Mercredi 22 décembre 2010 3 22 /12 /Déc /2010 10:25

   Bonjour, et bienvenue sur Archéolozère ! Ce site est une synthèse de mon mémoire de Maîtrise d'archéologie sur la Lozère. Il a été soutenu à l'Université Blaise Pascal (Clermont-Ferrand) en 2006, sous la direction de Frédéric Trément. De fait, les informations publiées après cette date ou inédites ne sont pas prises en compte. Ce blog n'a pas la prétention d'une publication mais vous pouvez bien sûr, en ajoutant un commentaire ou en écrivant un mail à culturearkeo@voila.fr, critiquer cette recherche de façon constructive et y apporter votre pierre.


      Il s'agit d'un travail de prospection  mené sur le causse de Sauveterre. Vous êtes déjà plus de 15 000 à l'avoir consulté.
      

        Mode d'emploi : les deux premières parties sont disponibles sur ce site, divisées en cinq articles numérotés, la suite est sur Archéolozère 2, vous trouverez le lien sur votre droite.

 

        La version numérique en ligne est donc complète mais ne présente pas les photos des sites (trop lourd ...), ni les annexes (idem...). De ce fait, sans les photos, c'est un peu indigeste... Si, toutefois, vous êtes intéressé, laissez un commentaire en mentionnant le code du site (BAN 12 par exemple), je peux vous envoyer des clichés par mail.

 

ATTENTION : les numeros de renvois type [1], [2] etc. ne sont pas de mon fait, ils sont ajoutés par une plate-forme qui se fait de la pub en insérant illégalement des renvois dans les publications des internautes. Ne cliquez-pas dessus. Si par mégarde vous cliquez dessus, cliquez sur "revenir à la page précédente" pour revenir sur Archeolozère...

 

Deux articles de synthèse ont été publiés à partir de cette recherche, dans les numéros 30 et 31 du Bulletin Annuel du Centre d'Etudes et de Recherches de la ville de Mende (2010 et 2011).

 

 

 

Bonne lecture !

 


 Introduction

 

         Bien que la Lozère apparaisse de prime abord comme un parent pauvre en matière d’archéologie, particulièrement en ce qui concerne l’archéologie spatiale, c’est un département riche de centaines de sites archéologiques. Le présent mémoire expose les résultats d’une année de recherches axées sur l’histoire du peuplement du territoire du Mésolithique au haut Moyen Age, recherches qui ont porté à titre d’exemple sur les communes de La Canourgue et de Banassac, dont les superficies respectives s’élèvent à 10 429 hectares et 1 741 hectares. Cette recherche s’inscrit plus largement dans le cadre d’une problématique portant sur l’histoire de l’occupation du sol en milieu karstique, la zone d’étude se situant au cœur de la région des Causses Majeurs. A plus grande échelle, ce sujet se rattache également à un projet de recherches diachroniques et pluridisciplinaires qui intéressent le développement du Massif Central, dont l’originalité est de montrer que l’isolement de cette région est, en réalité, très récent. Ce programme, qui portera à la fois sur les territoires et leurs limites, le paysage et l’environnement, les réseaux urbains et les réseaux de communication, les institutions, le peuplement et les productions mobilise les énergies de laboratoires rattachés à l’Université, mais aussi au CNRS et au Ministère de la Culture pour ne citer que les principaux. L’espace des Grands Causses, à la fois très central et paradoxalement déserté, présente la même originalité : peuplé anciennement et densément, c’est un milieu original, apparemment hostile mais qui propose en réalité une panoplie très complète de ressources dont l’homme a très tôt su tirer profit. Cet espace, mis à l’honneur par Martel dès la fin du XIXe siècle, et revisité par les frères Cord et Armand Viré, n’a cessé d’être étudié depuis : alors que le Dr Prunières et Louis de Malafosse se passionnaient pour les pratiques funéraires préhistoriques et protohistoriques caussenardes, Marres publiait dès 1936 une thèse de géographie (Marres 1936) portant tant sur les aspects purement géologiques que sur une approche humaine du peuplement des causses. Le XXe siècle a, quant à lui, porté un point d’honneur à étudier le développement des ateliers de production de la céramique sigillée à Banassac et à la Graufesenque et à approfondir l’étude de la capitale gabale Anderitum, alors que les premiers répertoires archéologiques étaient publiés par les érudits Balmelle, Morel et Peyre.

Quant à l’archéologie spatiale, qui prend en compte tous les sites d’un territoire donné d’un point de vue diachronique dans une perspective de synthèse sur le peuplement, elle n’avait jamais été appliquée à l’échelle d’une commune. L’espace des Grands Causses étant bien trop vaste pour être appréhendé en une année, mon choix s’est donc dirigé vers deux communes tests, Banassac et La Canourgue, d’une part très fournies en matière de bibliographie, d’autre part très intéressantes du point de vue de l’occupation du territoire.

C’est en cartographiant les sites archéologiques de Lozère dont fait état la Carte archéologique de la Gaule (Fabrié, Provost dir. 1989) que l’on peut remarquer la densité et la diversité des découvertes faites sur les causses et en particulier sur les communes de Banassac, agglomération secondaire antique, et de La Canourgue, d’où mon choix de me focaliser sur ces deux entités administratives liées géographiquement et historiquement et jamais étudiées d’un point de vue spatial. Il est évident que cette carte correspond avant tout à une carte de la recherche mais il était important de choisir une zone d’étude présentant une variété de sites, de périodes d’occupation et un nombre d’établissements suffisant pour permettre l’élaboration de statistiques pertinentes, l’intérêt étant de donner une vue spatiale de l’histoire de l’occupation de ce territoire. Le cadre communal est bien sûr anachronique mais il présente l’avantage de faciliter le dépouillement de la bibliographie locale et permet la demande d’autorisations administratives ciblées.

Cette zone, située à l’ouest du département, a particulièrement attiré mon attention dans la mesure où un centre de production de céramique sigillée s’y est développé au Haut - Empire. Ces ateliers, rattachés au groupe des ateliers de Gaule du Sud, ont été implantés dans une vallée située à la frange des causses, zone privilégiée de contact entre les deux milieux. Il me paraissait intéressant de voir comment ceux-ci avaient pu dynamiser la région au vu de l’évolution antérieure du peuplement depuis la Préhistoire et donc mesurer leur impact ainsi que leur intégration spatiale au réseau de villae contemporaines. De plus, une partie du causse de Sauveterre, rattachée à la commune de La Canourgue, est riche en tumuli et dolmens, en stations de résiniers et en abris sous roche. Cette fenêtre permettait donc de faire une synthèse sur les traditions artisanales, les modes de vie et les pratiques funéraires locales.

Cette zone d’étude se voulait donc un microcosme représentatif de ce que l’on pourrait s’attendre à trouver dans le cadre d’un travail similaire portant sur l’ensemble des Grands et Petits Causses. Le sujet pourrait donc, à l’avenir, s’étendre à plus grande échelle à un inventaire global des sites archéologiques des plateaux karstiques du centre de la France.

Enfin, l’espace étudié fait le lien entre le territoire des puissants Arvernes, au nord, et la Gaule du Sud, situation dont il a habilement su tirer parti, tout en étant aux confins du territoire gabale, au contact avec les Rutènes. Le sujet se prêtait donc également à une étude des relations entre les cités.

Le cadre géographique est donc celui des causses et des vallées à la frange des causses, l’obstacle principal en terme de prospection étant la couverture végétale abondante et l’escarpement des reliefs. Sur le plan chronologique, l’étude est diachronique et ne privilégie aucune période, si ce n’est celles les plus fournies en matière de documentation.

Ce mémoire a donc d’abord consisté en un inventaire archéologique des sites présents sur le territoire des communes choisies, recensant tant les gisements connus de longue date que les sites découverts localement par un informateur très prolifique, M. Pol Le Lay, ou encore les indices de sites apparaissant dans la bibliographie locale ou acquis lors des recueils de témoignages oraux. Ceci rejoint d’ailleurs les préoccupations du Ministère de la Culture, qui a en charge la Carte archéologique nationale, d’où ma collaboration avec le SRA du Languedoc-Roussillon qui m’a ouvert ses archives et le dépôt archéologique de Banassac. Le sujet avait également une visée patrimoniale : il s’agissait d’établir un dossier clair sur le patrimoine archéologique des deux communes susceptibles de le mettre ensuite en valeur, du moins de mieux le protéger. Ce travail a aussi consisté à mettre à plat la documentation ancienne et récente et à l’analyser pour en tirer des synthèses sur l’occupation du territoire, dont la finalité est d’établir des hypothèses quand aux dynamiques de peuplement de cet espace si particulier. Il m’a également semblé opportun de tenter une approche spatiale du réseau de mise en valeur des terroirs à la période gallo-romaine afin de replacer les ateliers de production de la céramique sigillée dans leur contexte. A défaut de répondre précisément à tous ces questionnements, ce mémoire expose toutefois les premiers résultats d’une approche diachronique et pluridisciplinaire de l’histoire du peuplement à l’échelle d’une commune.

1. UNE ZONE DE CONTACT 



1.1 LE GEVAUDAN, AUX CONFINS DE L’AUVERGNE ET DU MIDI


1.1.1. Généralités    


La Lozère tire son nom d’une haute montagne des Cévennes dont le point culminant atteint 1699 m, le mont Lozère. Situé au sud du Massif Central, le département occupe la partie la plus septentrionale de la région Languedoc-Roussillon. Ses dimensions maximales sont de 105 Km par 80 Km (Bouret 1853). Il est limité au nord par le Cantal, à l’est par la Haute-Loire et l’Ardèche, au sud par le Gard et à l’ouest par l’Aveyron. Ses frontières sont la plupart du temps naturelles : les gorges de la Jonte, l’Aigoual et les Cévennes le limitent au sud ; la Dèsge et le Bès en font de même au nord ; à l’ouest, c’est l’Aubrac et le causse Méjean. La Lozère présente une densité de 14 hab./Km², sur une surface d’environ 5168 Km². Une grande partie du territoire, 92 %, présente de grands espaces pour lesquels la densité ne s’élève qu’à 8 hab./Km², et sur les causses elle atteint tout juste 2 hab./Km². C’est d’ailleurs le département le moins peuplé de France. Celui-ci a Mende pour préfecture et Florac pour sous-préfecture. L’altitude moyenne de la Lozère est supérieure à 1000 m. L’élevage y est prédominant et le département est presque exclusivement rural. L’industrie est principalement liée à l’élevage (fromage) et à l’exploitation forestière. C’est grâce au secteur tertiaire, en particulier les services et l’activité touristique, que le département développe son économie.

Par sa localisation privilégiée entre le Midi de la France et l’Auvergne, le Gévaudan s’affirme en tant que zone de contact. Terre de passage, la Lozère a vu depuis la Préhistoire les populations et leurs troupeaux gagner les terres d’estive par les drailles. Au Moyen Age, elle accueille les itinéraires du pèlerinage vers Saint-Jacques de Compostelle. Encore aujourd’hui, elle est traversée par l’A 75 qui relie le nord et le sud du Massif Central. Malgré son relief et son climat, c’est une terre de passage obligé.

 

1.1.2. Un sous-sol tourmenté 


Le département repose sur un vaste socle granitique qui conserve des traces de l’orogenèse hercynienne et affleure sur plus des trois quarts de la Lozère en roches cristallines, principalement gneiss, micaschistes et granite. Dans la région des Causses, le socle hercynien est recouvert par l’accumulation de sédiments. Il est à noter que c’est au Permien de l’ère primaire que se sont formés dans la région de Banassac et sur les rives du Lot des terrains gréseux ou argilo-gréseux qui ont permis aux ateliers de production de la céramique sigillée de se développer. Au Jurassique, la mer envahit le Massif Central et presque tout le Gévaudan. Tous les éléments arrachés aux reliefs par l’érosion se sont déposés au fond des mers en strates superposées, formant les sédiments. La pression et la chaleur les ont transformés en roches dures. La structure de ces roches métamorphiques ressemble à un mille-feuilles, dans lequel on retrouve des centaines de fossiles. Ces dépôts de faible épaisseur ont été presque entièrement érodés au Tertiaire. Seuls quelques rognons de silice, enchâssés dans le calcaire, ont su résister alors que se fondait leur gangue. Mais sur tout le quart sud-ouest, ces sédiments ont résisté à l’érosion ultérieure. Le contrecoup du plissement pyrénéen à l’Eocène a fait remonter les fonds déjà hors d’eau du Golfe des Causses : ces fonds deviennent un plateau qui restera émergé ; cela constitue aujourd’hui la région des Grands Causses. Le plissement alpin, quant à lui, relève de beaucoup le plateau : le mouvement vertical soulève puissamment les Causses à des hauteurs supérieures à 1000 m. Enfin, à la fin du Tertiaire, la Lozère a connu des éruptions volcaniques. La zone concernée occupe une mince bordure à l’ouest de l’Aubrac. Les coulées de lave de l’éruption volcanique du Puy de Gudette ont même atteint le Pont des Nègres. Les pics et lacs gardent eux aussi le témoignage de cette activité volcanique, tous comme les basaltes noirs de l’Aubrac. A la fin du Pliocène, des éruptions ont même laissé, en des points isolés du Causse, des témoins du passage de la lave : Montferrand, La Canourgue et Montmirat sur le Sauveterre, par exemple. Au Quaternaire, un climat très froid règne sur la région et des glaciers se forment, qui rabotent encore un peu plus les reliefs.

Par son sous-sol, la Lozère ne peut être rattachée à une seule région limitrophe : il est trop diversifié. Les Causses et l’Aubrac se poursuivent sur le département de l’Aveyron. Les schistes des Cévennes trouvent leur écho dans les Cévennes gardoises. La Margeride granitique peut être comparée au sud cantalien. Mais la Lozère est le seul de ces départements à posséder cette variété géologique.

 

1.1.3. Tel substrat, tel paysage 


La Lozère présente une grande variété de paysages due à la diversité du substrat géologique. La richesse de ses milieux fait du département un conservatoire du patrimoine naturel allant des pelouses steppiques des causses et leurs forêts, aux falaises et gorges karstiques en passant par les tourbières de montagne riches en herbacées (Buffière 1985). Ainsi, la Lozère est généralement divisée en quatre régions naturelles : la Margeride, l’Aubrac, les Causses et les Cévennes. Les deux premières sont regroupées sous le terme de " montagne ", tout comme l’Aigoual, le mont Lozère ainsi que la plaine de Montbel. Chaque région se caractérise par la nature du terrain, la forme des montagnes et par une végétation. Les Cévennes sont un massif schisteux, alors que le mont Lozère, le Goulet et la Margeride sont granitiques ; l’Aubrac est constitué de basaltes volcaniques et les causses de calcaire (Delon 1941).

 

1.1.3.1. La Margeride granitique, à l’image du Cantal


La Margeride, granitique, occupe la plus grande surface du département, sur tout le nord de la Lozère. Ses limites avec l’Aubrac à l’ouest sont difficiles à appréhender. Ils sont reliés par des plateaux légèrement inclinés. Au nord et à l’est, la région s’étend jusqu’aux limites de la Lozère, au sud elle s’étend presque jusqu’aux vallées du Lot et de la Colagne. Le relief est ondulé, aux formes douces et arrondies, avec des combes et des collines, des vallées, des plateaux. C’est le pays d’herbe verte, dans le prolongement de l’Auvergne. Le climat y est rude, les hivers rigoureux et longs, les étés courts, l’automne et le printemps presque absents. Les terres sont ici acides et pauvres en phosphore, elles sont dédiées au pâturage. Les bois de jeunes pins couvrent aussi une bonne partie du territoire. Cette lande est aussi composée de genêts et de genévriers, de fougères et de bruyère. Au-dessus de 1200 m, l’herbe laisse la place à la mousse et aux gentianes. Le pin sylvestre, le bouleau et le hêtre ou fayard sont très répandus en Margeride. Près des habitats apparaissent les ormes et ormeaux, frênes et sorbiers des oiseaux. On y cultive le seigle, l’avoine et l’orge, le climat étant trop rigoureux pour le froment. L’eau ruisselle en suivant les rases creusées par l’homme. Dans les vallées et les dépressions, elle stagne, créant des tourbières riches en joncs. De nombreux cours d’eau serpentent : la rivière la plus longue est la Truyère, qui se fond en lac au-dessous du viaduc de Garabit. Le bassin de la Truyère comprend aussi la Rimeize, le Triboulin, qui arrose Javols-Anderitum, et la Limagnole. Le bassin de l’Allier comprend quant à lui l’Allier, le Langoueirouxet le Chapeauroux, qui arrose Condate. Le granit, magma primitif solidifié ayant cristallisé, est maître en Margeride. Il a donné lieu à de nombreuses légendes comme celles de la caverne du dragon de Javols (" lou Cougobre ") et le " dolmen " de Gargantua qui est en fait un chaos granitique. Le géant aurait entrepris d’épierrer la terre et de rapporter toutes ses trouvailles en Lozère… La Margeride présente ses plus hauts sommets au Mont Mouchet (1465 m), au mont Chauvet (1486 m), au Roc de Fenestre (1488 m), au Signal de Randon (1551m) et au Truc de Fortunio (1551m). Ses plateaux s’élèvent à une altitude moyenne supérieure à 1000 m.

Le granit est aussi présent au Mont Lozère, plus étroit et plus haut que la Margeride, allongé d’ouest en est du col de Montmirat au collet de Villefort. Ce mont, dont le département tire son nom, est déjà connu de Pline l’Ancien. C’est par une profonde vallée que cette masse de granit est isolée des schistes des Cévennes, une autre petite vallée le séparant des schistes du Bleymard. A l’ouest, le mont est limité par le calcaire des Causses. Il est à noter que le granit est aussi présent au mont Aigoual, dont la Lozère ne possède que le flanc nord.

 

1.1.3.2. L’Aubrac basaltique : mi lozérien, mi aveyronnais


Entre l’Aubrac et la Margeride s’étend la terre de Peyre, terre de transition, où s’est implantée la capitale gabale (Buffière 1985). L’Aubrac et ses plateaux basaltiques sont issus d’un volcanisme vieux de 5 millions d’années mais les cuvettes lacustres se sont formées lors du dernier âge glaciaire, il y a 10 000 ans. Ce sont les quatre affluents du Bès qui forment les quatre lacs Souveyrols, Salhens, Bord, Saint-Andéol, le dernier ayant fait l’objet d’un culte à l’Antiquité. L’Aubrac présente des landes grises jonchées de blocs mais peu d’arbres. Il s’étend sur le Cantal, l’Aveyron et la Lozère, qui se rencontrent à la Croix des Trois Evêques, élevée en 1238 par les moines d’Aubrac. C’est d’ailleurs la ligne de faîte des monts d’Aubrac qui détermine le partage entre l’Aveyron et la Lozère. La plupart des sommets se trouvent en Aveyron mais la Lozère détient le plus haut, le Signal de Mailhebiau (1471 m). La rivière la plus importante de l’Aubrac est le Bès, affluent de la Truyère, née près du lac de Saint-Andéol. La forêt domaniale d’Aubrac s’étend sur 2400 ha (hêtres, aulnes, alisier blanc, sorbier, sureau rouge) mais l’Aubrac est avant tout une immense prairie qui accueille les troupeaux de bovins. L’hiver y est redoutable : le vent souffle en rafales et amoncelle la neige en congères. La neige couvre d’ailleurs l’Aubrac plus de la moitié de l’année.

 

1.1.3.3. Les Cévennes schisteuses, à cheval entre le Gard et la Lozère


A l’opposé de l’Aubrac se trouvent les Cévennes. Situées sur la bordure orientale du Massif Central, entre l’Hérault et l’Ardèche, telles des retombées abruptes sur les plaines rhodaniennes, les Cévennes sont formées de longues crêtes schisteuses, les " serres ", qui bordent de profondes vallées. Situées au sud-est du département, et orientées sud-ouest/nord-est, les Cévennes sont majoritairement constituées de schistes. Ce sont les calcaires, les marnes et les argiles qui se sont accumulés en sédiments au fond des eaux qui ont fourni la matière première nécessaire à la formation de ces gneiss, micaschistes et schistes (Buffière 1985). Les gneiss et les schistes affleurent ainsi sur un quart du département : de Saint-Germain-du-Teil à Villefort, puis sur la rive droite du Lot et dans la vallée de la Colagne. Les gneiss durs et massifs affleurent à Saint-Germain-du-Teil, Chirac et Marvejols ; alors que les micaschistes apparaissent autour de Mende et prédominent dans la vallée de l’Altier, le gneiss réapparaît dans le val du haut Allier. Il est à noter qu’une partie seulement des Cévennes est lozérienne.

 

1.1.3.4. Les Causses, calcaires, entre Lot et Hérault


Les Grands Causses se situent au sud du Massif Central entre le Lot et l’Hérault. Là s’étendent 3000 Km² de plateaux dénudés et caillouteux. Les Grands causses se nomment Sauveterre, entre Lot et Tarn, prolongé à l’ouest par le causse de Séverac, le causse Méjean (médian) entre Sauveterre et Causse Noir, le causse Noir et le Larzac, les deux premiers appartenant à la Lozère. Les causses lozériens s’étendent ainsi sur 102 655 ha et sont couverts par des pelouses à 55 %, par la forêt à 15 %, par des landes à 30 %. La fenêtre choisie englobe donc près de 12 % des Causses lozériens. Le causse de Sauveterre est relié au mont Lozère par le col de Montmirat et s’étend jusqu’à l’ouest de la Lozère. Il a été déboisé par une exploitation intensive et mesure 35 Km sur 25 Km. Par endroits, la couche végétale permet la culture dans les sotchs. Le causse Méjean est séparé de l’Aigoual et des monts du Bougès par le Tarnon, du Causse Noir par la Jonte et du Sauveterre par le Tarn. D’autres causses plus petits existent : Mende, Changefège, Montbel, l’Hospitalet etc. Ils se caractérisent par l’abondance d’éléments calcaires et l’absence de cours d’eau, l’eau de pluie s’infiltrant dans les gouffres et circulant en sous-sol. Les vastes plateaux sont criblés d’avens, de dolines qui conservent l’argile rouge, de lavognes, plus rares, qui permettent de conserver l’eau des pluies. Les causses sont souvent limités par une haute falaise abrupte en à-pic de 500 ou 600 m au-dessus des rivières blotties dans les gorges. La végétation, pauvre à première vue, est composée de landes et de forêts. Il s’agit alors pour les agriculteurs d’épierrer sans cesse les sols de calcaire en plaques pour que chaque brin d’herbe puisse pousser… (Buffière 1985)

 

1.1.3.5. Une utilisation traditionnelle des ressources, à l’image de la diversité du milieu


La maigreur des sols schisteux, granitiques et calcaires, l’altitude élevée de ses plateaux font du département l’un des plus pauvres du pays mais permettent une grande variété d’utilisation des ressources et de stratégies de gestion du milieu. C’est ainsi que l’on cultive la châtaigne dans les Cévennes, en construisant des bancels pour rompre les pentes. La montagne granitique présente de vertes prairies et de nombreux ruisseaux, permettant ainsi l’élevage, et la culture de quelques céréales. On cultive les céréales sur les rares terres propices  des causses ; dans les steppes de cailloux, ce sont les troupeaux de brebis qui font vivre les habitants. Le lait est utilisé pour le fromage du Cantal ou de Roquefort ; la laine était tissée. C’est dans les vallées et les parties basses que l’on cultive les arbres fruitiers. On a aussi longtemps exploité les mines de plomb argentifère, manganèse ou antimoine du Vialas, du Bleymard et du Masseguin (Delon 1941). L’homme a aussi su tirer parti de la forêt. Elle couvre des espaces étendus et est bien entretenue, cultivée et surtout ancienne. Seule une petite partie est abandonnée. Les principales forêts de la Lozère sont Mercoire, Rancgros, Gourdouze, Calcadès et le Bois-Noir. C’est un département qui a été très défriché. L’homme a fait les frais de la suppression à outrance des arbres des coteaux : chute de l’humus, stérilité des flancs de montagnes, inondations lui ont vite rappelé qu’il s’agissait maintenant de reboiser.

On peut remarquer que les villages sont nombreux dans les vallées, plus épars dans les montagnes où les propriétaires possèdent des terres plus vastes, les fermes se concentrant surtout sur les montagnes et dans les plaines, alors que les hameaux et villages se trouvent plutôt dans les vallons et les Cévennes.

 

1.1.4. Un climat de montagne sous influence méditerranéenne


Le climat lozérien est contrasté : c’est un département de montagne sous influence méditerranéenne et océanique. La nature karstique de ses plateaux, avec leur réseau complexe de galeries et de cavités souterraines qui attirent toutes les eaux de surface, renforce l’impression d’un climat continental et sec. Mais le climat est en réalité plus frais que ce que la latitude pourrait le faire penser. Les montagnes et les cours d’eau omniprésents renforcent l’impression de froid. Il est à noter une différence entre le nord et le sud du département, ce dernier étant plus chaud et présentant un hiver bien moins long. Les vents dominants proviennent du nord et de l’est dans le nord ; mais ce sont les vents de l’ouest et du sud qui soufflent dans le sud. Les vents nord et nord-ouest soufflent plutôt en hiver : on voit alors la neige persister durant plusieurs mois avant que l’on puisse définitivement dégager les congères. Les gelées printanières sont aussi répandues. En revanche, au sud, il arrive de plus que les petits ruisseaux inoffensifs se transforment en torrents destructeurs après quelques pluies (Bouret 1853).

 

 

Par Audrey Roche - Publié dans : archeolozere
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