1.1.5. Le nœud hydrographique de la France
Strabon affirmait déjà que la distribution des montagnes et des rivières en Gaule était une providence (in Joanne 1898) et ceci est particulièrement vrai pour la Lozère. A. Joanne, dans
sa Géographie du département de la Lozère (Joanne 1898) surnomme la Lozère « le toit de la France » du fait de sa position centrale vis à vis des trois plus grands bassins
versants de la France. Les sources sont en effet très nombreuses au pied des causses sur lesquels il tombe près d’un mètre d’eau en quelques mois, eau qui s’infiltre pour ressortir en
résurgences. Le département draine en effet 437 cours d’eau sans que presque aucun d’eux ne provienne d’un département voisin. En
dehors du bassin de la Seine, tous les autres sont ses tributaires. Ce sont la Margeride, le Mont Lozère et l’Aigoual qui déterminent la ligne de partage des eaux entre la Méditerranée et
l’Atlantique et les bassins versants de la Loire, du Rhône et de la Garonne (Fig. 7). Les eaux s’écoulent vers le Rhône par le Chassezac et l’Altier puis l’Ardèche et la Cèze et vers la Garonne
par le Tarn et le Lot. La Loire reçoit l’Allier. Le Gard se grossit des sept gardons.
Aucune rivière n’est navigable actuellement, elles sont peu profondes, trop rapides et présentent de nombreux obstacles. Certaines ont longtemps été infranchissables, alors que d’autres s’y
prêtaient facilement à gué ou par la construction de ponts stratégiques. C’est ainsi que la capitale gabale, Javols-Anderitum, était installée au niveau d’un passage à gué et que les
ateliers de potiers de Banassac profitaient du confluent du Lot et de l’Urugne.
1.1.
LES CAUSSES, UNE TERRE DE PASSAGE ?
1.1.1. Un
espace contraignant
Cela fait longtemps que le gel, le vent, la pluie et tous ces agents de destruction se sont employés à ronger la surface des couches calcaires : c’est l’érosion propre aux causses, dite
érosion karstique. Le causse ou système karstique est un système caché qui doit son nom à la région de Karst en Slovénie. Il se définit par l’action de l’érosion chimique sur les calcaires et les
autres roches solubles. L’eau qui tombe à la surface, chargée du gaz carbonique atmosphérique acidifiant, corrode la masse des carbonates qui libèrent de fines particules argileuses. Ces argiles
s’accumulent dans des dépressions en une couche imperméable, créant des dolines ou des sotchs reconnaissables à leur couleur verte. L’eau disparaît presque instantanément par les diaclases du
calcaire fissuré, les avens, les lapiaz. Le réseau d’écoulement s’organise au-dessous de la surface en plusieurs niveaux avec des circuits morts ou actifs, des grottes, des siphons, des gours. Au
pied du massif, l’eau retrouve un circuit de surface par des résurgences (Chemin Faisant, 2001). Sur les plateaux karstiques, le modelé présente donc des amas dolomitiques, calcaires
riches en magnésie, chaotiques et ruiniformes sur un sol sans hydrographie de surface. Les causses sont ainsi un milieu steppique, alors que les grandes vallées où coulent le Tarn, la
Jonte et le Tarnon, simples failles à l’origine, se sont transformées en canyons grandioses. Etant donné que le réseau hydrographique s’est établi à partir de la
surface fondamentale, les drains principaux sont indifférents à l’égard de la structure. Le niveau de base karstique est constitué par le sommet de la nappe karstique qui tend à se mettre en
équilibre avec l’altitude atteinte par les cours d’eau allogènes. En période de crue ou de pluies sur le Causse, mieux vaut donc s’abstenir de descendre dans les avens…
L’altitude moyenne des causses lozériens se situe autour de 1000 m mais la topographie des plateaux est variable et bien souvent tourmentée. L’impression d’aridité et l’absence d’eau en surface
ne doivent pas faire oublier qu’il y tombe près d’1,20 m d’eau par an. La nature sèche et rocailleuse du sol perturbe la pousse de toute végétation, c’est pourquoi les cultures se concentrent au
creux des modelés karstiques comme les dolines et les combes où s’accumule l’argile rouge de décalcification tandis que les lavognes, qui conservent l’eau de pluie dans leurs dépressions,
permettent aux troupeaux de vivre. Les caussenards se sont aussi constitué des citernes de réserve d’eau pour subvenir à leurs besoins.
Enfin, les surfaces steppiques des causses, balayées par les vents froids toute l’année, rappellent que ceux-ci sont situés à un carrefour climatique (aquitain, méditerranéen, continental) qui
provoque des hivers très rigoureux mais des étés torrides.
Le Causse de Sauveterre, qui est le plus concerné dans cette étude, a une altitude qui varie de 800 à 1180 m. La plus grande partie, couverte d’herbe piquetée de buis et de forêts de pins
agrémentées de genévriers, a vu sa steppe se dégrader à cause du pâturage intensif des moutons, qui représentent encore aujourd’hui une grande partie de l’économie caussenarde. Sur le plateau,
seules les dolines et les combes pouvaient vraiment être utilisées pour les céréales et les cultures fourragères. C’est donc un pays où, à première vue, l’activité humaine n’avait pas la tâche
facile. En revanche, les vallées au sol limoneux et profonds, proches de la nappe phréatique, sont favorables aux cultures et à la pousse de l’herbe. Encore aujourd’hui, les habitants des
plateaux tiennent à y posséder un champ. On pense que ce sont justement les échanges entre causse et vallée qui ont été au fondement de l’économie rurale (Toujas, in Taillefer 1978).
1.2.2. Des ressources diversifiées
Les Causses constituaient pourtant une réserve inépuisable de ressources naturelles : bois, calcaire, minerais, dalles calcaires, terre glaise…Les dépôts sédimentaires constitués au
Jurassique supérieur s’extraient aisément du sol en plaques qui ont servi de pierres pour la construction. Le calcaire pouvait aussi être utilisé pour fabriquer la chaux. Les résineux ont
également été exploités très tôt : bois de chauffage, charbons de bois, troncs longs et droits débités pour être exportés en l’état... Actuellement, la partie occidentale des causses est couverte
de résineux, de bois et de bosquets de chênes blancs et la zone orientale, plus élevée, est dénudée.Michel Lorblanchet (Lorblanchet 1965) a comparé la répartition des monuments mégalithiques et
des stations de résiniers à la carte de la couverture forestière et a montré l’ancienneté de la physionomie du causse. La forêt primitive devait être antérieure à l’implantation humaine et a dû
régresser pour laisser la place aux pratiques agro-pastorales. Les minerais ont également très tôt été mis à l’honneur, en particulier à travers la réduction du minerai de fer. Le dépeuplement
actuel des causses est entre autres lié au système d’exploitation de terres agricoles pauvres qui exige la possession de grandes étendues par un même propriétaire, mais également à la rudesse du
climat aux hivers longs et rigoureux. En fait cet espace a surtout décliné à partir du moment où les richesse qu’il avait à offrir ont cessé d’intéresser l’économie.
1.2.3. Un espace si contraignant que les hommes n’auraient fait qu’y passer ?
La rapidité avec laquelle César a envahi la Gaule a fait penser aux historiens que les voies de communication étaient nombreuses et entretenues, même si elles n’étaient pas construites. En dehors
des nombreux sentiers rudimentaires qui parcouraient le Gévaudan de toutes parts, on remarque la grande importance des drailles, anciennes et larges.
Marius Balmelle cite en 1925 (Balmelle 1925) deux drailles principales : la draille gévaudanaise et la draille d’Aubrac. Toutes deux drainent les troupeaux et les hommes de la Provence
vers la Montagne.
Le première passe par le Gard, les Cévennes, la Vieille Morte, le col des Ayres, le col de Jalcreste, traverse le Tarn à l’Aubaret, passe sur le Finiels à 1702 m, rejoint la vallée du Lot,
traverse le Goulet et Montbel. Elle permet aux troupeaux de gagner les estives dans les pâturages du Mont Lozère, de la Margeride et de l’Aubrac.
La seconde, dont le tracé est résumé par Peire de Vairau (Peire de Vairau, sd) nommée en Occitan
la Granda Dralha del Lengadoc, aussi appelée Grande Graille d’Aubrac sur le Méjean, part
de Saint-Martin de Mondres, passe à Ganges, Pont- d’Hérault, Mandagout, Cap de Costes, le col de Seyrerède et aborde le Méjean au col de Perjuret. Elle traverse le Tarn à Sainte-Enimie, continue
sur le causse de Sauveterre pour atteindre Chanac, Banassac-La Canourgue, Pont-de-Salmon, Chirac, Le Monastier (Fig. 8). Elle permet ainsi de rejoindre assez vite et sans détour le Tarn au Lot.
Elle est désignée aujourd’hui sous l’appellation GR 60. C’est la draille qui a connu, sur les Grands Causses, la plus grande fréquentation. D’autres drailles se raccordaient à cette grande
draille : la draille de Chanac à Florac, la draille de l’Espérelle
[1], le
chemin de La Canourgue à Florac
[2] qui passait à Roussac.
Peire de Vairau a parcouru toutes les drailles et chemins afin de mieux cerner leur tracé exact et étudier la vie pastorale afférente. Ces chemins, dont Jean Galtier a montré dans sa thèse
(Galtier 1971) l’ancienneté grâce à la superposition des tracés des drailles et des principaux mégalithes inventoriés, étaient bordés de dolmens, de menhirs, de tumuli qui permettaient
de relier les plaines et garrigues du Languedoc à l’Aubrac à travers les Causses. Pour retrouver le tracé des drailles, Peire de Vairau a cherché les passages naturels par les combes, les cabanes
de bergers, les lavognes, les croix de carrefours et a étudié la toponymie liée à la vie pastorale (Peire de Vairau 1979). Il a ainsi étudié la draille de Saint-Guilhem-le-Désert à Meyrueis en
1978, la vieille draille sur le causse de Sauveterre en mai 1980, la grande draille du Languedoc/d’Aubrac du col de Perjuret à Sainte-Enimie en mars 1981, la draille de Florac à Chanac en juin
1990, l’Ancien chemin de Meyrueis à La Canourgue en août 1991. L’enquête orale réalisée a permis de mieux comprendre ces chemins si particuliers.
Ces itinéraires de transhumance varient de 3 jours à une semaine selon le trajet emprunté et les conditions. Il fallait donc s’organiser pour que le troupeau ait où s’abreuver, manger et dormir.
De nombreux toponymes ont ainsi gardé la trace des habitudes pastorales locales. Peire de Vairau en recense des dizaines, dont nous ne retiendrons que ceux qui existent sur la zone étudiée,
traversée par le GR 60 qui descend du Causse en profitant d’un épanchement naturel. Le/la Claux, les Clauses et leurs dérivés désignent les parcs à ovins. La Devèze,
le Devès et leurs dérivés désignent les pâtures. La Garde, les Gardies, les Gardettes désignent les lieux de garde des troupeaux. Les Pessadous, la Pezade,
les Pessades désignent les lieux de passage (à une limite de cité, de diocèse, de département…). On peut enfin citer lavogne et lavagne, mares caractéristiques des Causses où
s’abreuvent les brebis.
Les différents auteurs des ouvrages consacrés aux drailles font des Causses des « terres de passage ». Les hommes n’auraient donc fait qu’y passer ?
1.2.4. De l’ancienneté de la mise en valeur du terroir : paléo-environnement versus a
priori
Cette image d’un causse désertique et déserté est largement remise en question par les études paléo-environnementales qui nous renseignent tant sur l’évolution
écologique du milieu que sur l’impact de l’homme sur son terroir. Une synthèse sur l’Ecologie des Causses au Quaternaire a été réalisée par Jean-Louis Vernet (Vernet 1985) dont ce résumé
est inspiré. Une première synthèse de la végétation holocène des Causses avait d’ailleurs déjà été effectuée par Jean-Louis Vernet en 1968 et en 1972.
Il s’agit d’une synthèse paléo-écologique centrée sur le Quaternaire, qui apporte beaucoup à la connaissance des phénomènes naturels et à la mise en valeur de l’anthropisation des milieux. Les
Grands Causses et leur périphérie ont ainsi fait l’objet d’études pluridisciplinaires : cartographie géomorphologique, forages, datations 14C,
Uranium-Thorium et paléomagnétisme, palynologie, anthracologie. Plusieurs points des Causses ont été choisis et étudiés sous ces angles. Pour les études palynologiques, les résultats des
carottages pratiqués ailleurs dans le département, voire dans les départements limitrophes, ont été couplés à ces travaux, les Causses ne se pliant pas à ce genre d’études qui apportent des
résultats plus significatifs dans les tourbières ; riches en pollens, elles restent les meilleurs indicateurs de la végétation, et comme elles enregistrent la végétation d’une grande région,
leurs données peuvent ici être prises en compte pour les 5500 dernières années. Les remplissages karstiques et les grottes ayant fourni des vestiges d’habitat humain et des charbons ont aussi été
étudiés, tout comme la microfaune et la macrofaune, qui nous renseignent aussi sur le biotope de l’époque.
1.2.4.1. Etudes faunistiques et floristiques
Le Pliocène : l’apport de l’analyse paléobotanique des sédiments du paléogolfe de l’Orb (Suc, Vernet
1975 ; Suc 1981)
Le Pliocène peut être appréhendé à travers cette étude qui permet de se faire une idée de la végétation et du climat de l’époque. Certains taxons témoignent de
la végétation que devaient connaître la Montagne Noire et les Grands Causses, en particulier érables, chênes et sapins. J.-P. Suc conclut que ce sont les forêts qui occupaient le relief :
Abies, Picca, Pinus, Cedrus, Sequoia étaient majoritaires. En revanche, plus bas, la végétation était plutôt de type méditerranéen :
Pinus, Quercus, Olea, Phillyrea et Cistus dominaient. Les Taxodiacées disparaissent au profit des espèces xérophiles méditerranéennes, à cause d’un
changement climatique et de la sécheresse estivale (Michaux et alii, 1979). Le froid hivernal provoque l’apparition des premières steppes vers - 2,4 MA. Ces steppes alternent avec
des phases de réchauffement longues (interglaciaires) ou brèves (interstadiaires).
Les diatomites
[3] de la partie supérieure de la série de Bernasso ont, quant à
elles, livré des feuilles de charmes et d’érables. Toutes les lauracées ont disparu, il n’y pas de chêne ni de marqueur de climat véritablement froid ; les érables témoignent tout de même
d’un climat frais. La palynologie et l’étude des macro-restes montrent de même une dominance d’arbres alors qu’une végétation steppique est attestée par l’étude pollinique. Les ensembles
steppiques à Armoises, Chênopodiacées et Pins témoignent de climats arides (Suc 1978). Il s’agirait d’une amélioration climatique à l’intérieur d’un glaciaire car il n’y a pas encore
développement de la forêt de chênes caractéristique des végétations interglaciaires. Cette séquence peut être datée du second refroidissement (Eburonien).
Le Pléistocène inférieur et moyen : les résultats de l’étude de deux ensembles fauniques
Pour le Pléistocène Inférieur et le Pléistocène Moyen, deux ensembles fauniques ont été étudiés. P. Ambert a pu y reconnaître de nombreux restes de cervidés mais aussi quelques autres éléments
comme un Equus, un Bovinae, un Felidae. Les conditions climatiques devaient être tempérées forestières.
Les rongeurs de la faune de Saint-Sauveur (Aveyron) ont été plus spécialement étudiés : les conclusions tendent à montrer qu’au Pléistocène Moyen, le Larzac n’est pas sous influence
méditerranéenne mais est déjà soumis aux conditions climatiques médio-européennes.
La flore de Peyre I (Bazile et alii, 1977) présente des empreintes foliaires et des cônes appartenant à Picea abies, Pinus sylvestris, Acer pseudoplatanus, Acer
campestre, Acer opulifolium, Corylus avellana, Buxus sempervirens. C’est la première fois que l’on découvre des macrorestes d’Epicea dans le Pléistocène
des Causses. Cette flore fossile ne peut être comparée qu’à celle de l’actuel étage montagnard, compte tenu du décalage écologique avec la période actuelle. Par comparaison avec des remplissages
karstiques préhistoriques fournissant des assemblages homologues, on conclut que ce « travertin a fossilisé une flore durant une période froide ou relativement froide » (Vernet et alii
1984). Grâce à une approche radiométrique et paléomagnétique, cela peut être précisé : la séquence est antérieure à la limite Bruhnes-Matuyama, soit dans un interglaciaire au cours d’une
période de refroidissement, soit au début d’un glaciaire. Cette série prolonge donc la série de Bernasso et démontre un second renouvellement floristique postérieur à l’Eburonien. On remarque
ainsi la mise en place des végétations modernes des Grands Causses et la disparition des derniers témoins de la flore tertiaire chaude.
Le Pléistocène supérieur : l’apport des travertins du Chenil, du Réservoir et du Château, ainsi que des
remplissages karstiques préhistoriques de la vallée du Gardon
Le Travertin du Chenil a livré une flore différente, avec des restes de chênes à feuillage caduc ainsi que Corylus avellena et Buxus sempervirens. C’est un ensemble supra
méditerranéen qui évoque la chênaie actuelle. Il s’agit d’un interglaciaire ou du moins d’une phase de réchauffement postérieure au Ménapien.
Le travertin du Réservoir a fourni une faune
[4] présentant des mammifères de
grande taille :
Megaceros,
Equus Caballus,
Mammuthus Primigenius ainsi qu’une microfaune. Ces grands mammifères sont typiques des climats tempérés. Le degré
d’évolution du cheval permet de dater cette faune du dernier interglaciaire (Prat 1968). D’après l’étude des gastéropodes et des rongeurs, il s’agirait d’un climat plutôt sec avec une nuance
chaude. A Partir du Pléistocène supérieur et dès le dernier interglaciaire, les Grands Causses reçoivent une influence méditerranéenne.
Les remplissages karstiques préhistoriques de la vallée du Gardon (Bazile-Robert 1981) fournissent un modèle probable : on met bien en valeur l’existence, en dehors des périodes froides
bioclimatiquement montagnardes, de quelques brèves périodes de réchauffement, comme vers 28 000 BP où l’on note le retour des taxons méditerranéens (Quercus ilex par exemple). Les
vallées caussenardes pourraient se rapprocher de ce modèle mais les plateaux devaient être moins accueillants. Alors que les pins et les bouleaux colonisent les vallées au maximum du froid, ce
sont les graminées, Chênopodiacées et Armoises qui constituent la majorité de la végétation à 800 m d’altitude. Ces steppes renferment aussi quelques taxons arcto-alpins.
Plus récent que le Chenil et le Réservoir, le Travertin du Château daterait du dernier interglaciaire ; il présente des restes de chênes à feuillage caduc.
Le dernier glaciaire : les résultats de l’étude du travertin de la vallée de la
Vis
Le retour du froid du dernier glaciaire modifie tout ou presque. L’étude montre que la deuxième moitié de l’Atlantique voit un net recul des feuilles de hêtres ; on rencontre en revanche le
Tilleul, le Noisetier et les Chênes à feuillage caduc, phénomène lié aux formations périglaciaires. Les mesures de 13 C proposent deux
approximations :
6100 + ou – 120 BP et 6200 + ou – 100 BP.
La période post- atlantique voit ensuite une nette dégradation du couvert forestier.
1.2.4.2. Etudes anthracologiques
Le grand nombre de remplissages préhistoriques connus et fouillés dans les Grands Causses permet aux anthracologues de compléter ces informations. En utilisant un échantillon statistiquement
représentatif, la discipline permet d’imaginer la flore que connaissait l’homme préhistorique.
Trois synthèses ont été réalisées (Vernet 1968, Vernet 1972, Krauss-Marguet 1981) qui permettent de donner un aperçu de la flore préhistorique et une chronologie des peuplements végétaux des
dix derniers millénaires.
La première phase, de 10 000 à 8000 BP comprend une grande partie du Mésolithique (Préboréal et une grande partie du Boréal). Juniperus (Phoenica) est majoritaire, à côté de
Pinus sylvestris, de l’amandier sauvage et des chênes à feuillage caduc. On note la présence d’assemblages à Genévriers. L’amandier suggère une certaine aridité.
Vers 8000 BP, ils laissent la place à la chênaie caducifoliée durant la seconde phase qui commence à la fin du Boréal et du Mésolithique. Les ensembles à Juniperus-Pinus sylvestris
régressent presque définitivement, sauf sur les plateaux où la forêt de pins perdure durant tout l’Atlantique. Les chênes à feuillage caduc y sont omniprésents, tout comme le Pin sylvestre, et
ils deviendront prédominants dans les restes carbonisés à partir de 4500 BP. Il y a toutefois un décalage dû à l’altitude : alors que les vallées sont supra-méditerranéennes, les plateaux
sont déjà à la base de l’étage montagnard. Dans les vallées, Quercus ilex apparaît vers 7000 BP mais il n’est pas aussi bien représenté que dans les gisements du Midi. L’Yeuse
apparaît à la même époque : il y a donc bien un courant méditerranéen qui s’insinue dans les vallées caussenardes, affaibli par la suite comme le montre la disparition du chêne vert. La
phase 2 se termine vers 6000 BP. Au Postglaciaire, les Grands Causses ont donc fonctionné comme les garrigues, ce qui va à l’encontre de l’idée de refuges privilégiés antérieurs au dernier
glaciaire (Vernet 1966).
La phase 3 voit le buis dominer. Dans les vallées, ce phénomène apparaît 1000 ans après l’installation des populations néolithiques et s’accélère avec l’anthropisation. La mise en valeur des
plateaux n’intervient pas avant le Chalcolithique, 1500 ans plus tard mais c’est une observation générale qui n’exclut pas des nuances pour certaines zones.
La phase 4 voit l’accélération de l’anthropisation vers 4000 BP. La hêtraie progresse sur le Causse Méjean, surtout à l’est, compris entre 1000 et 1100 m d’altitude. Le hêtre est absent ou mal
connu ailleurs, comme au Larzac où il est plus récent (postérieur à l’âge du Bronze, après 3000 BP). Le noyer est introduit au Ier siècle avant notre ère à Saint-Bonnet-de-Chirac de même que le
sapin jusque là inconnu sur les Grands Causses (Vernet 81). Pour un détail du décompte des charbons, voir en annexe.
1.2.4.3. Etudes palynologiques
La palynologie profite de sa complémentarité avec l’anthracologie pour affiner ses conclusions, dans une zone où les tourbières sont inexistantes. En revanche, des analyses polliniques ont été
pratiquées dans les massifs siliceux voisins (Beaulieu et Reille, 1978), qui elles-mêmes nuancent les conclusions anthracologiques.
Le Préboréal est dominé par les Pins et Bouleaux remplacés au Boréal par Corylus avellana qui fait la transition avec la chênaie mixte de l’Atlantique. Ces phases transitoires
préforestières prénéolithiques sont révélées soit par Juniperus soit par Corylus. Les tourbières analysées par Beaulieu en 1981 montrent que le Tilleul tient une place
importante à la fin de l’Atlantique et au début du Subboréal au Lévézou.
Au Subboréal, les hêtraies et les hêtraies-sapinières prennent leur essor. Le hêtre s’installe à l’ouest des causses vers 4500 BP. Le Sapin se développe aussi à partir du Subboréal, associé au
hêtre. De rares pollens de Quercus ilex sont relevés au Levezou, témoignant certainement de sa présence dans la vallée du Tarn.
Au Subatlantique, la pression anthropique se ressent, Noyer et Châtaignier sont connus.
Ces résultats diffèrent un peu des précédents, en particulier à cause de la variation d’altitude et du substrat.
1.2.4.4. Paléo-environnement et archéologie (cf. Thauvin-Boulestin 1998)
Les données paléo-environnementales peuvent être couplées à des informations issues de la fouille.
Sur les Grands Causses, les déboisements, qui ont commencé au Néolithique afin de faciliter agriculture et élevage, s’intensifient au Néolithique moyen (cf. P. Gruat,
in Bernard et alii,
1993). Le grand nombre de haches polies datant du Chalcolithique montre la poursuite de la déforestation, alors que l’importance des cultures céréalières est attestée par le grand nombre de vases
silos, de meules, de broyons et de faucilles en silex. Les restes d’ovins et de caprins domestiques dominent. De même, le paléo-environnement et l’archéologie se complètent au sujet du
climat ; plusieurs auteurs pensent que la fin du Chalcolithique et le début du Bronze ancien ont été marqués par une phase humide : J. Maury en raison du plancher stalagmitique souvent
présent dans les grottes au-dessus des couches chalcolithiques (Maury 1967 b), J.-L. Vernet en raison de la présence du frêne. De nombreux gisements datés du Chalcolithique à l’Age du Fer ont
livré des glands qui attestent de la présence du chêne et de son utilisation (Lorblanchet, 1965), comme l’a déjà montré J.-L. Vernet
[5].
En revanche, certains désaccords existent : le pin sylvestre, qui domine aujourd’hui, aurait profité des déboisements de chênaies et de hêtraies pour s’implanter selon Marres (Marres 1936).
Mais M. Lorblanchet (Lorblanchet 1965) pense que la part de l’homme dans la modification du paysage végétal – dans les défrichements en particulier- n’est pas si grande. A. Aymard (Aymard 1967)
plaide pour une longue et forte action de l’homme sur le boisement originel, comme Marres.
1.2.4.5. Conclusions
Dès - 3 MA se mettent en place des conditions climatiques méditerranéennes avec extinction de taxons de climats chauds et humides, peu avant le refroidissement du Prétiglien.
La deuxième phase glacière à l’Eburonien présente dès le début du Pléistocène des refroidissements avec d’importants impacts sur l’environnement comme la disparition des taxons exotiques. L’étude
des micromammifères montre que vers - 0,7 MA les plateaux étaient de type médio-européens ou supra –méditerranéens. Apparaît alors une végétation moderne.
Au dernier interglaciaire, les faunes mettent nettement en valeur l’influence du climat méditerranéen.
La végétation préhistorique connaît quatre phases :
- phase préforestière à Génévriers et Pins sylvestres
- phase forestière à chênes caducifoliés et Pins
- phase postforestière à Buis
- phase de dégradation maximale et apparition des marqueurs phytohistoriques comme le Hêtre et le
Noyer. C’est ce dernier cycle qui a le plus marqué l’écologie présente, en particulier à travers la différenciation des variétés et la mise en place de l’anthropisation des forêts.
La dynamique forestière postglaciaire (mise en place de la chênaie caducifoliée) et l’histoire du chêne vert ne diffèrent pas de ce que l’on avait déjà remarqué dans le Bas-Languedoc et en
Provence. Les groupements méditerranéens à chênes verts ont été très développés dans les Causses entre 7000 et 6000 BP, puis Quercus ilex a disparu de la vallée de la Dourbie à la fin de
la Préhistoire. Ceci permet à Jean-Louis Vernet (VERNET 1985) de conclure sur la place des Causses Majeurs par rapport au paléo-environnement du Midi de la France : « Les Grands Causses
appartiennent au complexe des montagnes subméditerranéennes tel que le définit Quézel, montagnes qui présentent à leur base des groupements mésoméditerranéens et supraméditerranéens passant
ensuite au-dessus au montagnard de type européen » (voir aussi Barbero et alii, 1971 ; 1978)
Les disciplines paléo-environnementales apportent ainsi la preuve que cela fait bien longtemps que l’homme a modifié ce milieu. Par conséquent il n’ y a pas fait qu’y passer, il s’y est aussi
installé.
1.3. BANASSAC-LA CANOURGUE, UNE ZONE DE CONTACT VALLEES-CAUSSES
1.3.1. Rappel administratif
Il faut rappeler que le 29 décembre 1972, les quatre communes voisines La Canourgue, La Capelle, Auxillac et Montjézieu ont fusionné afin de mettre en commun leurs moyens et de les gérer au
mieux. La nouvelle commune porte le nom de La Canourgue. Cela signifie que lorsque l’on effectue des recherches sur ces communes, il faut toujours vérifier que les informations n’ont pas été
classées selon l’ancien système. Généralement, si les archives et les documents divers se rapportent à une des trois communes La Capelle, Auxillac ou Montjézieu, ils sont classés dans un dossier
portant l’appellation de la nouvelle commune avec mention de leur ancien nom, par exemple : La Canourgue ex Montjézieu ou La Canourgue-Montjézieu. Pour les documents antérieurs à cette date
et dont le classement n’a pas été mis à jour - ce qui peut arriver pour les documents nous intéressant, puisque peu consultés - il faut donc penser à consulter les dossiers des trois autres
anciennes communes. Il faut aussi noter que si la carte IGN utilisée par les informateurs était elle-même antérieure à cette date, l’erreur concernant la commune est fort possible. Banassac porte
actuellement le numéro INSEE 017 et la Canourgue 034.
Leurs surfaces respectives sont de 1 741 hectares, dont 248 labourés et de 10 429 ha dont 2256 labourés. La forêt
et les landes sont donc majoritaires[6].
1.3.2. Un confluent
Les deux communes se situent à l’ouest/sud-ouest du département de la Lozère. Elles sont prises entre deux entités géographiques séparées par le Lot : la retombée des Monts d’Aubrac au
nord/nord-ouest - terrains cristallins et cristallophylliens, micaschistes et gneiss - et la région des Grands Causses au sud et à l’est - étagement des puissants dépôts calcaires et dolomitiques
du Jurassique et terrains sédimentaires. L’altitude des deux villes est d’environ 560 m. Banassac est située sur le Lot et La Canourgue sur l’Urugne, affluent du Lot. La situation de confluent a
d’ailleurs pu privilégier cette zone en matière de peuplement. En suivant l’Urugne, on passe presque d’une ville à l’autre sans s’en apercevoir avant d’atteindre le causse de Sauveterre puis les
gorges du Tarn. Le site antique de Banassac est donc implanté sur des alluvions fluviatiles - le fond de la vallée est liasique et permien - et présente un environnement lithologique varié aux
ressources diverses. On notera l’importance de grosses accumulations locales marno-argileuses, ce qui a sans doute favorisé l’implantation des ateliers de potiers au Haut-Empire.
1.3.3. Une interface
Les deux agglomérations se situent précisément à l’interface entre le causse et la vallée. Cet espace nous permet donc d’appréhender les liens possibles entre les deux milieux, leur opposition
mais surtout leur complémentarité. L’implantation d’une fenêtre exactement à la rencontre du Causse et des vallées à leur frange permet également de voir s’il y avait vraiment des différences
dans la mise en valeur du terroir. En tout cas, le premier problème entre les deux milieux est tout simplement la communication terrestre. En effet, certains épanchements du causse permettent
d’accéder à la vallée sans problème ; à d’autres endroits, il faut faire un grand détour ou tenter une descente risquée par une pente abrupte pour atteindre la vallée. C’est d’ailleurs le
Tarn qui fut, jusqu’à l’ouverture de la route, le seul moyen de communication dans les Gorges du Tarn, donnant ainsi un très fort pouvoir à la corporation des bateliers. Ce qui frappe au premier
coup d’œil, c’est bien sûr la différence d’altitude, la végétation et la densité actuelle de population.
Dernièrement, la population a fui ces plateaux pour aller peupler les basses terres des vallées. Mais, depuis longtemps, il est certain que l’homme a su tirer parti du voisinage des deux
milieux : les vallées sont pourvoyeuses d’abris naturels et les plateaux procurent de grands espaces.
2. DE L’INTERET POUR LES BEAUX OBJETS A UN INVENTAIRE ARCHEOLOGIQUE SYSTEMATIQUE
Nous traiterons brièvement ici de l’histoire de la recherche sur le Gévaudan pour insister plus longuement sur les érudits et les travaux ayant trait aux communes
concernées par l’étude. De même, un petit rappel de l’état des connaissances sur tout le département précèdera l’état des connaissances sur les communes choisies afin de mieux situer
celui-ci.
2.1. EVOLUTION GENERALE DES RECHERCHES
La cité des Gabales était déjà connue des érudits des XVIIe et XVIIe siècles puisqu’elle était mentionnée dans le Propempticon ad Libellum de Sidoine
Apollinaire. De même, une première mention du mausolée gallo-romain de Lanuéjols apparaît dans un document de 1254 et le monument fait l’objet d’une étude dès 1724 par un historien local, le père
de l’Ouvreleul ; par la suite, le mausolée a passionné J.-J.-M. Ignon et le préfet Gamot au XIXe siècle. C’est également au XIXe siècle que se pose la question de la localisation de la
capitale gabale, décrite par Sidoine Apollinaire. Alors que des érudits tels que le baron de Walckenaer et Cayx ainsi que M. Mathieu tentaient de démontrer qu’il s’agissait d’Anterrieux, dans le
Cantal, par analogie avec le nom d’origine gauloise de la ville Anderitum, l’emplacement de la capitale s’avéra par la suite être à Javols, petite bourgade de Margeride, en Lozère.
Anderitum intéresse alors les érudits dès 1813 : on met au jour nombre de belles poteries, on note la présence de concentrations de tegulae et de fréquents remplois de
pierres anciennes dans les constructions du village. Les premières collections alors constituées ont privilégié la beauté de l’objet à leur valeur scientifique ; certaines ont été
dispersées, d’autres ont pu en partie être étudiées, mais la documentation pêche par manque de précision sur le contexte de découverte des artefacts, données qui se seraient pourtant avérées
précieuses car ce sont les édifices les plus importants de la ville qui ont été fouillés à cette époque. Les fouilles, d’abord ordonnées par le préfet à partir de 1829, s’y perpétuent encore
aujourd’hui.
Dans l’historique des recherches portant sur le Gévaudan se dessinent ensuite plusieurs mouvements. Le début du XIXe siècle est d’abord dominé par les érudits
humanistes passionnés d’histoire locale. On s’intéresse à la période gallo-romaine mais aussi à la Préhistoire : le docteur Prunières et Louis de Malafosse étudient plus particulièrement les
pratiques funéraires caussenardes. C’est d’ailleurs en 1860 que le premier lance une campagne d’inventaire systématique des tumuli des plateaux.
Vient ensuite l’ère des géographes-géologues. L’engouement pour la spéléologie, engendré par l’importante contribution de Martel à la connaissance des sous-sols, les
travaux des frères Cord mais aussi de Viré et de Fabre puis la thèse monumentale de Paul Marres publiée en 1936 sur les Grands Causses jalonnent l’histoire des recherches en milieu
karstique.
L’inventaire archéologique réalisé par Marius Balmelle dès 1937 puis par Peyre en 1971, les vastes campagnes de fouilles opérées sur les ateliers de sigillée de Banassac par le Touring Club de
France dans les années 1960 constituent les marqueurs importants de la période suivante, qui amorce la période faste de l’archéologie.
Au fil des ans, les recherches se font plus méthodiques, plus scientifiques ; les problématiques s’affinent, les disciplines acceptent de croiser leurs champs de
compétences. On est ainsi passé de la recherche du bel objet à un inventaire systématique et raisonné du patrimoine archéologique des communes. La Carte archéologique de la Gaule (Fabrié,
Provost dir. 1989 pour la Lozère.), qui remplit justement cette fonction, recense 139 communes sur 186 que compte la Lozère, qui possèdent au moins un site
archéologique. La Canourgue présente, à la date de la publication, presque autant de découvertes qu’à Javols-Anderitum, pourtant capitale.
Mais cette suprématie des deux communes en terme de potentiel archéologique déjà recensé s’avère être une carte de la recherche : ce sont en effet les deux sites
globaux antiques les plus connus et les plus étudiés. Au niveau du département, ce sont de même les Causses qui présentent le plus grand nombre de découvertes archéologiques, témoignant par là
même de la vivacité des recherches sur les plateaux.
L’histoire du peuplement de la Lozère, et des Causses plus particulièrement, est donc redevable aux passionnés, amateurs et professionnels, notables et ecclésiastiques,
qui ont consacré leur temps à rechercher les traces d’une occupation ancienne. Nous citerons d’une part les plus connus des chercheurs, ceux dont des éléments biographiques existent, et d’autre
part ceux qui ont publié des informations reprises ou revues dans ce mémoire.
2.1.2. Des humanistes passionnés d’histoire locale
On remarque tout d’abord un intérêt particulier des érudits pour l’histoire locale. Afin de mieux cerner l’originalité de chacun, nous nous proposons d’étudier chaque
personnalité de plus près. Les biographies ont été résumées d’après Rémize 1948.
Jean-Joseph-Marie Ignon (1772-1857) s’établit en Lozère comme maître imprimeur alors qu’il se destinait à une carrière ecclésiastique. Il fonde en 1803 le Journal
de la Lozère. Membre fondateur de la Société d’Agriculture, Industrie, Sciences et Arts de la Lozère, il communique beaucoup par le biais du Bulletin. Il est le premier à avoir identifié
Anderitum à Javols et c’est lui qui a recensé les tronçons visibles des réseaux secondaires de la voie d’Agrippa en Gévaudan. Il a entre autres publié une Notice sur les monuments
antiques et du Moyen Age du département de la Lozère (Ignon 1839-1840).
L’abbé Jean-Baptiste Prouzet (décédé en 1848), ordonné prêtre en 1798, a quant à lui écrit une Histoire du Gévaudan. Il est ainsi l’auteur d’un ouvrage
majeur : Annales pour servir à l’histoire du Gévaudan en 1843-44, en deux tomes ; le premier, paru en 1846, comporte quatre volumes et s’attache à étudier l’histoire du
Gévaudan jusqu’en 531 ; le second, constitué de deux volumes manuscrits, constitue la suite logique du premier.
Le chanoine Louis Bosse (1819-1896) est ordonné prêtre en 1845. Aumônier de l’Hospice de Mende, Secrétaire Général de la Société d’Agriculture, Industrie, Sciences et
Arts de la Lozère, il fait paraître ses travaux dans le Bulletin, étudie la Géographie Locale (1889), les voies celtiques et romaines, condense les souvenirs historiques et
géographiques. Il publie une étude en 1895 sur le Tombeau de Saint-Frézal, commune de La Canourgue.
Émile de More de Previala, décédé en 1899, maire de Serverette et membre de plusieurs sociétés savantes, a entre autres étudié le tracé des voies romaines en Gévaudan,
mené des fouilles à Javols, constitué une collection de monnaies de Javols et de Banassac et publié dans le Bulletin Académique de la Lozère. Il a collaboré avec le vicomte Ponton d’Amécourt lors
d’une étude des monnaies mérovingiennes du Gévaudan (More de Previala 1833).
Théophile Roussel (1816-1903) fait ses études chez les frères de Saint-Chély puis se rend à Paris. Après un voyage en Italie, il rédige la Vie d’Urbain V et
obtient pour ce travail la médaille d’or de l’Académie des Inscriptions en 1841. La même année, il remporte le titre de Lauréat des Hôpitaux et entre en tant qu’interne à Saint-Louis. Il mène des
recherches en médecine et obtient de Louis-Philippe la Légion d’Honneur. A trente-deux ans, il est élu député de Florac et fait des propositions de lois hygiénistes et sociales : il
améliore le sort des aliénés, protège l’enfance, fait interdire le travail aux moins de quatorze ans, fait voter l’assistance médicale gratuite et combat l’alcoolisme. A l’avènement du Second
Empire, il décide de partager son temps entre Paris et la Lozère où il est Président de la Société d’Agriculture et des Lettres de 1854 à 1858. Il fut aussi Président du Conseil Général et
Sénateur. En 1872, il est également élu membre de l’Académie de Médecine. En 1891, il entre à l’Académie des Sciences Morales et Politiques. Il a entre autres rédigé un « Rapport sur les
fouilles pratiquées à Banassac », publié dans le Bulletin de la Société en 1859 ainsi que dans les Comptes rendus du Congrès Archéologique de France..
Le docteur Barthélémy Prunières (1829-1893) a fait des études de médecine à Paris au moment où la science de la Préhistoire se développait. Il comptait ainsi des amis
parmi les médecins-antropologues et s’établit à Marvejols. En 1868, il publie sa découverte de la station romaine d’Ad Silanum à Puech-Cremat, s’intéresse aux vestiges de Grèzes et de
Marvejols. Pour des querelles, il cesse de collaborer avec la Société des Lettres mais n’abandonne pas ses fouilles, en particulier à la caverne de l’Homme Mort, aux Arcs de
Saint-Pierre-des-Tripiers et aux Baumes-Chaudes. Le docteur Prunières a toujours privilégié, sur près de 300 sites, l’étude des ossements, qui témoignent des maladies et des soins apportés aux
individus, comme les fractures consolidées ou les trépanations ; c’est un des fondateurs de la paléo-pathologie qui n’en portait pas encore le nom : il étudie de près les squelettes,
s’intéresse à la mort et à la disposition des corps. De ses travaux et de ceux de Solanet aux Baumes Chaudes découle d’ailleurs la définition du type anthropologique « des Baumes
Chaudes ». Le Dr. Prunières a rédigé de nombreux comptes-rendus pour l’Association Française pour l’Avancement des Sciences. Il était, par ailleurs, membre depuis 1873 de la Commission de
Topographie des Gaules. Il a laissé d’importantes collections au Musée de l’Homme et au Musée des Antiquités Nationales mais, afin de ne pas être spolié de ses découvertes et de ne pas attirer
les pillards, ne mentionnait ni la date de la fouille, ni le lieu… Il a publié un article intéressant la commune de La Canourgue (ex La Capelle) portant sur la Caverne sépulcrale de
l’Esquillou en 1889. Il eut pour émule le docteur Morel, futur Président de la Société des Lettres, Sciences et Arts de la Lozère.
L’abbé Baldit (1800-1883), Principal du collège de Mende, a également été à la tête des Archives jusqu’en 1864. Il a classé et publié de nombreux documents dans le
Bulletin de la Société d’Agriculture. Le seul hic : il écrit, comme en Latin, sans ponctuation, ni alinéas, ni majuscules...
Ces érudits, humanistes pluridisciplinaires, ont contribué à l’élaboration d’une très riche bibliographie locale. C’est grâce à eux que l’on a pu dans ce mémoire avoir
accès aux savoirs issus des premières campagnes, ce sont eux aussi qui ont fourni un immense travail de fouille et de prospection des sépultures du Causse, recensé les sources antiques et
postérieures, étoffé une première synthèse sur les réseaux viaires. On remarque la forte proportion d’hommes issus du clergé dans cette catégorie et leur souci de publier leurs travaux dans le
Bulletin de la Société. Après le règne de ces érudits, dont le cœur battait plutôt pour l’histoire, ce sont les géographes-géologues, curieux de voir ce que le sous-sol pouvait leur dévoiler, qui
leur emboîtent le pas.
2.1.3. Le temps des géographes
La seconde moitié du XIXe siècle se caractérise par la domination d’hommes formés à la géographie au sens large : géologie physique et géologie, géographie
humaine, spéléologues… Ce sont eux qui, les premiers, ont exploré le sous-sol des Causses et expliqué leurs paysages.
Louis de Malafosse (1836-1885) est le frère de Joseph de Malafosse (1854-1896), homme de lettres et archéologue. Louis, homme de Lettres et géographe passionné de
Préhistoire, a fait de nombreuses découvertes dans les environs de son château du Boy où il a créé un Musée Préhistorique. Membre de la Société Archéologique de France, il vulgarise l’étude des
causses et des Cévennes. Ses méthodes rigoureuses, son sens de l’analyse et son souci de la publication exhaustive en font un des pionniers de l’archéologie moderne.