l’Allier.

 

 

2.2.1.2. Le Gévaudan avant la conquête romaine (d’après Provost dir., Fabrié 1989)

 

Le département de la Lozère est occupé depuis la Préhistoire. Les hauts plateaux sont particulièrement bien connus pour avoir accueilli les hommes à la Protohistoire. Les Causses constituaient une zone de passage privilégiée entre le bassin méditerranéen et le reste de la Gaule. Après une installation bien nette des hommes au Néolithique, l’Âge du Bronze lui succède sans discontinuité. Ces périodes nous sont surtout connues par l’étude des nécropoles et des grottes. Les dolmens sont fréquemment réutilisés et les inhumations collectives perdurent jusqu’à la fin de la période. Puis apparaissent les tumulià incinération.

En ce qui concerne les échanges, dès les débuts de l’Age du Bronze les causses sont reliés au bassin méditerranéen : on retrouve les mêmes parures et les mêmes objets en os dans les sépultures des garrigues. Mais on se doute que ces liens existaient bien avant, en témoignent les nombreux mégalithes qui bordent les railles caussenardes. Ces échanges commerciaux avec la Gaule du Sud perdurent durant l’Age du Fer. La céramique à décor champlevé du sud du Massif Central avec une pâte brun clair se retrouve sur les causses avec une pâte plus foncée, noirâtre. La diffusion des grandes épées hallstattiennes est contemporaine de l’occupation des places fortes, comme les enceintes et les éperons barrés. Les tribus semi nomades se sont sédentarisées et semblent avoir abandonné les abris de plaines et les vallées au profit de l’intérieur des plateaux. La période de la Tène est mal connue en Lozère. Le seul constat que l’on puisse faire, c’est la permanence des sépultures tumulaires à des périodes assez tardives.

 

2.2.1.3. Le Gévaudan sous domination romaine (d’après Provost dir., Fabrié 1989)

 

La Conquête

 

Après la Conquête, les Gabales sont mentionnés parmi les cités stipendiaires puis rattachés à l’Aquitaine lors de la création des trois Gaules.

La colonisation romaine a changé le mode de vie  en provoquant un essor de l’urbanisation. Les oppidaceltiques sont nombreux en Gévaudan : le Roc de la Fare, Clapas Castel et Saint-Bonnet-de-Chirac pour ne citer que les principaux. Presque tous les sites de hauteur sont abandonnés au début de l’époque romaine mais quelques uns sont réoccupés plus tard. Au second siècle, Ptolémée (Géographie, II, 7) site Anderedoncomme étant la ville majeure de la cité et la table de Peutinger mentionne, comme nous l’avons déjà dit, trois stations gévaudanaises : Anderitum-Javols, Condate-Chapeauroux et Ad Silanum-Puech Crémat. La fondation d’Anderitumsemble avoir lieu sous Auguste. Quant à Condate, on pense qu’il s’agissait d’un habitat groupé à fonction commerciale au carrefour de la voie secondaire du réseau Agrippa et de la Régordane alors qu’Ad Silanum devait être une mansiosur la voie Rodez-Lyon.

Une étude sur les toponymes en - acantérieurs au XIIIe siècle montre un regroupement des domaines de moyenne importance le long des vallées du Lot et de ses affluents et des vastes exploitations sur les hauts plateaux septentrionaux. Les villaedes plaines sont bien romanisées alors que les fermes de dimensions plus modestes sur les plateaux semblent au premier abord être restées plus traditionnelles : on y trouve de la céramique noire à décor incisé, des vases blancs à décor rouge, des haches votives… Les modestes habitats témoignent de la survivance des constructions indigènes de La Tène, mais d’une certaine acculturation romaine, comme en témoignent les huttes de pierres sèches présentant une couverture de tegulae… La Carte archéologique de la Gaule (Provost dir., Fabrié 1989) se plaît d’ailleurs à comparer les villaede plaines, riches et bien romanisées, et les habitats du causse à une ou deux pièces, « rarement trois ». Nous verrons que cette vision des choses n’a pas lieu d’être.

 

Prospérité du Gévaudan

 

Le Gévaudan prospère de l’époque romaine au haut Moyen Age. On pensait que les fermes des plateaux fonctionnaient en autarcie mais Pline parlait déjà du fromage gabale comme étant l’une des principales productions du Gévaudan (Naturalis Historia, XI, 42), ce qui, à mon avis, montre une grande ouverture aux marchés de l’empire et aux échanges. Ce n’est pas parce que la Lozère est enclavée aujourd’hui qu’elle l’a toujours été…On a souvent vu les exploitations caussenardes comme étant familiales et autarciques « limitées à des clairières défrichées » (Provost dir., Fabrié 1989), en particulier pour l’exploitation de la poix et du minerai de fer. Strabon signalait déjà des gisements de galène argentifère (Géographie, IV, 2, 2) en deux zones principales : une de Villefort à Mende avec quelques filons un peu plus au nord à Saint-Léger-de-Peyre, l’autre de Génolhac à Ispagnac. On y a d’ailleurs découvert des traces d’exploitation antique des mines. On connaît aussi deux gisements de cassitérite à Aumont et Ressouches et des gisements de cuivre de moindre qualité à Allenc et aux Gatuzières. Un atelier de bronzier du premier siècle avant notre ère a été par ailleurs découvert à Saint-Bonnet-de-Chirac.

 

Le Gévaudan présente également d’importants centres de production de céramique : Banassac et le Rozier, sièges de deux centres de production de la céramique sigillée, et à Florac où il aurait existé un atelier de céramique commune en activité du premier au septième siècle de notre ère, au confluent du Tarn et du Tarnon, en bordure de la draille de Margeride.

 

 

Les voies de communication

 

Les richesses naturelles du territoire gabale permettent de penser que ce peuple en a fait commerce et a donc dû créer et entretenir un important réseau de voies de communication. La poix, très utile lors de la vinification, trouvait un débouché en Narbonnaise, en particulier chez les vignobles biterrois qui offraient un marché intéressant. Les chantiers navals d’Arles et de Narbonne offraient un autre débouché au bois et à la poix utilisée pour calfater les coques des navires. Le bois trouvait aussi un débouché grâce au « marché intérieur » des ateliers de Banassac et du Rozier qui nécessitaient de grandes quantités de combustible.

Les exportations de Banassac dans la vallée du Rhône au sud de Valence et dans la Provence rhodanienne, dans les régions du nord-est, en Afrique du Nord, dans la péninsule italique et sur les rivages de la Méditerranée orientale mènent à penser que les voies devaient être très utilisées. La marchandise empruntait parfois des déviations par Nîmes ou par les Volques en passant p   ar Ispagnac, Florac et Saint-Laurent-de-Trèves. Pour exporter vers l’est (Annecy, Alberville, Genève), ce sont les vallées fluviales qui servaient de vecteurs de transport. On commerçait aussi avec les Santones vers l’Océan grâce à la voie qui partait de Javols en direction de l’ouest.

Avant même l’époque romaine, les Gabales possédaient bien sûr leurs propres voies de communication, pistes ou chemins. César pénétra très rapidement dans le Massif Central, ce qui fait penser que ce réseau existait bien avant son incursion. Rome ne fit que structurer ce réseau et l’enrichir de raccords. Plusieurs voies romaines sont connues en Gévaudan, mais beaucoup de chercheurs débattent encore au sujet de leurs tracés exacts et de leur réelle antiquité.

 

Le réseau Agrippa

 

Un réseau secondaire du réseau Agrippa (Lyon/Toulouse) passait par le Velay, puis Condate, Anderitum et Ad Silanum en Lozère et Segodunum en Aveyron. Elle pénétrait la Lozère par Condate/Chapeauroux, franchissait l’Allier et continuait vers Ancelpont, soit en passant par Chazeaux, au nord de Chams et Montagnac ou bien en traversant le Trémouls et le Giraudès. La voie continuait vers la Bataille (vestiges visibles à Combadou, commune de Grandrieu), vers la Margeride au nord-ouest de la Baraque des Bouviers, puis la vallée de Laldones, traversait le bois de Ferluguet, se dirigeait vers le Viala et le bois d’Apcher où des vestiges étaient encore visibles au début du siècle. La voie longeait l’actuelle RD 7, se dirigeait vers Fontans et se confondait avec l’ancien chemin de Fontans au Gas Roubert. On a remarqué la présence de nombreux toponymes de type « Chalsados », la voie étant plus communément connue sous le nom de « Chalsade ». La voie atteignait Javols-Anderitum par l’ancien chemin de Serverette où l’on peut voir des traces de radier. De là, elle se dirigeait vers Aumont-Aubrac par le Bouchet et croisait la voie qui rejoignait le territoire des Arvernes. La voie continuait vers Malbouzon par Grand-Viala-le-Vieux, la Baraque de Malpertus et les Quatre Chemins. Entre temps, il y avait peut-être un embranchement pour se rendre vers Fau-de-Peyre où l’on note le toponyme « cami romiou ». Après Malbouzon, la voie se dirigeait vers Rieutort puis vers le pont de Marchastel, le buron du Deroc, passait près du lac de Salhiens où l’on voit encore des traces et à l’est du lac de Souverols (GR actuel) pour rejoindre Ad Silanum/Puech-Crémat-Bas où le tracé est visible sur plusieurs kilomètres. Elle traversait la forêt de l’Aubrac vers les Infrus en direction de Rodez.

 

 

Par Audrey Roche - Publié dans : archeolozere
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