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   Bonjour, et bienvenue sur Archéolozère ! Ce site est une synthèse de mon mémoire de Maîtrise d'archéologie sur la Lozère. Il a été soutenu à l'Université Blaise Pascal (Clermont-Ferrand) en 2006, sous la direction de Frédéric Trément. De fait, les informations publiées après cette date ou inédites ne sont pas prises en compte. Ce blog n'a pas la prétention d'une publication mais vous pouvez bien sûr, en ajoutant un commentaire ou en écrivant un mail à culturearkeo@voila.fr, critiquer cette recherche de façon constructive et y apporter votre pierre.


      Il s'agit d'un travail de prospection  mené sur le causse de Sauveterre. Vous êtes déjà plus de 15 000 à l'avoir consulté.
      

        Mode d'emploi : les deux premières parties sont disponibles sur ce site, divisées en cinq articles numérotés, la suite est sur Archéolozère 2, vous trouverez le lien sur votre droite.

 

        La version numérique en ligne est donc complète mais ne présente pas les photos des sites (trop lourd ...), ni les annexes (idem...). De ce fait, sans les photos, c'est un peu indigeste... Si, toutefois, vous êtes intéressé, laissez un commentaire en mentionnant le code du site (BAN 12 par exemple), je peux vous envoyer des clichés par mail.

 

ATTENTION : les numeros de renvois type [1], [2] etc. ne sont pas de mon fait, ils sont ajoutés par une plate-forme qui se fait de la pub en insérant illégalement des renvois dans les publications des internautes. Ne cliquez-pas dessus. Si par mégarde vous cliquez dessus, cliquez sur "revenir à la page précédente" pour revenir sur Archeolozère...

 

Deux articles de synthèse ont été publiés à partir de cette recherche, dans les numéros 30 et 31 du Bulletin Annuel du Centre d'Etudes et de Recherches de la ville de Mende (2010 et 2011).

 

 

 

Bonne lecture !

 


 Introduction

 

         Bien que la Lozère apparaisse de prime abord comme un parent pauvre en matière d’archéologie, particulièrement en ce qui concerne l’archéologie spatiale, c’est un département riche de centaines de sites archéologiques. Le présent mémoire expose les résultats d’une année de recherches axées sur l’histoire du peuplement du territoire du Mésolithique au haut Moyen Age, recherches qui ont porté à titre d’exemple sur les communes de La Canourgue et de Banassac, dont les superficies respectives s’élèvent à 10 429 hectares et 1 741 hectares. Cette recherche s’inscrit plus largement dans le cadre d’une problématique portant sur l’histoire de l’occupation du sol en milieu karstique, la zone d’étude se situant au cœur de la région des Causses Majeurs. A plus grande échelle, ce sujet se rattache également à un projet de recherches diachroniques et pluridisciplinaires qui intéressent le développement du Massif Central, dont l’originalité est de montrer que l’isolement de cette région est, en réalité, très récent. Ce programme, qui portera à la fois sur les territoires et leurs limites, le paysage et l’environnement, les réseaux urbains et les réseaux de communication, les institutions, le peuplement et les productions mobilise les énergies de laboratoires rattachés à l’Université, mais aussi au CNRS et au Ministère de la Culture pour ne citer que les principaux. L’espace des Grands Causses, à la fois très central et paradoxalement déserté, présente la même originalité : peuplé anciennement et densément, c’est un milieu original, apparemment hostile mais qui propose en réalité une panoplie très complète de ressources dont l’homme a très tôt su tirer profit. Cet espace, mis à l’honneur par Martel dès la fin du XIXe siècle, et revisité par les frères Cord et Armand Viré, n’a cessé d’être étudié depuis : alors que le Dr Prunières et Louis de Malafosse se passionnaient pour les pratiques funéraires préhistoriques et protohistoriques caussenardes, Marres publiait dès 1936 une thèse de géographie (Marres 1936) portant tant sur les aspects purement géologiques que sur une approche humaine du peuplement des causses. Le XXe siècle a, quant à lui, porté un point d’honneur à étudier le développement des ateliers de production de la céramique sigillée à Banassac et à la Graufesenque et à approfondir l’étude de la capitale gabale Anderitum, alors que les premiers répertoires archéologiques étaient publiés par les érudits Balmelle, Morel et Peyre.

Quant à l’archéologie spatiale, qui prend en compte tous les sites d’un territoire donné d’un point de vue diachronique dans une perspective de synthèse sur le peuplement, elle n’avait jamais été appliquée à l’échelle d’une commune. L’espace des Grands Causses étant bien trop vaste pour être appréhendé en une année, mon choix s’est donc dirigé vers deux communes tests, Banassac et La Canourgue, d’une part très fournies en matière de bibliographie, d’autre part très intéressantes du point de vue de l’occupation du territoire.

C’est en cartographiant les sites archéologiques de Lozère dont fait état la Carte archéologique de la Gaule (Fabrié, Provost dir. 1989) que l’on peut remarquer la densité et la diversité des découvertes faites sur les causses et en particulier sur les communes de Banassac, agglomération secondaire antique, et de La Canourgue, d’où mon choix de me focaliser sur ces deux entités administratives liées géographiquement et historiquement et jamais étudiées d’un point de vue spatial. Il est évident que cette carte correspond avant tout à une carte de la recherche mais il était important de choisir une zone d’étude présentant une variété de sites, de périodes d’occupation et un nombre d’établissements suffisant pour permettre l’élaboration de statistiques pertinentes, l’intérêt étant de donner une vue spatiale de l’histoire de l’occupation de ce territoire. Le cadre communal est bien sûr anachronique mais il présente l’avantage de faciliter le dépouillement de la bibliographie locale et permet la demande d’autorisations administratives ciblées.

Cette zone, située à l’ouest du département, a particulièrement attiré mon attention dans la mesure où un centre de production de céramique sigillée s’y est développé au Haut - Empire. Ces ateliers, rattachés au groupe des ateliers de Gaule du Sud, ont été implantés dans une vallée située à la frange des causses, zone privilégiée de contact entre les deux milieux. Il me paraissait intéressant de voir comment ceux-ci avaient pu dynamiser la région au vu de l’évolution antérieure du peuplement depuis la Préhistoire et donc mesurer leur impact ainsi que leur intégration spatiale au réseau de villae contemporaines. De plus, une partie du causse de Sauveterre, rattachée à la commune de La Canourgue, est riche en tumuli et dolmens, en stations de résiniers et en abris sous roche. Cette fenêtre permettait donc de faire une synthèse sur les traditions artisanales, les modes de vie et les pratiques funéraires locales.

Cette zone d’étude se voulait donc un microcosme représentatif de ce que l’on pourrait s’attendre à trouver dans le cadre d’un travail similaire portant sur l’ensemble des Grands et Petits Causses. Le sujet pourrait donc, à l’avenir, s’étendre à plus grande échelle à un inventaire global des sites archéologiques des plateaux karstiques du centre de la France.

Enfin, l’espace étudié fait le lien entre le territoire des puissants Arvernes, au nord, et la Gaule du Sud, situation dont il a habilement su tirer parti, tout en étant aux confins du territoire gabale, au contact avec les Rutènes. Le sujet se prêtait donc également à une étude des relations entre les cités.

Le cadre géographique est donc celui des causses et des vallées à la frange des causses, l’obstacle principal en terme de prospection étant la couverture végétale abondante et l’escarpement des reliefs. Sur le plan chronologique, l’étude est diachronique et ne privilégie aucune période, si ce n’est celles les plus fournies en matière de documentation.

Ce mémoire a donc d’abord consisté en un inventaire archéologique des sites présents sur le territoire des communes choisies, recensant tant les gisements connus de longue date que les sites découverts localement par un informateur très prolifique, M. Pol Le Lay, ou encore les indices de sites apparaissant dans la bibliographie locale ou acquis lors des recueils de témoignages oraux. Ceci rejoint d’ailleurs les préoccupations du Ministère de la Culture, qui a en charge la Carte archéologique nationale, d’où ma collaboration avec le SRA du Languedoc-Roussillon qui m’a ouvert ses archives et le dépôt archéologique de Banassac. Le sujet avait également une visée patrimoniale : il s’agissait d’établir un dossier clair sur le patrimoine archéologique des deux communes susceptibles de le mettre ensuite en valeur, du moins de mieux le protéger. Ce travail a aussi consisté à mettre à plat la documentation ancienne et récente et à l’analyser pour en tirer des synthèses sur l’occupation du territoire, dont la finalité est d’établir des hypothèses quand aux dynamiques de peuplement de cet espace si particulier. Il m’a également semblé opportun de tenter une approche spatiale du réseau de mise en valeur des terroirs à la période gallo-romaine afin de replacer les ateliers de production de la céramique sigillée dans leur contexte. A défaut de répondre précisément à tous ces questionnements, ce mémoire expose toutefois les premiers résultats d’une approche diachronique et pluridisciplinaire de l’histoire du peuplement à l’échelle d’une commune.

1. UNE ZONE DE CONTACT 



1.1 LE GEVAUDAN, AUX CONFINS DE L’AUVERGNE ET DU MIDI


1.1.1. Généralités    


La Lozère tire son nom d’une haute montagne des Cévennes dont le point culminant atteint 1699 m, le mont Lozère. Situé au sud du Massif Central, le département occupe la partie la plus septentrionale de la région Languedoc-Roussillon. Ses dimensions maximales sont de 105 Km par 80 Km (Bouret 1853). Il est limité au nord par le Cantal, à l’est par la Haute-Loire et l’Ardèche, au sud par le Gard et à l’ouest par l’Aveyron. Ses frontières sont la plupart du temps naturelles : les gorges de la Jonte, l’Aigoual et les Cévennes le limitent au sud ; la Dèsge et le Bès en font de même au nord ; à l’ouest, c’est l’Aubrac et le causse Méjean. La Lozère présente une densité de 14 hab./Km², sur une surface d’environ 5168 Km². Une grande partie du territoire, 92 %, présente de grands espaces pour lesquels la densité ne s’élève qu’à 8 hab./Km², et sur les causses elle atteint tout juste 2 hab./Km². C’est d’ailleurs le département le moins peuplé de France. Celui-ci a Mende pour préfecture et Florac pour sous-préfecture. L’altitude moyenne de la Lozère est supérieure à 1000 m. L’élevage y est prédominant et le département est presque exclusivement rural. L’industrie est principalement liée à l’élevage (fromage) et à l’exploitation forestière. C’est grâce au secteur tertiaire, en particulier les services et l’activité touristique, que le département développe son économie.

Par sa localisation privilégiée entre le Midi de la France et l’Auvergne, le Gévaudan s’affirme en tant que zone de contact. Terre de passage, la Lozère a vu depuis la Préhistoire les populations et leurs troupeaux gagner les terres d’estive par les drailles. Au Moyen Age, elle accueille les itinéraires du pèlerinage vers Saint-Jacques de Compostelle. Encore aujourd’hui, elle est traversée par l’A 75 qui relie le nord et le sud du Massif Central. Malgré son relief et son climat, c’est une terre de passage obligé.

 

1.1.2. Un sous-sol tourmenté 


Le département repose sur un vaste socle granitique qui conserve des traces de l’orogenèse hercynienne et affleure sur plus des trois quarts de la Lozère en roches cristallines, principalement gneiss, micaschistes et granite. Dans la région des Causses, le socle hercynien est recouvert par l’accumulation de sédiments. Il est à noter que c’est au Permien de l’ère primaire que se sont formés dans la région de Banassac et sur les rives du Lot des terrains gréseux ou argilo-gréseux qui ont permis aux ateliers de production de la céramique sigillée de se développer. Au Jurassique, la mer envahit le Massif Central et presque tout le Gévaudan. Tous les éléments arrachés aux reliefs par l’érosion se sont déposés au fond des mers en strates superposées, formant les sédiments. La pression et la chaleur les ont transformés en roches dures. La structure de ces roches métamorphiques ressemble à un mille-feuilles, dans lequel on retrouve des centaines de fossiles. Ces dépôts de faible épaisseur ont été presque entièrement érodés au Tertiaire. Seuls quelques rognons de silice, enchâssés dans le calcaire, ont su résister alors que se fondait leur gangue. Mais sur tout le quart sud-ouest, ces sédiments ont résisté à l’érosion ultérieure. Le contrecoup du plissement pyrénéen à l’Eocène a fait remonter les fonds déjà hors d’eau du Golfe des Causses : ces fonds deviennent un plateau qui restera émergé ; cela constitue aujourd’hui la région des Grands Causses. Le plissement alpin, quant à lui, relève de beaucoup le plateau : le mouvement vertical soulève puissamment les Causses à des hauteurs supérieures à 1000 m. Enfin, à la fin du Tertiaire, la Lozère a connu des éruptions volcaniques. La zone concernée occupe une mince bordure à l’ouest de l’Aubrac. Les coulées de lave de l’éruption volcanique du Puy de Gudette ont même atteint le Pont des Nègres. Les pics et lacs gardent eux aussi le témoignage de cette activité volcanique, tous comme les basaltes noirs de l’Aubrac. A la fin du Pliocène, des éruptions ont même laissé, en des points isolés du Causse, des témoins du passage de la lave : Montferrand, La Canourgue et Montmirat sur le Sauveterre, par exemple. Au Quaternaire, un climat très froid règne sur la région et des glaciers se forment, qui rabotent encore un peu plus les reliefs.

Par son sous-sol, la Lozère ne peut être rattachée à une seule région limitrophe : il est trop diversifié. Les Causses et l’Aubrac se poursuivent sur le département de l’Aveyron. Les schistes des Cévennes trouvent leur écho dans les Cévennes gardoises. La Margeride granitique peut être comparée au sud cantalien. Mais la Lozère est le seul de ces départements à posséder cette variété géologique.

 

1.1.3. Tel substrat, tel paysage 


La Lozère présente une grande variété de paysages due à la diversité du substrat géologique. La richesse de ses milieux fait du département un conservatoire du patrimoine naturel allant des pelouses steppiques des causses et leurs forêts, aux falaises et gorges karstiques en passant par les tourbières de montagne riches en herbacées (Buffière 1985). Ainsi, la Lozère est généralement divisée en quatre régions naturelles : la Margeride, l’Aubrac, les Causses et les Cévennes. Les deux premières sont regroupées sous le terme de " montagne ", tout comme l’Aigoual, le mont Lozère ainsi que la plaine de Montbel. Chaque région se caractérise par la nature du terrain, la forme des montagnes et par une végétation. Les Cévennes sont un massif schisteux, alors que le mont Lozère, le Goulet et la Margeride sont granitiques ; l’Aubrac est constitué de basaltes volcaniques et les causses de calcaire (Delon 1941).

 

1.1.3.1. La Margeride granitique, à l’image du Cantal


La Margeride, granitique, occupe la plus grande surface du département, sur tout le nord de la Lozère. Ses limites avec l’Aubrac à l’ouest sont difficiles à appréhender. Ils sont reliés par des plateaux légèrement inclinés. Au nord et à l’est, la région s’étend jusqu’aux limites de la Lozère, au sud elle s’étend presque jusqu’aux vallées du Lot et de la Colagne. Le relief est ondulé, aux formes douces et arrondies, avec des combes et des collines, des vallées, des plateaux. C’est le pays d’herbe verte, dans le prolongement de l’Auvergne. Le climat y est rude, les hivers rigoureux et longs, les étés courts, l’automne et le printemps presque absents. Les terres sont ici acides et pauvres en phosphore, elles sont dédiées au pâturage. Les bois de jeunes pins couvrent aussi une bonne partie du territoire. Cette lande est aussi composée de genêts et de genévriers, de fougères et de bruyère. Au-dessus de 1200 m, l’herbe laisse la place à la mousse et aux gentianes. Le pin sylvestre, le bouleau et le hêtre ou fayard sont très répandus en Margeride. Près des habitats apparaissent les ormes et ormeaux, frênes et sorbiers des oiseaux. On y cultive le seigle, l’avoine et l’orge, le climat étant trop rigoureux pour le froment. L’eau ruisselle en suivant les rases creusées par l’homme. Dans les vallées et les dépressions, elle stagne, créant des tourbières riches en joncs. De nombreux cours d’eau serpentent : la rivière la plus longue est la Truyère, qui se fond en lac au-dessous du viaduc de Garabit. Le bassin de la Truyère comprend aussi la Rimeize, le Triboulin, qui arrose Javols-Anderitum, et la Limagnole. Le bassin de l’Allier comprend quant à lui l’Allier, le Langoueirouxet le Chapeauroux, qui arrose Condate. Le granit, magma primitif solidifié ayant cristallisé, est maître en Margeride. Il a donné lieu à de nombreuses légendes comme celles de la caverne du dragon de Javols (" lou Cougobre ") et le " dolmen " de Gargantua qui est en fait un chaos granitique. Le géant aurait entrepris d’épierrer la terre et de rapporter toutes ses trouvailles en Lozère… La Margeride présente ses plus hauts sommets au Mont Mouchet (1465 m), au mont Chauvet (1486 m), au Roc de Fenestre (1488 m), au Signal de Randon (1551m) et au Truc de Fortunio (1551m). Ses plateaux s’élèvent à une altitude moyenne supérieure à 1000 m.

Le granit est aussi présent au Mont Lozère, plus étroit et plus haut que la Margeride, allongé d’ouest en est du col de Montmirat au collet de Villefort. Ce mont, dont le département tire son nom, est déjà connu de Pline l’Ancien. C’est par une profonde vallée que cette masse de granit est isolée des schistes des Cévennes, une autre petite vallée le séparant des schistes du Bleymard. A l’ouest, le mont est limité par le calcaire des Causses. Il est à noter que le granit est aussi présent au mont Aigoual, dont la Lozère ne possède que le flanc nord.

 

1.1.3.2. L’Aubrac basaltique : mi lozérien, mi aveyronnais


Entre l’Aubrac et la Margeride s’étend la terre de Peyre, terre de transition, où s’est implantée la capitale gabale (Buffière 1985). L’Aubrac et ses plateaux basaltiques sont issus d’un volcanisme vieux de 5 millions d’années mais les cuvettes lacustres se sont formées lors du dernier âge glaciaire, il y a 10 000 ans. Ce sont les quatre affluents du Bès qui forment les quatre lacs Souveyrols, Salhens, Bord, Saint-Andéol, le dernier ayant fait l’objet d’un culte à l’Antiquité. L’Aubrac présente des landes grises jonchées de blocs mais peu d’arbres. Il s’étend sur le Cantal, l’Aveyron et la Lozère, qui se rencontrent à la Croix des Trois Evêques, élevée en 1238 par les moines d’Aubrac. C’est d’ailleurs la ligne de faîte des monts d’Aubrac qui détermine le partage entre l’Aveyron et la Lozère. La plupart des sommets se trouvent en Aveyron mais la Lozère détient le plus haut, le Signal de Mailhebiau (1471 m). La rivière la plus importante de l’Aubrac est le Bès, affluent de la Truyère, née près du lac de Saint-Andéol. La forêt domaniale d’Aubrac s’étend sur 2400 ha (hêtres, aulnes, alisier blanc, sorbier, sureau rouge) mais l’Aubrac est avant tout une immense prairie qui accueille les troupeaux de bovins. L’hiver y est redoutable : le vent souffle en rafales et amoncelle la neige en congères. La neige couvre d’ailleurs l’Aubrac plus de la moitié de l’année.

 

1.1.3.3. Les Cévennes schisteuses, à cheval entre le Gard et la Lozère


A l’opposé de l’Aubrac se trouvent les Cévennes. Situées sur la bordure orientale du Massif Central, entre l’Hérault et l’Ardèche, telles des retombées abruptes sur les plaines rhodaniennes, les Cévennes sont formées de longues crêtes schisteuses, les " serres ", qui bordent de profondes vallées. Situées au sud-est du département, et orientées sud-ouest/nord-est, les Cévennes sont majoritairement constituées de schistes. Ce sont les calcaires, les marnes et les argiles qui se sont accumulés en sédiments au fond des eaux qui ont fourni la matière première nécessaire à la formation de ces gneiss, micaschistes et schistes (Buffière 1985). Les gneiss et les schistes affleurent ainsi sur un quart du département : de Saint-Germain-du-Teil à Villefort, puis sur la rive droite du Lot et dans la vallée de la Colagne. Les gneiss durs et massifs affleurent à Saint-Germain-du-Teil, Chirac et Marvejols ; alors que les micaschistes apparaissent autour de Mende et prédominent dans la vallée de l’Altier, le gneiss réapparaît dans le val du haut Allier. Il est à noter qu’une partie seulement des Cévennes est lozérienne.

 

1.1.3.4. Les Causses, calcaires, entre Lot et Hérault


Les Grands Causses se situent au sud du Massif Central entre le Lot et l’Hérault. Là s’étendent 3000 Km² de plateaux dénudés et caillouteux. Les Grands causses se nomment Sauveterre, entre Lot et Tarn, prolongé à l’ouest par le causse de Séverac, le causse Méjean (médian) entre Sauveterre et Causse Noir, le causse Noir et le Larzac, les deux premiers appartenant à la Lozère. Les causses lozériens s’étendent ainsi sur 102 655 ha et sont couverts par des pelouses à 55 %, par la forêt à 15 %, par des landes à 30 %. La fenêtre choisie englobe donc près de 12 % des Causses lozériens. Le causse de Sauveterre est relié au mont Lozère par le col de Montmirat et s’étend jusqu’à l’ouest de la Lozère. Il a été déboisé par une exploitation intensive et mesure 35 Km sur 25 Km. Par endroits, la couche végétale permet la culture dans les sotchs. Le causse Méjean est séparé de l’Aigoual et des monts du Bougès par le Tarnon, du Causse Noir par la Jonte et du Sauveterre par le Tarn. D’autres causses plus petits existent : Mende, Changefège, Montbel, l’Hospitalet etc. Ils se caractérisent par l’abondance d’éléments calcaires et l’absence de cours d’eau, l’eau de pluie s’infiltrant dans les gouffres et circulant en sous-sol. Les vastes plateaux sont criblés d’avens, de dolines qui conservent l’argile rouge, de lavognes, plus rares, qui permettent de conserver l’eau des pluies. Les causses sont souvent limités par une haute falaise abrupte en à-pic de 500 ou 600 m au-dessus des rivières blotties dans les gorges. La végétation, pauvre à première vue, est composée de landes et de forêts. Il s’agit alors pour les agriculteurs d’épierrer sans cesse les sols de calcaire en plaques pour que chaque brin d’herbe puisse pousser… (Buffière 1985)

 

1.1.3.5. Une utilisation traditionnelle des ressources, à l’image de la diversité du milieu


La maigreur des sols schisteux, granitiques et calcaires, l’altitude élevée de ses plateaux font du département l’un des plus pauvres du pays mais permettent une grande variété d’utilisation des ressources et de stratégies de gestion du milieu. C’est ainsi que l’on cultive la châtaigne dans les Cévennes, en construisant des bancels pour rompre les pentes. La montagne granitique présente de vertes prairies et de nombreux ruisseaux, permettant ainsi l’élevage, et la culture de quelques céréales. On cultive les céréales sur les rares terres propices  des causses ; dans les steppes de cailloux, ce sont les troupeaux de brebis qui font vivre les habitants. Le lait est utilisé pour le fromage du Cantal ou de Roquefort ; la laine était tissée. C’est dans les vallées et les parties basses que l’on cultive les arbres fruitiers. On a aussi longtemps exploité les mines de plomb argentifère, manganèse ou antimoine du Vialas, du Bleymard et du Masseguin (Delon 1941). L’homme a aussi su tirer parti de la forêt. Elle couvre des espaces étendus et est bien entretenue, cultivée et surtout ancienne. Seule une petite partie est abandonnée. Les principales forêts de la Lozère sont Mercoire, Rancgros, Gourdouze, Calcadès et le Bois-Noir. C’est un département qui a été très défriché. L’homme a fait les frais de la suppression à outrance des arbres des coteaux : chute de l’humus, stérilité des flancs de montagnes, inondations lui ont vite rappelé qu’il s’agissait maintenant de reboiser.

On peut remarquer que les villages sont nombreux dans les vallées, plus épars dans les montagnes où les propriétaires possèdent des terres plus vastes, les fermes se concentrant surtout sur les montagnes et dans les plaines, alors que les hameaux et villages se trouvent plutôt dans les vallons et les Cévennes.

 

1.1.4. Un climat de montagne sous influence méditerranéenne


Le climat lozérien est contrasté : c’est un département de montagne sous influence méditerranéenne et océanique. La nature karstique de ses plateaux, avec leur réseau complexe de galeries et de cavités souterraines qui attirent toutes les eaux de surface, renforce l’impression d’un climat continental et sec. Mais le climat est en réalité plus frais que ce que la latitude pourrait le faire penser. Les montagnes et les cours d’eau omniprésents renforcent l’impression de froid. Il est à noter une différence entre le nord et le sud du département, ce dernier étant plus chaud et présentant un hiver bien moins long. Les vents dominants proviennent du nord et de l’est dans le nord ; mais ce sont les vents de l’ouest et du sud qui soufflent dans le sud. Les vents nord et nord-ouest soufflent plutôt en hiver : on voit alors la neige persister durant plusieurs mois avant que l’on puisse définitivement dégager les congères. Les gelées printanières sont aussi répandues. En revanche, au sud, il arrive de plus que les petits ruisseaux inoffensifs se transforment en torrents destructeurs après quelques pluies (Bouret 1853).

 

 

1.1.5.          Le nœud hydrographique de la France

 

Strabon affirmait déjà que la distribution des montagnes et des rivières en Gaule était une providence (in Joanne 1898) et ceci est particulièrement vrai pour la Lozère. A. Joanne, dans sa Géographie du département de la Lozère (Joanne 1898) surnomme la Lozère « le toit de la France » du fait de sa position centrale vis à vis des trois plus grands bassins versants de la France. Les sources sont en effet très nombreuses au pied des causses sur lesquels il tombe près d’un mètre d’eau en quelques mois, eau qui s’infiltre pour ressortir en résurgences. Le département draine en effet 437 cours d’eau sans que presque aucun d’eux ne provienne d’un département voisin. En dehors du bassin de la Seine, tous les autres sont ses tributaires. Ce sont la Margeride, le Mont Lozère et l’Aigoual qui déterminent la ligne de partage des eaux entre la Méditerranée et l’Atlantique et les bassins versants de la Loire, du Rhône et de la Garonne (Fig. 7). Les eaux s’écoulent vers le Rhône par le Chassezac et l’Altier puis l’Ardèche et la Cèze et vers la Garonne par le Tarn et le Lot. La Loire reçoit l’Allier. Le Gard se grossit des sept gardons.

Aucune rivière n’est navigable actuellement, elles sont peu profondes, trop rapides et présentent de nombreux obstacles. Certaines ont longtemps été infranchissables, alors que d’autres s’y prêtaient facilement à gué ou par la construction de ponts stratégiques. C’est ainsi que la capitale gabale, Javols-Anderitum, était installée au niveau d’un passage à gué et que les ateliers de potiers de Banassac profitaient du confluent du Lot et de l’Urugne.

 

            

 

1.1.               LES CAUSSES, UNE TERRE DE PASSAGE ?

 

1.1.1.               Un espace contraignant

 

Cela fait longtemps que le gel, le vent, la pluie et tous ces agents de destruction se sont employés à ronger la surface des couches calcaires : c’est l’érosion propre aux causses, dite érosion karstique. Le causse ou système karstique est un système caché qui doit son nom à la région de Karst en Slovénie. Il se définit par l’action de l’érosion chimique sur les calcaires et les autres roches solubles. L’eau qui tombe à la surface, chargée du gaz carbonique atmosphérique acidifiant, corrode la masse des carbonates qui libèrent de fines particules argileuses. Ces argiles s’accumulent dans des dépressions en une couche imperméable, créant des dolines ou des sotchs reconnaissables à leur couleur verte. L’eau disparaît presque instantanément par les diaclases du calcaire fissuré, les avens, les lapiaz. Le réseau d’écoulement s’organise au-dessous de la surface en plusieurs niveaux avec des circuits morts ou actifs, des grottes, des siphons, des gours. Au pied du massif, l’eau retrouve un circuit de surface par des résurgences (Chemin Faisant, 2001). Sur les plateaux karstiques, le modelé présente donc des amas dolomitiques, calcaires riches en magnésie, chaotiques et ruiniformes sur un sol sans hydrographie de surface. Les causses sont ainsi un milieu steppique, alors que les grandes vallées où coulent le Tarn, la Jonte et le Tarnon, simples failles à l’origine, se sont transformées en canyons grandioses. Etant donné que le réseau hydrographique s’est établi à partir de la surface fondamentale, les drains principaux sont indifférents à l’égard de la structure. Le niveau de base karstique est constitué par le sommet de la nappe karstique qui tend à se mettre en équilibre avec l’altitude atteinte par les cours d’eau allogènes. En période de crue ou de pluies sur le Causse, mieux vaut donc s’abstenir de descendre dans les avens…

L’altitude moyenne des causses lozériens se situe autour de 1000 m mais la topographie des plateaux est variable et bien souvent tourmentée. L’impression d’aridité et l’absence d’eau en surface ne doivent pas faire oublier qu’il y tombe près d’1,20 m d’eau par an. La nature sèche et rocailleuse du sol perturbe la pousse de toute végétation, c’est pourquoi les cultures se concentrent au creux des modelés karstiques comme les dolines et les combes où s’accumule l’argile rouge de décalcification tandis que les lavognes, qui conservent l’eau de pluie dans leurs dépressions, permettent aux troupeaux de vivre. Les caussenards se sont aussi constitué des citernes de réserve d’eau pour subvenir à leurs besoins.

Enfin, les surfaces steppiques des causses, balayées par les vents froids toute l’année, rappellent que ceux-ci sont situés à un carrefour climatique (aquitain, méditerranéen, continental) qui provoque des hivers très rigoureux mais des étés torrides.

Le Causse de Sauveterre, qui est le plus concerné dans cette étude, a une altitude qui varie de 800 à 1180 m. La plus grande partie, couverte d’herbe piquetée de buis et de forêts de pins agrémentées de genévriers, a vu sa steppe se dégrader à cause du pâturage intensif des moutons, qui représentent encore aujourd’hui une grande partie de l’économie caussenarde. Sur le plateau, seules les dolines et les combes pouvaient vraiment être utilisées pour les céréales et les cultures fourragères. C’est donc un pays où, à première vue, l’activité humaine n’avait pas la tâche facile. En revanche, les vallées au sol limoneux et profonds, proches de la nappe phréatique, sont favorables aux cultures et à la pousse de l’herbe. Encore aujourd’hui, les habitants des plateaux tiennent à y posséder un champ. On pense que ce sont justement les échanges entre causse et vallée qui ont été au fondement de l’économie rurale (Toujas, in Taillefer 1978).

 

1.2.2. Des ressources diversifiées 

 

Les Causses constituaient pourtant une réserve inépuisable de ressources naturelles : bois, calcaire, minerais, dalles calcaires, terre glaise…Les dépôts sédimentaires constitués au Jurassique supérieur s’extraient aisément du sol en plaques qui ont servi de pierres pour la construction. Le calcaire pouvait aussi être utilisé pour fabriquer la chaux. Les résineux ont également été exploités très tôt : bois de chauffage, charbons de bois, troncs longs et droits débités pour être exportés en l’état... Actuellement, la partie occidentale des causses est couverte de résineux, de bois et de bosquets de chênes blancs et la zone orientale, plus élevée, est dénudée.Michel Lorblanchet (Lorblanchet 1965) a comparé la répartition des monuments mégalithiques et des stations de résiniers à la carte de la couverture forestière et a montré l’ancienneté de la physionomie du causse. La forêt primitive devait être antérieure à l’implantation humaine et a dû régresser pour laisser la place aux pratiques agro-pastorales. Les minerais ont également très tôt été mis à l’honneur, en particulier à travers la réduction du minerai de fer. Le dépeuplement actuel des causses est entre autres lié au système d’exploitation de terres agricoles pauvres qui exige la possession de grandes étendues par un même propriétaire, mais également à la rudesse du climat aux hivers longs et rigoureux. En fait cet espace a surtout décliné à partir du moment où les richesse qu’il avait à offrir ont cessé d’intéresser l’économie.

 

1.2.3. Un espace si contraignant que les hommes n’auraient fait qu’y passer ?

 

La rapidité avec laquelle César a envahi la Gaule a fait penser aux historiens que les voies de communication étaient nombreuses et entretenues, même si elles n’étaient pas construites. En dehors des nombreux sentiers rudimentaires qui parcouraient le Gévaudan de toutes parts, on remarque la grande importance des drailles, anciennes et larges.

Marius Balmelle cite en 1925 (Balmelle 1925) deux drailles principales : la draille gévaudanaise et la draille d’Aubrac. Toutes deux drainent les troupeaux et les hommes de la Provence vers la Montagne.

Le première passe par le Gard, les Cévennes, la Vieille Morte, le col des Ayres, le col de Jalcreste, traverse le Tarn à l’Aubaret, passe sur le Finiels à 1702 m, rejoint la vallée du Lot, traverse le Goulet et Montbel. Elle permet aux troupeaux de gagner les estives dans les pâturages du Mont Lozère, de la Margeride et de l’Aubrac.

La seconde, dont le tracé est résumé par Peire de Vairau (Peire de Vairau, sd) nommée en Occitan la Granda Dralha del Lengadoc, aussi appelée Grande Graille d’Aubrac sur le Méjean, part de Saint-Martin de Mondres, passe à Ganges, Pont- d’Hérault, Mandagout, Cap de Costes, le col de Seyrerède et aborde le Méjean au col de Perjuret. Elle traverse le Tarn à Sainte-Enimie, continue sur le causse de Sauveterre pour atteindre Chanac, Banassac-La Canourgue, Pont-de-Salmon, Chirac, Le Monastier (Fig. 8). Elle permet ainsi de rejoindre assez vite et sans détour le Tarn au Lot. Elle est désignée aujourd’hui sous l’appellation GR 60. C’est la draille qui a connu, sur les Grands Causses, la plus grande fréquentation. D’autres drailles se raccordaient à cette grande draille : la draille de Chanac à Florac, la draille de l’Espérelle, le chemin de La Canourgue à Florac qui passait à Roussac.

Peire de Vairau a parcouru toutes les drailles et chemins afin de mieux cerner leur tracé exact et étudier la vie pastorale afférente. Ces chemins, dont Jean Galtier a montré dans sa thèse (Galtier 1971) l’ancienneté grâce à la superposition des tracés des drailles et des principaux mégalithes inventoriés, étaient bordés de dolmens, de menhirs, de tumuli qui permettaient de relier les plaines et garrigues du Languedoc à l’Aubrac à travers les Causses. Pour retrouver le tracé des drailles, Peire de Vairau a cherché les passages naturels par les combes, les cabanes de bergers, les lavognes, les croix de carrefours et a étudié la toponymie liée à la vie pastorale (Peire de Vairau 1979). Il a ainsi étudié la draille de Saint-Guilhem-le-Désert à Meyrueis en 1978, la vieille draille sur le causse de Sauveterre en mai 1980, la grande draille du Languedoc/d’Aubrac du col de Perjuret à Sainte-Enimie en mars 1981, la draille de Florac à Chanac en juin 1990, l’Ancien chemin de Meyrueis à La Canourgue en août 1991. L’enquête orale réalisée a permis de mieux comprendre ces chemins si particuliers.

Ces itinéraires de transhumance varient de 3 jours à une semaine selon le trajet emprunté et les conditions. Il fallait donc s’organiser pour que le troupeau ait où s’abreuver, manger et dormir. De nombreux toponymes ont ainsi gardé la trace des habitudes pastorales locales. Peire de Vairau en recense des dizaines, dont nous ne retiendrons que ceux qui existent sur la zone étudiée, traversée par le GR 60 qui descend du Causse en profitant d’un épanchement naturel. Le/la Claux, les Clauses et leurs dérivés désignent les parcs à ovins. La Devèze, le Devès et leurs dérivés désignent les pâtures. La Garde, les Gardies, les Gardettes désignent les lieux de garde des troupeaux. Les Pessadous, la Pezade, les Pessades désignent les lieux de passage (à une limite de cité, de diocèse, de département…). On peut enfin citer lavogne et lavagne, mares caractéristiques des Causses où s’abreuvent les brebis.

Les différents auteurs des ouvrages consacrés aux drailles font des Causses des « terres de passage ». Les hommes n’auraient donc fait qu’y passer ?

 

 

1.2.4. De l’ancienneté de la mise en valeur du terroir : paléo-environnement versus a priori

 

Cette image d’un causse désertique et déserté est largement remise en question par les études paléo-environnementales qui nous renseignent tant sur l’évolution écologique du milieu que sur l’impact de l’homme sur son terroir. Une synthèse sur l’Ecologie des Causses au Quaternaire a été réalisée par Jean-Louis Vernet (Vernet 1985) dont ce résumé est inspiré. Une première synthèse de la végétation holocène des Causses avait d’ailleurs déjà été effectuée par Jean-Louis Vernet en 1968 et en 1972.

Il s’agit d’une synthèse paléo-écologique centrée sur le Quaternaire, qui apporte beaucoup à la connaissance des phénomènes naturels et à la mise en valeur de l’anthropisation des milieux. Les Grands Causses et leur périphérie ont ainsi fait l’objet d’études pluridisciplinaires : cartographie géomorphologique, forages, datations 14C, Uranium-Thorium et paléomagnétisme, palynologie, anthracologie. Plusieurs points des Causses ont été choisis et étudiés sous ces angles. Pour les études palynologiques, les résultats des carottages pratiqués ailleurs dans le département, voire dans les départements limitrophes, ont été couplés à ces travaux, les Causses ne se pliant pas à ce genre d’études qui apportent des résultats plus significatifs dans les tourbières ; riches en pollens, elles restent les meilleurs indicateurs de la végétation, et comme elles enregistrent la végétation d’une grande région, leurs données peuvent ici être prises en compte pour les 5500 dernières années. Les remplissages karstiques et les grottes ayant fourni des vestiges d’habitat humain et des charbons ont aussi été étudiés, tout comme la microfaune et la macrofaune, qui nous renseignent aussi sur le biotope de l’époque.

 

1.2.4.1. Etudes faunistiques et floristiques

 

 

Le Pliocène : l’apport de l’analyse paléobotanique des sédiments du paléogolfe de l’Orb (Suc, Vernet 1975 ; Suc 1981)

 

Le Pliocène peut être appréhendé à travers cette étude qui permet de se faire une idée de la végétation et du climat de l’époque. Certains taxons témoignent de la végétation que devaient connaître la Montagne Noire et les Grands Causses, en particulier érables, chênes et sapins. J.-P. Suc conclut que ce sont les forêts qui occupaient le relief : Abies, Picca, Pinus, Cedrus, Sequoia étaient majoritaires. En revanche, plus bas, la végétation était plutôt de type méditerranéen : Pinus, Quercus, Olea, Phillyrea et Cistus dominaient. Les Taxodiacées disparaissent au profit des espèces xérophiles méditerranéennes, à cause d’un changement climatique et de la sécheresse estivale (Michaux et alii, 1979). Le froid hivernal provoque l’apparition des premières steppes vers - 2,4 MA. Ces steppes alternent avec des phases de réchauffement longues (interglaciaires) ou brèves (interstadiaires).

Les diatomites de la partie supérieure de la série de Bernasso ont, quant à elles, livré des feuilles de charmes et d’érables. Toutes les lauracées ont disparu, il n’y pas de chêne ni de marqueur de climat véritablement froid ; les érables témoignent tout de même d’un climat frais. La palynologie et l’étude des macro-restes montrent de même une dominance d’arbres alors qu’une végétation steppique est attestée par l’étude pollinique. Les ensembles steppiques à Armoises, Chênopodiacées et Pins témoignent de climats arides (Suc 1978). Il s’agirait d’une amélioration climatique à l’intérieur d’un glaciaire car il n’y a pas encore développement de la forêt de chênes caractéristique des végétations interglaciaires. Cette séquence peut être datée du second refroidissement (Eburonien).

 

Le Pléistocène inférieur et moyen : les résultats de l’étude de deux ensembles fauniques

 

Pour le Pléistocène Inférieur et le Pléistocène Moyen, deux ensembles fauniques ont été étudiés. P. Ambert a pu y reconnaître de nombreux restes de cervidés mais aussi quelques autres éléments comme un Equus, un Bovinae, un Felidae. Les conditions climatiques devaient être tempérées forestières.

Les rongeurs de la faune de Saint-Sauveur (Aveyron) ont été plus spécialement étudiés : les conclusions tendent à montrer qu’au Pléistocène Moyen, le Larzac n’est pas sous influence méditerranéenne mais est déjà soumis aux conditions climatiques médio-européennes.

La flore de Peyre I (Bazile et alii, 1977) présente des empreintes foliaires et des cônes appartenant à Picea abies, Pinus sylvestris, Acer pseudoplatanus, Acer campestre, Acer opulifolium, Corylus avellana, Buxus sempervirens. C’est la première fois que l’on découvre des macrorestes d’Epicea dans le Pléistocène des Causses. Cette flore fossile ne peut être comparée qu’à celle de l’actuel étage montagnard, compte tenu du décalage écologique avec la période actuelle. Par comparaison avec des remplissages karstiques préhistoriques fournissant des assemblages homologues, on conclut que ce « travertin a fossilisé une flore durant une période froide ou relativement froide » (Vernet et alii 1984). Grâce à une approche radiométrique et paléomagnétique, cela peut être précisé : la séquence est antérieure à la limite Bruhnes-Matuyama, soit dans un interglaciaire au cours d’une période de refroidissement, soit au début d’un glaciaire. Cette série prolonge donc la série de Bernasso et démontre un second renouvellement floristique postérieur à l’Eburonien. On remarque ainsi la mise en place des végétations modernes des Grands Causses et la disparition des derniers témoins de la flore tertiaire chaude.

 

Le Pléistocène supérieur : l’apport des travertins du Chenil, du Réservoir et du Château, ainsi que des remplissages karstiques préhistoriques de la vallée du Gardon

 

Le Travertin du Chenil a livré une flore différente, avec des restes de chênes à feuillage caduc ainsi que Corylus avellena et Buxus sempervirens. C’est un ensemble supra méditerranéen qui évoque la chênaie actuelle. Il s’agit d’un interglaciaire ou du moins d’une phase de réchauffement postérieure au Ménapien.

Le travertin du Réservoir a fourni une faune présentant des mammifères de grande taille : Megaceros, Equus Caballus, Mammuthus Primigenius ainsi qu’une microfaune. Ces grands mammifères sont typiques des climats tempérés. Le degré d’évolution du cheval permet de dater cette faune du dernier interglaciaire (Prat 1968). D’après l’étude des gastéropodes et des rongeurs, il s’agirait d’un climat plutôt sec avec une nuance chaude. A Partir du Pléistocène supérieur et dès le dernier interglaciaire, les Grands Causses reçoivent une influence méditerranéenne.

Les remplissages karstiques préhistoriques de la vallée du Gardon (Bazile-Robert 1981) fournissent un modèle probable : on met bien en valeur l’existence, en dehors des périodes froides bioclimatiquement montagnardes, de quelques brèves périodes de réchauffement, comme vers 28 000 BP où l’on note le retour des taxons méditerranéens (Quercus ilex par exemple). Les vallées caussenardes pourraient se rapprocher de ce modèle mais les plateaux devaient être moins accueillants. Alors que les pins et les bouleaux colonisent les vallées au maximum du froid, ce sont les graminées, Chênopodiacées et Armoises qui constituent la majorité de la végétation à 800 m d’altitude. Ces steppes renferment aussi quelques taxons arcto-alpins.

Plus récent que le Chenil et le Réservoir, le Travertin du Château daterait du dernier interglaciaire ; il présente des restes de chênes à feuillage caduc.

 

Le dernier glaciaire : les résultats de l’étude du travertin de la vallée de la Vis

 

Le retour du froid du dernier glaciaire modifie tout ou presque. L’étude montre que la deuxième moitié de l’Atlantique voit un net recul des feuilles de hêtres ; on rencontre en revanche le Tilleul, le Noisetier et les Chênes à feuillage caduc, phénomène lié aux formations périglaciaires. Les mesures de 13 C proposent deux approximations :

6100 + ou – 120 BP et 6200 + ou – 100 BP.

La période post- atlantique voit ensuite une nette dégradation du couvert forestier.

 

1.2.4.2. Etudes anthracologiques 

 

Le grand nombre de remplissages préhistoriques connus et fouillés dans les Grands Causses permet aux anthracologues de compléter ces informations. En utilisant un échantillon statistiquement représentatif, la discipline permet d’imaginer la flore que connaissait l’homme préhistorique.

Trois synthèses ont été réalisées (Vernet 1968, Vernet 1972, Krauss-Marguet 1981) qui permettent de donner un aperçu de la flore préhistorique et une chronologie des peuplements végétaux des dix derniers millénaires.

La première phase, de 10 000 à 8000 BP comprend une grande partie du Mésolithique (Préboréal et une grande partie du Boréal). Juniperus (Phoenica) est majoritaire, à côté de Pinus sylvestris, de l’amandier sauvage et des chênes à feuillage caduc. On note la présence d’assemblages à Genévriers. L’amandier suggère une certaine aridité.

Vers 8000 BP, ils laissent la place à la chênaie caducifoliée durant la seconde phase qui commence à la fin du Boréal et du Mésolithique. Les ensembles à Juniperus-Pinus sylvestris régressent presque définitivement, sauf sur les plateaux où la forêt de pins perdure durant tout l’Atlantique. Les chênes à feuillage caduc y sont omniprésents, tout comme le Pin sylvestre, et ils deviendront prédominants dans les restes carbonisés à partir de 4500 BP. Il y a toutefois un décalage dû à l’altitude : alors que les vallées sont supra-méditerranéennes, les plateaux sont déjà à la base de l’étage montagnard. Dans les vallées, Quercus ilex apparaît vers 7000 BP mais il n’est pas aussi bien représenté que dans les gisements du Midi. L’Yeuse apparaît à la même époque : il y a donc bien un courant méditerranéen qui s’insinue dans les vallées caussenardes, affaibli par la suite comme le montre la disparition du chêne vert. La phase 2 se termine vers 6000 BP. Au Postglaciaire, les Grands Causses ont donc fonctionné comme les garrigues, ce qui va à l’encontre de l’idée de refuges privilégiés antérieurs au dernier glaciaire (Vernet 1966).

La phase 3 voit le buis dominer. Dans les vallées, ce phénomène apparaît 1000 ans après l’installation des populations néolithiques et s’accélère avec l’anthropisation. La mise en valeur des plateaux n’intervient pas avant le Chalcolithique, 1500 ans plus tard mais c’est une observation générale qui n’exclut pas des nuances pour certaines zones.

La phase 4 voit l’accélération de l’anthropisation vers 4000 BP. La hêtraie progresse sur le Causse Méjean, surtout à l’est, compris entre 1000 et 1100 m d’altitude. Le hêtre est absent ou mal connu ailleurs, comme au Larzac où il est plus récent (postérieur à l’âge du Bronze, après 3000 BP). Le noyer est introduit au Ier siècle avant notre ère à Saint-Bonnet-de-Chirac de même que le sapin jusque là inconnu sur les Grands Causses (Vernet 81). Pour un détail du décompte des charbons, voir en annexe.

 

 

1.2.4.3. Etudes palynologiques

 

 

La palynologie profite de sa complémentarité avec l’anthracologie pour affiner ses conclusions, dans une zone où les tourbières sont inexistantes. En revanche, des analyses polliniques ont été pratiquées dans les massifs siliceux voisins (Beaulieu et Reille, 1978), qui elles-mêmes nuancent les conclusions anthracologiques.

Le Préboréal est dominé par les Pins et Bouleaux remplacés au Boréal par Corylus avellana qui fait la transition avec la chênaie mixte de l’Atlantique. Ces phases transitoires préforestières prénéolithiques sont révélées soit par Juniperus soit par Corylus. Les tourbières analysées par Beaulieu en 1981 montrent que le Tilleul tient une place importante à la fin de l’Atlantique et au début du Subboréal au Lévézou.

Au Subboréal, les hêtraies et les hêtraies-sapinières prennent leur essor. Le hêtre s’installe à l’ouest des causses vers 4500 BP. Le Sapin se développe aussi à partir du Subboréal, associé au hêtre. De rares pollens de Quercus ilex sont relevés au Levezou, témoignant certainement de sa présence dans la vallée du Tarn.

Au Subatlantique, la pression anthropique se ressent, Noyer et Châtaignier sont connus.

Ces résultats diffèrent un peu des précédents, en particulier à cause de la variation d’altitude et du substrat.

 

1.2.4.4. Paléo-environnement et archéologie (cf. Thauvin-Boulestin 1998)

 

Les données paléo-environnementales peuvent être couplées à des informations issues de la fouille.

Sur les Grands Causses, les déboisements, qui ont commencé au Néolithique afin de faciliter agriculture et élevage, s’intensifient au Néolithique moyen (cf. P. Gruat, in Bernard et alii, 1993). Le grand nombre de haches polies datant du Chalcolithique montre la poursuite de la déforestation, alors que l’importance des cultures céréalières est attestée par le grand nombre de vases silos, de meules, de broyons et de faucilles en silex. Les restes d’ovins et de caprins domestiques dominent. De même, le paléo-environnement et l’archéologie se complètent au sujet du climat ; plusieurs auteurs pensent que la fin du Chalcolithique et le début du Bronze ancien ont été marqués par une phase humide : J. Maury en raison du plancher stalagmitique souvent présent dans les grottes au-dessus des couches chalcolithiques (Maury 1967 b), J.-L. Vernet en raison de la présence du frêne. De nombreux gisements datés du Chalcolithique à l’Age du Fer ont livré des glands qui attestent de la présence du chêne et de son utilisation (Lorblanchet, 1965), comme l’a déjà montré J.-L. Vernet.

En revanche, certains désaccords existent : le pin sylvestre, qui domine aujourd’hui, aurait profité des déboisements de chênaies et de hêtraies pour s’implanter selon Marres (Marres 1936). Mais M. Lorblanchet (Lorblanchet 1965) pense que la part de l’homme dans la modification du paysage végétal – dans les défrichements en particulier- n’est pas si grande. A. Aymard (Aymard 1967) plaide pour une longue et forte action de l’homme sur le boisement originel, comme Marres.

 

1.2.4.5. Conclusions

 

Dès - 3 MA se mettent en place des conditions climatiques méditerranéennes avec extinction de taxons de climats chauds et humides, peu avant le refroidissement du Prétiglien.

La deuxième phase glacière à l’Eburonien présente dès le début du Pléistocène des refroidissements avec d’importants impacts sur l’environnement comme la disparition des taxons exotiques. L’étude des micromammifères montre que vers -  0,7 MA les plateaux étaient de type médio-européens ou supra –méditerranéens. Apparaît alors une végétation moderne.

Au dernier interglaciaire, les faunes mettent nettement en valeur l’influence du climat méditerranéen.

La végétation préhistorique connaît quatre phases :

-         phase préforestière à Génévriers et Pins sylvestres

-         phase forestière à chênes caducifoliés et Pins

-         phase postforestière à Buis

-         phase de dégradation maximale et apparition des marqueurs phytohistoriques comme le Hêtre et le Noyer. C’est ce dernier cycle qui a le plus marqué l’écologie présente, en particulier à travers la différenciation des variétés et la mise en place de l’anthropisation des forêts.

 

La dynamique forestière postglaciaire (mise en place de la chênaie caducifoliée) et l’histoire du chêne vert ne diffèrent pas de ce que l’on avait déjà remarqué dans le Bas-Languedoc et en Provence. Les groupements méditerranéens à chênes verts ont été très développés dans les Causses entre 7000 et 6000 BP, puis Quercus ilex a disparu de la vallée de la Dourbie à la fin de la Préhistoire. Ceci permet à Jean-Louis Vernet (VERNET 1985) de conclure sur la place des Causses Majeurs par rapport au paléo-environnement du Midi de la France : « Les Grands Causses appartiennent au complexe des montagnes subméditerranéennes tel que le définit Quézel, montagnes qui présentent à leur base des groupements mésoméditerranéens et supraméditerranéens passant ensuite au-dessus au montagnard de type européen » (voir aussi Barbero et alii, 1971 ; 1978)

Les disciplines paléo-environnementales apportent ainsi la preuve que cela fait bien longtemps que l’homme a modifié ce milieu. Par conséquent il n’ y a pas fait qu’y passer, il s’y est aussi installé.

 

1.3. BANASSAC-LA CANOURGUE, UNE ZONE DE CONTACT VALLEES-CAUSSES

 

1.3.1. Rappel administratif

 

Il faut rappeler que le 29 décembre 1972, les quatre communes voisines La Canourgue, La Capelle, Auxillac et Montjézieu ont fusionné afin de mettre en commun leurs moyens et de les gérer au mieux. La nouvelle commune porte le nom de La Canourgue. Cela signifie que lorsque l’on effectue des recherches sur ces communes, il faut toujours vérifier que les informations n’ont pas été classées selon l’ancien système. Généralement, si les archives et les documents divers se rapportent à une des trois communes La Capelle, Auxillac ou Montjézieu, ils sont classés dans un dossier portant l’appellation de la nouvelle commune avec mention de leur ancien nom, par exemple : La Canourgue ex Montjézieu ou La Canourgue-Montjézieu. Pour les documents antérieurs à cette date et dont le classement n’a pas été mis à jour - ce qui peut arriver pour les documents nous intéressant, puisque peu consultés - il faut donc penser à consulter les dossiers des trois autres anciennes communes. Il faut aussi noter que si la carte IGN utilisée par les informateurs était elle-même antérieure à cette date, l’erreur concernant la commune est fort possible. Banassac porte actuellement le numéro INSEE 017 et la Canourgue 034. Leurs surfaces respectives sont de 1 741 hectares, dont 248 labourés et de 10 429 ha dont 2256 labourés. La forêt et les landes sont donc majoritaires[6].

 

1.3.2. Un confluent

 

Les deux communes se situent à l’ouest/sud-ouest du département de la Lozère. Elles sont prises entre deux entités géographiques séparées par le Lot : la retombée des Monts d’Aubrac au nord/nord-ouest - terrains cristallins et cristallophylliens, micaschistes et gneiss - et la région des Grands Causses au sud et à l’est - étagement des puissants dépôts calcaires et dolomitiques du Jurassique et terrains sédimentaires. L’altitude des deux villes est d’environ 560 m. Banassac est située sur le Lot et La Canourgue sur l’Urugne, affluent du Lot. La situation de confluent a d’ailleurs pu privilégier cette zone en matière de peuplement. En suivant l’Urugne, on passe presque d’une ville à l’autre sans s’en apercevoir avant d’atteindre le causse de Sauveterre puis les gorges du Tarn. Le site antique de Banassac est donc implanté sur des alluvions fluviatiles - le fond de la vallée est liasique et permien - et présente un environnement lithologique varié aux ressources diverses. On notera l’importance de grosses accumulations locales marno-argileuses, ce qui a sans doute favorisé l’implantation des ateliers de potiers au Haut-Empire.

 

1.3.3. Une interface

 

Les deux agglomérations se situent précisément à l’interface entre le causse et la vallée. Cet espace nous permet donc d’appréhender les liens possibles entre les deux milieux, leur opposition mais surtout leur complémentarité. L’implantation d’une fenêtre exactement à la rencontre du Causse et des vallées à leur frange permet également de voir s’il y avait vraiment des différences dans la mise en valeur du terroir. En tout cas, le premier problème entre les deux milieux est tout simplement la communication terrestre. En effet, certains épanchements du causse permettent d’accéder à la vallée sans problème ; à d’autres endroits, il faut faire un grand détour ou tenter une descente risquée par une pente abrupte pour atteindre la vallée. C’est d’ailleurs le Tarn qui fut, jusqu’à l’ouverture de la route, le seul moyen de communication dans les Gorges du Tarn, donnant ainsi un très fort pouvoir à la corporation des bateliers. Ce qui frappe au premier coup d’œil, c’est bien sûr la différence d’altitude, la végétation et la densité actuelle de population.

Dernièrement, la population a fui ces plateaux pour aller peupler les basses terres des vallées. Mais, depuis longtemps, il est certain que l’homme a su tirer parti du voisinage des deux milieux : les vallées sont pourvoyeuses d’abris naturels et les plateaux procurent de grands espaces.

 

2. DE L’INTERET POUR LES BEAUX OBJETS A UN INVENTAIRE ARCHEOLOGIQUE SYSTEMATIQUE

 

Nous traiterons brièvement ici de l’histoire de la recherche sur le Gévaudan pour insister plus longuement sur les érudits et les travaux ayant trait aux communes concernées par l’étude. De même, un petit rappel de l’état des connaissances sur tout le département précèdera l’état des connaissances sur les communes choisies afin de mieux situer celui-ci.

 

2.1. EVOLUTION GENERALE DES RECHERCHES

 

La cité des Gabales était déjà connue des érudits des XVIIe et XVIIe siècles puisqu’elle était mentionnée dans le Propempticon ad Libellum de Sidoine Apollinaire. De même, une première mention du mausolée gallo-romain de Lanuéjols apparaît dans un document de 1254 et le monument fait l’objet d’une étude dès 1724 par un historien local, le père de l’Ouvreleul ; par la suite, le mausolée a passionné J.-J.-M. Ignon et le préfet Gamot au XIXe siècle. C’est également au XIXe siècle que se pose la question de la localisation de la capitale gabale, décrite par Sidoine Apollinaire. Alors que des érudits tels que le baron de Walckenaer et Cayx ainsi que M. Mathieu tentaient de démontrer qu’il s’agissait d’Anterrieux, dans le Cantal, par analogie avec le nom d’origine gauloise de la ville Anderitum, l’emplacement de la capitale s’avéra par la suite être à Javols, petite bourgade de Margeride, en Lozère. Anderitumintéresse alors les érudits dès 1813 : on met au jour nombre de belles poteries, on note la présence de concentrations de tegulaeet de fréquents remplois de pierres anciennes dans les constructions du village. Les premières collections alors constituées ont privilégié la beauté de l’objet à leur valeur scientifique ; certaines ont été dispersées, d’autres ont pu en partie être étudiées, mais la documentation pêche par manque de précision sur le contexte de découverte des artefacts, données qui se seraient pourtant avérées précieuses car ce sont les édifices les plus importants de la ville qui ont été fouillés à cette époque. Les fouilles, d’abord ordonnées par le préfet à partir de 1829, s’y perpétuent encore aujourd’hui.

Dans l’historique des recherches portant sur le Gévaudan se dessinent ensuite plusieurs mouvements. Le début du XIXe siècle est d’abord dominé par les érudits humanistes passionnés d’histoire locale. On s’intéresse à la période gallo-romaine mais aussi à la Préhistoire : le docteur Prunières et Louis de Malafosse étudient plus particulièrement les pratiques funéraires caussenardes. C’est d’ailleurs en 1860 que le premier lance une campagne d’inventaire systématique des tumulides plateaux.

Vient ensuite l’ère des géographes-géologues. L’engouement pour la spéléologie, engendré par l’importante contribution de Martel à la connaissance des sous-sols, les travaux des frères Cord mais aussi de Viré et de Fabre puis la thèse monumentale de Paul Marres publiée en 1936 sur les Grands Causses jalonnent l’histoire des recherches en milieu karstique.

L’inventaire archéologique réalisé par Marius Balmelle dès 1937 puis par Peyre en 1971, les vastes campagnes de fouilles opérées sur les ateliers de sigillée de Banassac par le Touring Club de France dans les années 1960 constituent les marqueurs importants de la période suivante, qui amorce la période faste de l’archéologie.

Au fil des ans, les recherches se font plus méthodiques, plus scientifiques ; les problématiques s’affinent, les disciplines acceptent de croiser leurs champs de compétences. On est ainsi passé de la recherche du bel objet à un inventaire systématique et raisonné du patrimoine archéologique des communes. La Carte archéologique de la Gaule (Fabrié, Provost dir. 1989 pour la Lozère.), qui remplit justement cette fonction, recense 139 communes sur 186 que compte la Lozère, qui possèdent au moins un site archéologique. La Canourgue présente, à la date de la publication, presque autant de découvertes qu’à Javols-Anderitum, pourtant capitale.

Mais cette suprématie des deux communes en terme de potentiel archéologique déjà recensé s’avère être une carte de la recherche : ce sont en effet les deux sites globaux antiques les plus connus et les plus étudiés. Au niveau du département, ce sont de même les Causses qui présentent le plus grand nombre de découvertes archéologiques, témoignant par là même de la vivacité des recherches sur les plateaux.

L’histoire du peuplement de la Lozère, et des Causses plus particulièrement, est donc redevable aux passionnés, amateurs et professionnels, notables et ecclésiastiques, qui ont consacré leur temps à rechercher les traces d’une occupation ancienne. Nous citerons d’une part les plus connus des chercheurs, ceux dont des éléments biographiques existent, et d’autre part ceux qui ont publié des informations reprises ou revues dans ce mémoire.

 

 

2.1.2. Des humanistes passionnés d’histoire locale

 

On remarque tout d’abord un intérêt particulier des érudits pour l’histoire locale. Afin de mieux cerner l’originalité de chacun, nous nous proposons d’étudier chaque personnalité de plus près. Les biographies ont été résumées d’après Rémize 1948.

 

Jean-Joseph-Marie Ignon (1772-1857) s’établit en Lozère comme maître imprimeur alors qu’il se destinait à une carrière ecclésiastique. Il fonde en 1803 le Journal de la Lozère. Membre fondateur de la Société d’Agriculture, Industrie, Sciences et Arts de la Lozère, il communique beaucoup par le biais du Bulletin. Il est le premier à avoir identifié Anderitum à Javols et c’est lui qui a recensé les tronçons visibles des réseaux secondaires de la voie d’Agrippa en Gévaudan. Il a entre autres publié une Notice sur les monuments antiques et du Moyen Age du département de la Lozère (Ignon 1839-1840).

 

 

L’abbé Jean-Baptiste Prouzet (décédé en 1848), ordonné prêtre en 1798, a quant à lui écrit une Histoire du Gévaudan. Il est ainsi l’auteur d’un ouvrage majeur : Annales pour servir à l’histoire du Gévaudanen 1843-44, en deux tomes ; le premier, paru en 1846, comporte quatre volumes et s’attache à étudier l’histoire du Gévaudan jusqu’en 531 ; le second, constitué de deux volumes manuscrits, constitue la suite logique du premier.

 

Le chanoine Louis Bosse (1819-1896) est ordonné prêtre en 1845. Aumônier de l’Hospice de Mende, Secrétaire Général de la Société d’Agriculture, Industrie, Sciences et Arts de la Lozère, il fait paraître ses travaux dans le Bulletin, étudie la Géographie Locale (1889), les voies celtiques et romaines, condense les souvenirs historiques et géographiques. Il publie une étude en 1895 sur le Tombeau de Saint-Frézal, commune de La Canourgue.

 

Émile de More de Previala, décédé en 1899, maire de Serverette et membre de plusieurs sociétés savantes, a entre autres étudié le tracé des voies romaines en Gévaudan, mené des fouilles à Javols, constitué une collection de monnaies de Javols et de Banassac et publié dans le Bulletin Académique de la Lozère. Il a collaboré avec le vicomte Ponton d’Amécourt lors d’une étude des monnaies mérovingiennes du Gévaudan (More de Previala 1833).

 

Théophile Roussel (1816-1903) fait ses études chez les frères de Saint-Chély puis se rend à Paris. Après un voyage en Italie, il rédige la Vie d’Urbain V et obtient pour ce travail la médaille d’or de l’Académie des Inscriptions en 1841. La même année, il remporte le titre de Lauréat des Hôpitaux et entre en tant qu’interne à Saint-Louis. Il mène des recherches en médecine et obtient de Louis-Philippe la Légion d’Honneur. A trente-deux ans, il est élu député de Florac et fait des propositions de lois hygiénistes et sociales : il améliore le sort des aliénés, protège l’enfance, fait interdire le travail aux moins de quatorze ans, fait voter l’assistance médicale gratuite et combat l’alcoolisme. A l’avènement du Second Empire, il décide de partager son temps entre Paris et la Lozère où il est Président de la Société d’Agriculture et des Lettres de 1854 à 1858. Il fut aussi Président du Conseil Général et Sénateur. En 1872, il est également élu membre de l’Académie de Médecine. En 1891, il entre à l’Académie des Sciences Morales et Politiques. Il a entre autres rédigé un « Rapport sur les fouilles pratiquées à Banassac », publié dans le Bulletin de la Société en 1859 ainsi que dans les Comptes rendus du Congrès Archéologique de France..

 

Le docteur Barthélémy Prunières (1829-1893) a fait des études de médecine à Paris au moment où la science de la Préhistoire se développait. Il comptait ainsi des amis parmi les médecins-antropologues et s’établit à Marvejols. En 1868, il publie sa découverte de la station romaine d’Ad Silanum à Puech-Cremat, s’intéresse aux vestiges de Grèzes et de Marvejols. Pour des querelles, il cesse de collaborer avec la Société des Lettres mais n’abandonne pas ses fouilles, en particulier à la caverne de l’Homme Mort, aux Arcs de Saint-Pierre-des-Tripiers et aux Baumes-Chaudes. Le docteur Prunières a toujours privilégié, sur près de 300 sites, l’étude des ossements, qui témoignent des maladies et des soins apportés aux individus, comme les fractures consolidées ou les trépanations ; c’est un des fondateurs de la paléo-pathologie qui n’en portait pas encore le nom : il étudie de près les squelettes, s’intéresse à la mort et à la disposition des corps. De ses travaux et de ceux de Solanet aux Baumes Chaudes découle d’ailleurs la définition du type anthropologique « des Baumes Chaudes ». Le Dr. Prunières a rédigé de nombreux comptes-rendus pour l’Association Française pour l’Avancement des Sciences. Il était, par ailleurs, membre depuis 1873 de la Commission de Topographie des Gaules. Il a laissé d’importantes collections au Musée de l’Homme et au Musée des Antiquités Nationales mais, afin de ne pas être spolié de ses découvertes et de ne pas attirer les pillards, ne mentionnait ni la date de la fouille, ni le lieu… Il a publié un article intéressant la commune de La Canourgue (ex La Capelle) portant sur la Caverne sépulcrale de l’Esquillouen 1889. Il eut pour émule le docteur Morel, futur Président de la Société des Lettres, Sciences et Arts de la Lozère.

 

L’abbé Baldit (1800-1883), Principal du collège de Mende, a également été à la tête des Archives jusqu’en 1864. Il a classé et publié de nombreux documents dans le Bulletin de la Société d’Agriculture. Le seul hic : il écrit, comme en Latin, sans ponctuation, ni alinéas, ni majuscules...

 

Ces érudits, humanistes pluridisciplinaires, ont contribué à l’élaboration d’une très riche bibliographie locale. C’est grâce à eux que l’on a pu dans ce mémoire avoir accès aux savoirs issus des premières campagnes, ce sont eux aussi qui ont fourni un immense travail de fouille et de prospection des sépultures du Causse, recensé les sources antiques et postérieures, étoffé une première synthèse sur les réseaux viaires. On remarque la forte proportion d’hommes issus du clergé dans cette catégorie et leur souci de publier leurs travaux dans le Bulletin de la Société. Après le règne de ces érudits, dont le cœur battait plutôt pour l’histoire, ce sont les géographes-géologues, curieux de voir ce que le sous-sol pouvait leur dévoiler, qui leur emboîtent le pas.

 

2.1.3. Le temps des géographes

 

La seconde moitié du XIXe siècle se caractérise par la domination d’hommes formés à la géographie au sens large : géologie physique et géologie, géographie humaine, spéléologues… Ce sont eux qui, les premiers, ont exploré le sous-sol des Causses et expliqué leurs paysages.

 

Louis de Malafosse (1836-1885) est le frère de Joseph de Malafosse (1854-1896), homme de lettres et archéologue. Louis, homme de Lettres et géographe passionné de Préhistoire, a fait de nombreuses découvertes dans les environs de son château du Boy où il a créé un Musée Préhistorique. Membre de la Société Archéologique de France, il vulgarise l’étude des causses et des Cévennes. Ses méthodes rigoureuses, son sens de l’analyse et son souci de la publication exhaustive en font un des pionniers de l’archéologie moderne.

 

 

 

Edouard Martel (1859-1938), agréé au Tribunal de Commerce de Paris, quitte son travail pour devenir explorateur et alpiniste et crée ainsi la spéléologie. Il s’intéresse aux causses à partir de 1883. En 1885, il écrit un article sur la grotte de Nabrigas près de Meyrueis, à une époque où les habitants les plus chevronnés risquaient déjà leur vie dans les grottes pour le compte des préhistoriens. Martel publie en 1889 Les Cévennes, puis en 1926 Causses et Gorges du Tarn, puis dix ans plus tard une version enrichie des Causses Majeurs, révélant ainsi le fabuleux sous-sol des causses. Il explore tout à tour Dargilan dès 1884, l’abîme de Bramabiau et l’aven Armand, découvert par Louis Armand.

 

Ernest Cord (1873-1939), géologue, et Gustave Cord (1875-1929), spéléologue, frères originaires d’Ispagnac, se sont également fait un point d’honneur à étudier leur région. Le premier a publié sa thèse de doctorat ès Sciences Etude géologique et agricole des terrains du département de la Lozèredans le Bulletin de la Société d’Encouragement pour l’Industrie Nationale en 1899 avant de devenir un incontournable collaborateur de la Carte Géologique de France. Le second explore avec l’érudit Barbot les Causses et les Cévennes durant six semaines. Devenu avocat, il soutient une importante thèse en droit sur la Propriété spéléologique en 1899.

 

Armand Viré, né en 1869, licencié ès Lettres, se passionne pour la spéléologie et l’entomologie et entre au Muséum d’Histoire Naturelle de Paris pour y étudier la faune cavernicole et créer la biospéléologie. En 1897, il fait partie de l’équipe qui découvre l’aven Armand, avec Martel et Armand. Archéologue préhistorien également, il devient en 1912 le Président de la Société Préhistorique de France et Président d’Honneur de la Société Spéléologique de France. C’est lui qui a rédigé les notices archéologiques du livre La Lozère, Causse, Gorges du Tarn, Guide du touriste, du naturaliste et de l’archéologue (Vire, Cord 1900) grâce à un dépouillement méthodique de la totalité des publications de la Société des Lettres de 1830 à 1900.

 

Georges-Auguste Fabre (1844-1911), géologue, Conservateur des Eaux et Forêts de la Lozère est surtout connu pour avoir reboisé le département : les sables du mont Aigoual et du mont Lozère déboisés, entraînés par les eaux, menaçaient d’envahir l’estuaire de Bordeaux… Il a beaucoup publié dans le Bulletin de la Société Géologique de France et dans le Bulletin de la Lozère ses études de géologie et a entre autres dressé la carte géologique de la Lozère au 1 /80000e.

Paul Marres (1893-1974), d’origine bretonne, se fixe finalement dans le Sud et fait ses études à Montpellier. Agrégé de géographie, il devient Assistant de Géographie à Bordeaux et obtient la chaire de géographie à Montpellier. Passionné par la géographie du Bas-Languedoc, il publie en 1936 sa thèse de Doctorat d’Etat sur Les Grands Causses(Marres 1936), sous l’aspect de la géographie physique mais aussi humaine. Sa thèse arrive à un moment où l’image des Causses et surtout des Gorges fait fureur sur le plan touristique, en particulier grâce au livre d’Edouard Alfred Martel Les Causses Majeurs (Martel 1936). Egalement Président d’Honneur de la Société des Lettres de la Lozère, ses recherches spéléologiques seront reprises par Louis Balsan (1903-1988) qui publie à son tour Grottes et abîmes des Grands Causses(Balsan 1950).

 

2.1.4. Les érudits du XXe siècle

 

Dans la première moitié du XXe siècle, on assiste encore à la prédominance des héritiers des pionniers du XIXe siècle, prêtres ou érudits laïques particulièrement pluri-disciplinaires et très nombreux à parcourir les crêtes des plateaux et vallées au pied des falaises.

 

Le chanoine Félix Remize (1865-1941), ordonné prêtre en 1888, est connu pour avoir dessiné les plans du petit séminaire de Mende et de la chapelle du Carmel. Il a souvent rendu publiques ses études sur l’histoire locale et prit part à l’élaboration de l’Armorial du Gévaudan. Archiviste diocésain, il a rédigé de 1927 à 1940 les Biographies Lozériennes qui, bien que laissées à l’état de manuscrit, furent éditées en 1948 par son neveu Félix Buffière avec réduction d’un tiers (Buffière 1948).

 

Marius Balmelle (1892-1969), fonctionnaire à Paris, suit les cours des antiquités nationales de Camille Jullian au Collège de France, ceux de minéralogie d’Alfred Lacroix au Muséum, ceux de radioactivité de Marie Curie à l’Institut de Radium. En 1918, il publie un ouvrage sur Les Richesses du sous-sol et les richesses hydrauliques de la Lozère(Balmelle 1918) puis en 1922 un Aperçu géologique sur le département de la Lozère(Balmelle 1922).En 1925, il fait paraître le Précis d’Histoire du Gévaudan en collaboration avec M. Grimaud, livre préfacé par Camille Jullian et récompensé par l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres (Balmelle, Grimaud, 1925). En 1927, il fonde la Revue des Provinces de France. Il publie aussi Histoire et Archéologie des Causses et des Gorges du Tarn et les Répertoires Archéologiques de la Lozère (Balmelle 1937 pour la période gallo-romaine ; Balmelle 1945 pour le haut Moyen Age).En collaboration avec Suzanne Pouget, il rédige l’Histoire de Mende, livre couronné par l’Académie française. Il a également publié au sujet de Javols, de la Bête du Gévaudan, de la Voie Régordane… Erudit devenu mendois, lauréat de l’Institut, il a rassemblé des collections de gravures, cartes, autographes, monnaies, fossiles, minéraux, minerais et possédait une bibliothèque riche de 3000 ouvrages. Secrétaire Général puis Président de la Société des Lettres, il assure pendant la guerre la publication du Bulletin, avec des bibliographies sur la préhistoire, l’Antiquité, saint Privat, Urbain V... C’est également lui qui a vérifié toutes les sources et références du livre de Lozériens connus ou à connaître (Buffière 1948).

 

Charles Morel (1893-1968) fut tour à tour médecin, soldat, homme politique, préhistorien et archéologue. Son père, inspecteur des Eaux et Forêts, fut nommé à Mende. Durant la guerre, Charles Morel officie au front en tant que médecin - il recevra la Croix de Guerre et la Légion d’Honneur pour n’avoir jamais voulu être évacué. Il soutient sa thèse de médecine à l’université de Montpellier et s’installe à Mende comme généraliste. Passionné d’archéologie, il repère précisément les sites qu’il découvre et prend des notes sur tous les vestiges archéologiques qu’il rencontre. En 1928, il étudie la grotte de Sainte-Enimie et son ossuaire et à partir de 1936 de nombreuses sépultures tumulaires. A partir de 1930, il consacre une demi-journée par semaine aux fouilles, en particulier sur le causse de Sauveterre ; puis il mène des prospections à Javols en 1937. En 1940, il s’intéresse aux menhirs des Bondons. Il devient spécialiste de l’Age du Fer et de la céramique sigillée, en particulier celle produite à Banassac. Résistant, puis retraité, il consacre son temps à la Société des Lettres, Sciences et Arts de la Lozère, dont il est membre depuis 1921 et il en devient le Président en 1958. Vice-président du Comité Départemental d’Inventaire des Monuments et Richesses Artistiques de la France, il décrit aussi dans le Bulletin de la Société Préhistorique Françaisemenhirs, dolmens, ours des cavernes, haches polies, tumuli, épées de l’Age du Fer repérés lors de ses excursions ou mis au jour lors de fouilles. Dans le Bulletin de la Société devenu Revue du Gévaudan, il rédige des articles sur la céramique et les monnaies mérovingiennes de Banassac et les vestiges antiques de Lanuéjols. Dans les revues de médecine, il décrit les squelettes et leurs trépanations, ainsi que les « blessures de guerre ». Il a travaillé sur les abris et en particulier sur la grotte de Roquaizou, à cheval entre Banassac et Saint-Saturnin, où il confirme l’existence de céramiques gallo-romaines le long de la rivière souterraine. L’abbé Peyre, avec qui il a beaucoup collaboré, est considéré comme son digne successeur.

Peyre Pierre, plus connu sous le nom de l’abbé Peyre, est réputé pour son savoir encyclopédique. Il a mené des fouilles à Javols et a entre autres travaillé sur l’ensemble gallo-romain de Ron de Gleiso à Cadoule, dans la commune de La Canourgue (Peyre 1968). Il a rédigé de nombreuses notices de découverte pour le SRA. Il s’est aussi intéressé à la céramique de Banassac (Peyre 1975), a dirigé des fouilles de sauvetage (Peyre 1976), a rendu compte des découvertes fortuites et de ses propres fouilles dans le Bulletin de la Société et rédigé nombre de rapports, dans les années 1960 en particulier. Il est l’auteur d’un important Répertoire archéologique rédigé en 1971 et toujours resté à l’état de manuscrit (Peyre 1971).

 

2.1.5. L’archéologie dans la seconde moitié du XXe siècle

 

2.1.5.1. Les acteurs

 

La seconde partie du XXe siècle a vu l’archéologie lozérienne prendre un tournant décisif en direction de la modernité. Parmi les chercheurs, outre ceux déjà mentionnés, qui ont contribué à une meilleure connaissance de l’archéologie de la zone étudiée, nous pouvons citer Alain Vernhet qui a travaillé sur l’artisanat (céramique, poix…), Dominique Fabrié, qui a rédigé le volume lozérien de la Carte Archéologique de la Gaule en 1989 et a entre autres étudié l’agriculture, l’exploitation forestière et la céramique, et P. Dufort, qui s’est intéressé à la toponymie locale, en particulier aux toponymes en – acum (Dufort 1965). André Soutou s’est aussi penché sur la toponymie, mais aussi sur la céramique et a réalisé un inventaire des vestiges gallo-romains de la Lozère (Soutou 1956), a fouillé l’éperon barré de Clapas-Castel, commune de La Canourgue ex La Capelle en 1962 (Soutou 1962). Il a étudié le tracé de la voie romaine Millau-Javols par Banassac (Soutou 1987). Nous pouvons aussi citer Gilbert Fages qui travaillait comme ingénieur d’études au SRA, responsable du dépôt de fouilles de la Canourgue. Il a localisé nombre de sites par des prospections très prolifiques. Il a inventorié les haches métalliques du département de la Lozère (Fages 1977), a sans cesse complété la carte archéologique par ses découvertes. Il a également publié dans le PCR de J.-L. Fiches (Chardonnet, Fages 1998).

On peut également nommer W. Mees qui s’est récemment intéressé à la céramique sigillée produite à Banassac (Mees 1994), prenant par là la suite de B. Hofmann qui avait mené des fouilles à Banassac avec l’équipe du Touring Club de Fr            ance dans les années 1960, mais aussi Jacques Vacquier, instituteur passionné d’archéologie qui a fouillé le site Lou Clapio de 1988 à 1990, et G. Costantini ainsi que Jean-Yves Boutin qui se sont plus particulièrement intéressés à la Préhistoire et aux âges des métaux.

Parmi les archéologues, on notera la présence de quelques femmes comme Aline Durand, qui a travaillé sur l’habitat castral dans la France méridionale (Durand 1996), C. Huguiès qui s’est intéressée à l’histoire locale en publiant Banassac au cours des siècles(Huguiès 1990), Marie Boudon qui a réalisé des prospections au sol en 1989 et qui a étudié les sépultures, J. Th. Beeching qui a édité un livret sur le Musée Archéologique de Marvejols en 1983 et a fouillé les grottes de la Roquette en 1982, E. Thauvin-Boulestin qui a étudié l’Age du Bronze des Causses en 1998.

Parmi les historiens qui ont également contribué à la connaissance du patrimoine local, citons le père Félix Buffière, docteur ès Lettres, ancien doyen de la Faculté des Lettres de l’Institut Catholique de Toulouse, auteur de Ce tant rude Gévaudan (Buffière 1985). Il a aussi écrit de nombreux livres sur le département et ses habitants comme Le Guide de la Lozère en 1990 ou encore La Canourgue, des rives du Lot aux Gorges du Tarnen 1996. Il a également codirigé la publication du dictionnaire de biographies Lozériens connus ou à connaître, (1948) avec Privat Buffière et Patrick Cabanel.

D’autres ouvrages ont contribué à faire connaître Banassac et La Canourgue ; on peut ainsi citer la collection Images du Patrimoine qui a publié un numéro consacré au patrimoine architectural et mobilier du canton de la Canourgue.

En ce qui concerne les mémoires d’étudiants, nous ne citerons que ceux qui se sont directement révélés utiles à ces recherches, en particulier celui d’Alain Trintignac dont les mémoires de Maîtrise (Trintignac 1999) et de DEA (Trintignac 2001) se sont avérés d’une importance majeure pour mon propre travail. L’étude des productions et de l’artisanat à l’échelle du département m’a, en effet, permis de mieux cerner la place des productions et de l’économie de ma zone d’étude dans l’économie de la cité. Les nombreuses références bibliographiques ayant trait à l’artisanat et aux techniques m’ont aussi facilité la tâche en matière de recherche bibliographique. Le mémoire de maîtrise de Jacques de Chambrun (Chambrun, de 1981) s’est lui aussi révélé très utile. L’étude des établissements ruraux gabales qu’il a réalisée m’a permis d’appréhender ce problème à l’échelle de ma zone d’étude avec plus de sérénité. Enfin, nous citerons le travail d’Harry Truman Simanjuntak, thèse qui a porté sur l’étude de la collection du Dr. Prunières, d’importance majeure pour comprendre la Préhistoire et la Protohistoire caussenardes.

 

 

2.1.5.2. Les travaux

 

 

Programmes transversaux

 

Divers travaux de recherches diachroniques et pluridisciplinaires ont inclus la Lozère, voire même les communes concernées par notre étude. Nous pouvons citer les travaux de Lorblanchet (Lorblanchet 1965) portant sur le peuplement des grands causses, les recherches menées en 1984 par D. Fabrié sur l’exploitation forestière des causses à l’époque gallo-romaine (Fabrié 1984), mais aussi sur les lieux de culte et les divinités gallo-romaines en Lozère (Fabrié 1985) et sur l’évolution de l’agriculture dans le Gévaudan médiéval (Fabrié 1987). Plus récemment, on peut citer les travaux de Chardonnet et de Fages (Chardonnet, Fages 1998) sur l’habitat groupé de Banassac, les travaux de J.-B. Dedet sur les pratiques funéraires protohistoriques des Grands Causses du Gévaudan (Dedet 2001) et de G. Fages (Fages 2000) sur l’habitat en Lozère au Bronze final et à l’Age du Fer. Ces travaux de synthèse ont fait progresser les connaissances sur l’histoire du Gévaudan et permis de mieux comprendre les découvertes a priori isolées.

 

Les fouilles programmées

 

Les recherches programmées concernant les ateliers de potiers ont été dirigées par un des plus grands spécialistes de la sigillée, Bernard Hofmann. Il a dirigé les campagnes du Touring Club de France (TCF) de 1960 à 1965 et à co-découvert la villa des Abrits en 1965. Il n’a cessé ensuite de publier sur la sigillée (Hofmann 1966, Hofmann, Picon 1974, Hofmann 1976, Hofmann 1986, Hofmann 1988). Les fouilles des ateliers de potiers étaient associées à Mercier, Mitard, Peyre et Vigarié.

   D’autres fouilles ont permis d’en connaître un peu plus sur l’habitat groupé de Ron de Gleizo, à Cadoule, commune de La Canourgue. C’est l’abbé Peyre qui dirigeait les fouilles, de 1964 à 1970, en même temps qu’il élaborait son Répertoire archéologique (Peyre 1971).

Parallèlement, on note un engouement pour les sites de hauteur fortifiés protohistoriques. L’éperon barré de Clapas-Castel fait déjà l’objet d’une publication en 1955 (Soutou, Brouillet 1955) et est fouillé par A. Soutou de 1961 à 1964, des sondages seront d’ailleurs repris par Brouillet en 1976 (Brouillet 1976). Le site de hauteur du Clapio, découvert en 1987 par G. Fages est, lui, fouillé de 1988 à 1990 par J. Vacquier (Vacquier 1988, 1989, 1990). La grotte de la Roquette est, quant à elle, fouillée par J. Thomas en 1982 (Thomas 1982).

Ces travaux ont, on le voit, surtout porté sur les sites majeurs des communes : ateliers de sigillée et éperons barrés.

 

Aménagement et fouilles de sauvetage

 

Les travaux d’entretien de la voierie et des chemins vicinaux, les travaux de réorganisation urbanistique à l’intérieur des villages (places, rues…) et les travaux de réfection du réseau d’approvisionnement en eau ont parfois mené à la découverte de sites archéologiques lors du creusement des tranchées. Ce sont souvent les érudits locaux et les autorités qui ont pris des notes et relevé le mobilier lors des travaux anciens. Ce mobilier peut alors être conservé au Musée de Mende ou au dépôt de fouilles de la Canourgue ou encore chez des particuliers. Les travaux agricoles tels que les labours profonds et les mises en cultures de zones anciennement dédiées au pâturage sont également pourvoyeurs d’informations. La plupart du temps, ils sont assez destructeurs s’ils ne sont pas surveillés de près, en particulier pour les tertres encore intacts qui sont difficiles à repérer. Ils ont toutefois donné lieu à des découvertes intéressantes, des arasements de murs, de la poterie.

L’extension et le réaménagement des communes en vue de la construction de l’autoroute A 75, l’ouverture de nouvelles routes destinées à desservir les fermes du plateau, le désir d’implanter de nouveaux aménagements publics ont donné lieu à de nombreuses découvertes récentes, qui ont suscité des fouilles de sauvetage. C’est par exemple le cas de vestiges romains découverts Avenue du Lot à La Canourgue, fouillés par P. Peyre en 1976, mais aussi du dolmen de la Devèze du Montet fouillé en 1986, du cimetière de Banassac fouillé en 1986 et 1987 par M. Boudon (Boudon 1986, 1987), de la nécropole antique du Champ del Mas et de l’habitat chasséen tout proche fouillés en 1990 et de la villa de Pont Plan, déjà connue, fouillée en 1994-1995 par Chr. Chardonnet. En revanche, certaines opérations n’ont rien donné : c’est le cas du diagnostic archéologique pratiqué en 1998 par G. Fages à l’emplacement d’un projet de caserne de pompiers sur la commune de La Canourgue. Cela aura au moins permis de délimiter l’emprise au sol des ateliers de potiers qui ne semblent pas s’étendre jusque là et de juger de l’épaisseur impressionnante des couches d’argile livrées par le sous-sol.

 

 

 

La création de l’A 75, qui traverse la zone étudiée, a eu, à plusieurs égards, un énorme impact sur le plan archéologique. Ces travaux ont donné lieu à des études préalables qui concernent la géologie, la topographie et le paysage des communes, ce qui a participé de l’enrichissement des connaissances à leur égard. De plus, de nombreux sites archéologiques ont été découverts lors des prospections d’étude d’impact. La recherche des documents relatifs à la construction de l’autoroute était primordiale car la connaissance des lieux de stockage des remblais ou des déblais des travaux dans la perspective de prospections pédestres était importante. Les travaux de remembrement ont aussi donné lieu à une surveillance des tranchées et des monticules de terre déplacée. Destructeurs également, en particulier pour les sites se trouvant sur les limites de parcelles (dolmens en particulier), ils ont parfois permis la découverte de lots de céramiques et de sites connus oralement mais non localisés précisément. Les comptes-rendus de ces découvertes apparaissent dans les bulletins scientifiques locaux.

 

La réalisation de l’A 75 se voulait un événement majeur pour le désenclavement du Massif Central et de la Lozère plus particulièrement. L’autoroute se développe en Lozère sur 65 Km dont 34 Km à plus de 1000 m d’altitude. Plusieurs tracés avaient été envisagés et c’est celui passant par Banassac qui a été retenu. La déviation de la Mothe commence au droit du hameau de Imbèque. Elle franchit le ruisseau de la Felgeyre grâce à un remblai de 30 m de hauteur, traverse une butte calcaire à l’arrière du hameau de Malbousquet par un déblai de 18 m de hauteur. Puis elle se développe en arrière de Badaroux, s’accroche en corniche face au village de Montferrand, entaille la butte située à l’ouest du carrefour de la Mothe, franchit la vallée du Lot par deux viaducs puis se raccorde à la RN9 au sud de Banassac.

Divers organismes en charge de la protection de la nature, comme l’ONF, ont passé des accords avec la DDE afin de contribuer à insérer harmonieusement l’autoroute dans le paysage qu’elle traverse. Ces importants remaniements sont à prendre en compte en cas de prospection archéologique. L’ONF a entre autres réalisé l’étude pédologique des solset a ainsi établi des directives de décapage et de stockage de la terre. Pour donner un ordre d’idée, le volume de déblais s’élève à 1 500 000 m3 et celui des remblais à 900 000 m3 sur environ 12 Km (du Monastier à Banassac). Tunnels, terrassements des falaises, itinéraires de substitution, d’importants aménagements paysagers ont été réalisés, ce qui a profondément bousculé la morphologie naturelle du vallon. C’est le bureau d’études SIEE (société d’ingénierie pour l’eau et l’environnement) de Montpellier, qui a réalisé toute l’étude, initiée par Marc Marcesse, paysagiste coordinateur de l’A75. Pour chaque commune traversée, un document de synthèse mentionnait son milieu physique et la définition des unités paysagères, ainsi que les aménagements projetés et les dispositions nécessaires à leur mise en oeuvre.

En effet, afin d’insérer l’autoroute dans le site, le terrain naturel a subi d’importants travaux de terrassement et des traitements paysagers. La mise en place de remblais a permis la création d’une courbe de passage doux entre la souplesse du terrain naturel aux formes souples et les talus techniques plats et raides aux angles saillants. On a décidé d’amplifier la zone de contact pour évaser les angles en courbes arrondies, ce qui a donné lieu à de nombreux remaniements et au remembrement de la commune de Banassac. Le terrain a été complètement remodelé, on a raccordé la route aux vallons naturels, on a créé des zones de dépôt afin de restituer à l’agriculture des zones propices aux cultures. Il est évident qu’avec autant de remaniements, les archives archéologiques ont une chance d’avoir été déplacées…

Des recherches archéologiques d’importance variable ont été réalisées sur plusieurs sections d’autoroute. Des espaces actuellement vides recèlent des traces d’occupation ancienne. Lors des importants travaux de terrassement qu’entraîne l’implantation d’une voie, le risque de les atteindre est grand. Afin de préserver les témoignages du passé sans gêner pour autant le développement de la région, dès le stade du dossier d’enquête préalable, l’étude d’impact du projet autoroutier est réalisée afin de recenser les sites archéologiques dont la conservation est susceptible d’être affectée lors des travaux. Des campagnes de prospection aérienne et pédestre et des sondages ponctuels évaluent le potentiel archéologique des sites reconnus. Une étude archéologique détaillée a donc été menée en 1996 par G. Fages.

La construction de l’autoroute a aussi permis de rappeler que l’on n’accède pas au causse par n’importe où. C’est grâce au génie civil que les ponts et tunnels ont permis de franchir des vallons et de raccorder les contreforts du massif central ou les causses aux vallées. Auparavant, il fallait trouver un épanchement du causse pour se rendre sur les hauteurs du plateau.

 

Les prospections

 

Diverses prospections ont été réalisées, en particulier des opérations de type « révision archéologique » et des prospections inventaires et thématiques. Dans les premières, on peut par exemple citer la prospection effectuée sous forme de stage formateur par Pierre-Yves Genty nommée « Révision archéologique Lozère I » en 1986. Il s’agissait de réaliser l’inventaire des sites archéologiques de la Lozère. Gilbert Fages a également contribué à la carte archéologique en prospectant. Par exemple, le rapport de prospection de 1989 est constitué de deux parties : la première concerne le département, toutes périodes confondues, et regroupe le travail effectué dans l’année suivant les opportunités. La seconde se limite aux mégalithes des Bondons pour l’inscrire et le classer Monument Historique.

Parmi les secondes, il existe de nombreuses opérations de prospection réalisées dans le cadre de recherches préalables à des travaux de grande ampleur comme l’opération menée par Philippe Gros en 1989. C’est une étude d’impact archéologique préalable à la mise à 2X2 voies de la RN 9 dans le département de la Lozère. Le rapport est de Philippe Gros mais étaient aussi présents sur le terrain Thierry Bismuth, Jean-Yves Boutin et Gilbert Fages. Il s’agissait de recenser en prospection les sites potentiels situés sur l’emprise des travaux et à proximité et tenter de déterminer l’importance scientifique et historique de certains sites par un sondage. Il faut dire que beaucoup de sites découverts en prospection l’ont été de façon hasardeuse : certains sites ont été trouvés car la prospection se faisait en période de sècheresse ; les prés et les champs moissonnés ont pu être prospectés, alors qu’ils auraient été illisibles en temps ordinaire. Les prosecteurs ont eu du mal à prospecter les terrains accidentés. Ils font remarquer dans leur rapport la sur-représentation des sites gallo-romains, la tegulaétant le seul indice que l’on repère même dans des contextes difficiles : les résultats ne rendent donc pas compte de la diversité des périodes d’occupation humaine. En tout cas, cela montre qu’il y a eu romanisation même dans les régions actuellement reculées.

D’autres travaux de prospection ont été ponctuellement menés, afin d’enrichir la carte archéologique. On peut citer les travaux de Fages et Lorblanchet (Fages, Lorblanchet 1967) sur les Causses, les riches contributions de G. Fages de 1989 à 1997 et le travail centré sur es nécropoles de Marie Boudon (Boudon 1989).

 

Les suivis de travaux sur édifice classé

 

La zone d’étude comporte d’importants sites classés Monuments Historiques ou inscrits sur la liste supplémentaire des Monuments Historiques : la chapelle Saint-Frézal, l’église Saint-Martin, le pont de Montferrand, le dolmen de Chardonnet, l’église de La Capelle, le château de Montjézieu en partie, la vieille ville de La Canourgue, le rocher dit « Sabot de Malepeyre » et la muraille rocheuse de « La Forteresse », deux maisons à pans de bois de la place au Blé (La Canourgue) et une maison du XVe siècle sont classés Monuments Historiques et bénéficient ainsi d’une protection particulière ainsi que d’un dossier. Ainsi, lors de l’assainissement du chevet de l’église Saint-Martin de La Canourgue, G. Fages a réalisé le suivi archéologique des travaux (Fages 1997), ce qui a permis de mieux comprendre l’organisation du cimetière ancien lové autour de l’église. De même, c’est la réfection de la chapelle Saint-Frézal qui a permis la découverte d’une inhumation en coffre, d’un bloc orné et l’étude du sarcophage du saint par les restaurateurs.

 

Le recueil de témoignages oraux

 

Durant toutes ces opérations, l’importance des témoignages oraux concernant la découverte d’indices de sites ou diverses anomalies du paysage s’avère capital. Par exemple, les témoignages de M. Baffie et de M. Boudon le 28 octobre 1986 ont amené les prospecteurs de Stage Lozère I sur des sites inconnus. De même, M. Rascalon, lors de nombreux entretiens oraux,confirme la présence de tegulae, de céramiques, de moellons trouvés lors des labours. Lors de mes vérifications sur le terrain, l’enquête orale s’est également avérée très payante : d’une part cela ma permettait de connaître les propriétaires des parcelles concernées et donc de les informer de mon travail et de la présence d’un site sur leur propriété. D’autre part, leur vif intérêt pour le patrimoine local les a souvent amenés à me donner d’autres informations, à m’accompagner sur le site, à me montrer et même à me confier les artefacts découverts fortuitement. Un grand gain de temps et une plus grande précision dans les informations recueillies s’ensuivirent. La collecte de ces informations et leur intégration aux fiches est primordiale, y compris pour les futurs travaux.

 

Les découvertes fortuites

 

Les découvertes fortuites ont aussi eu un rôle à jouer. Elles sont à imputer aux archéologues en poste en Lozère mais aussi aux amateurs et aux agriculteurs. Pour les découvertes relativement anciennes, on en fait mention dans les procès verbaux des séances de la société des lettres ou dans d’autres revues comme la Gazette archéologique ou la Revue Celtique. Par la suite, elles sont notifiées par les archéologues en poste au Service Régional de l’Archéologie.

 

 

2.1.6. La carte archéologique ou l’inventaire systématique du patrimoine par commune

 

Afin d’établir un corpus représentatif des sites de la zone étudiée, ce sujet a aussi consisté en un inventaire systématique des sites de toutes les périodes et de toutes les natures. Cette façon de travailler, qui ne s’attache plus au site mais à un espace, est tout à fait neuve par apport à l’historique des recherches présenté ci-dessus. En quelques dizaines d’années, nous sommes donc passés de la recherche du bel objet à un inventaire systématique et diachronique, en passant par diverses phases qui sont elles-mêmes très représentatives de l’évolution de l’archéologie en France.

 

Un tableau récapitulant les opérations propres à chaque site a été adjoint aux annexes.

 

2.2. UNE ZONE AU COEUR DE L’HISTOIRE DES CAUSSES ET DU GEVAUDAN

 

2.2.1. Etat des connaissances sur l’ancien Gévaudan

 

L’état d’avancement de la recherche archéologique en Lozère est ici résumé afin de mieux cerner l’état de la recherche propre à la zone étudiée.

 

2.2.1.1. Géographie historique : sources antiques et méthode régressive

 

Les sources antiques

 

Les textes nous éclairent quelque peu sur les peuples voisins des Gabales, ce qui nous permet de les replacer de façon relative dans le tissu de peuples gaulois du sud de la Gaule.

César mentionne les Gabales trois fois : il les cite lorsqu’il développe l’action de Lucterius menée en faveur des Arvernes pour obtenir l’aide des Gabales et des Nitiobroges lors d’une expédition contre la Narbonnaise (De Bello Gallico, VII, 7) ; dans une expédition contre les Helviens aux cotés des Arvernes (De Bello Gallico, VII, 64, 65) ; dans le contingent de secours envoyé à Alésia au côtés des Arvernes, ce qui nous informe d’ailleurs du lien de clientèle existant entre les Gabales et ces derniers : « Arvernis adjunctis eleutetis cadurcis gabalis vellaviis qui sub imperio arvernorum esse consuerunt » (De Bello Gallico, VII, 75).

Lucain nomme les Gabales parmi les nations occupant les sommets escarpés des Cévennes (Pharsale, I, V, 434-435) et Sidoine Apollinaire précise dans le Propempticon ad Libellum que la terre des Gabales est souvent recouverte de neige juste après la « Truyère aux reflets dorés ».

Strabon place les Rutènes et les Gabales aux confins de la Narbonnaise (Géographie, IV, II, 2).

Pline l’Ancien les rattache justement à l’Aquitaine (Naturalis Historia, IV, 33).

Ptolémée les mentionne sans préciser les limites de leur cité (Géographie, II, 7).

 

Ces informations permettent aux historiens de replacer de façon relative la cité des Gabales aux côtés de leurs voisins Rutènes, Arvernes, Vellaves, Helviens et Volques Arécomiques mais ne précisent en rien les contours exacts de la cité, si ce n’est ce que l’on peut en déduire par la connaissances des limites des cités voisines. A l’ouest, les relations qui lient Rutènes et Gabales laissent penser que la frontière ne devait pas être aussi nette que cela (De Chambrun).

 

Camille Jullian dit de ces petits peuples « tous ces pays constituaient au sud de l’Auvergne, depuis le Mézenc jusqu’au Pic de Nore, et de là jusqu’aux Gorges de la Cère, un vaste demi-cercle de montagnes, de forêts et d’amitiés qui garantissaient et consolidaient le peuple arverne du côté des grandes vallées méridionales » (Jullian 1914). Il fait ainsi apparaître le rôle capital que tiennent ces peuples aux confins du Midi et du territoire arverne, occupant ainsi une zone stratégique.

 

En ce qui concerne Banassac, nous n’avons aucune mention aussi ancienne. Elle n’apparaît pas sur la carte de Peutinger qui cite toutefois trois stations en pays gabale (Condate, Anderitum, Ad Silanum). Les premières mentions écrites apparaissent aux VIe et VIIe siècles sous les formes Banaciac(o), Bannacaco, Bannaciaco, Banniaciaco, sur des monnaies mérovingiennes (Ponton d’Amécourt 1833). En 1060, le cartulaire de l’abbaye de Saint-Victor de Marseille désigne l’endroit comme étant « Bannacag ». Selon Ernest Nègre (Nègre 1990), Banassac viendrait de Banassacus, lui-même issu du nom propre romain Venantius auquel on aurait ajouté le suffixe - acum.

La Canourgue apparaît en tant que telle vers l’an mil sous le nom de Canorga. Le village, situé au confluent du ruisseau de Saint-Saturnin et de l’Urugne près du confluent avec le Lot, tient son nom de son abbaye (canonica, puis canourca). Seules quelques sources écrites retrouvées sur ces deux communes nous renseignent sur les hauts personnages (voir les cippes dans les fiches d’indices de sites, en annexe).

 

Les limites de la cité d’après la méthode régressive

 

En utilisant la méthode régressive, on peut néanmoins appréhender les limites approximatives de la cité des Gabales. Pour connaître les limites du diocèse ecclésiastique qui reprendrait à peu près les limites de la civitas, il faut remonter la période précédant la création des départements (1790).

Les historiens du Languedoc Devic et Vaissette (Devic, Vaissette 1875-1892, t. XII) pensent que le diocèse de Mende aurait eu pour limites, à quelques exceptions près, celles de la civitas des Gabales. Lors de la création du département, à l’est les communes de Villefort, Combret, Pourcharesses, les Balmelles et Saint-André-de-Capcèzeont été détachées du diocèze d’Uzès pour être rattachées à la Lozère. La limite passait donc au sud de Planchamp et de la Garde-Guérin ; à l’est d’Altier et venait se lier à la limite actuelle entre le pic de Costeilade et celui de Malpertus. En revanche, la limite passait du côté ouest un peu plus bas à partir du pic de Costeilade et laissait donc au diocèse d’Uzès les communes actuelles de Vialas et de Saint-Maurice-de-Ventalon. Au sud, on a de même ajouté à la Lozère les communes de Meyrueis et de Gatuzières détachées du diocèse d’Alès. La limite venait donc rejoindre l’Aigoual en décrivant un arc de cercle à l’ouest de Meyrueis. Au contraire, on a soustrait au Gévaudan tout le canton de Saugues et la commune de Besseyre-Sainte-Mary pour les rattacher à la Haute-Loire. Lorsque l’on superpose la carte du Gévaudan et celle de la Lozère, on retrouve à peu près le même espace en dehors de ces quelque modifications frontalières. La civitasgabale devait donc avoir un aspect proche de celui de la Lozère actuelle. Il faut dire que ses limites sont la plupart du temps naturelles : au nord le Bès et la crête de la Margeride, au sud les Cévennes et la Jonte, à l’ouest les monts d’Aubrac et le causse de Sauveterre et à l’est la vallée de l’Allier.

 

 

2.2.1.2. Le Gévaudan avant la conquête romaine (d’après Provost dir., Fabrié 1989)

 

Le département de la Lozère est occupé depuis la Préhistoire. Les hauts plateaux sont particulièrement bien connus pour avoir accueilli les hommes à la Protohistoire. Les Causses constituaient une zone de passage privilégiée entre le bassin méditerranéen et le reste de la Gaule. Après une installation bien nette des hommes au Néolithique, l’Âge du Bronze lui succède sans discontinuité. Ces périodes nous sont surtout connues par l’étude des nécropoles et des grottes. Les dolmens sont fréquemment réutilisés et les inhumations collectives perdurent jusqu’à la fin de la période. Puis apparaissent les tumulià incinération.

En ce qui concerne les échanges, dès les débuts de l’Age du Bronze les causses sont reliés au bassin méditerranéen : on retrouve les mêmes parures et les mêmes objets en os dans les sépultures des garrigues. Mais on se doute que ces liens existaient bien avant, en témoignent les nombreux mégalithes qui bordent les railles caussenardes. Ces échanges commerciaux avec la Gaule du Sud perdurent durant l’Age du Fer. La céramique à décor champlevé du sud du Massif Central avec une pâte brun clair se retrouve sur les causses avec une pâte plus foncée, noirâtre. La diffusion des grandes épées hallstattiennes est contemporaine de l’occupation des places fortes, comme les enceintes et les éperons barrés. Les tribus semi nomades se sont sédentarisées et semblent avoir abandonné les abris de plaines et les vallées au profit de l’intérieur des plateaux. La période de la Tène est mal connue en Lozère. Le seul constat que l’on puisse faire, c’est la permanence des sépultures tumulaires à des périodes assez tardives.

 

2.2.1.3. Le Gévaudan sous domination romaine (d’après Provost dir., Fabrié 1989)

 

La Conquête

 

Après la Conquête, les Gabales sont mentionnés parmi les cités stipendiaires puis rattachés à l’Aquitaine lors de la création des trois Gaules.

La colonisation romaine a changé le mode de vie  en provoquant un essor de l’urbanisation. Les oppidaceltiques sont nombreux en Gévaudan : le Roc de la Fare, Clapas Castel et Saint-Bonnet-de-Chirac pour ne citer que les principaux. Presque tous les sites de hauteur sont abandonnés au début de l’époque romaine mais quelques uns sont réoccupés plus tard. Au second siècle, Ptolémée (Géographie, II, 7) site Anderedoncomme étant la ville majeure de la cité et la table de Peutinger mentionne, comme nous l’avons déjà dit, trois stations gévaudanaises : Anderitum-Javols, Condate-Chapeauroux et Ad Silanum-Puech Crémat. La fondation d’Anderitumsemble avoir lieu sous Auguste. Quant à Condate, on pense qu’il s’agissait d’un habitat groupé à fonction commerciale au carrefour de la voie secondaire du réseau Agrippa et de la Régordane alors qu’Ad Silanum devait être une mansiosur la voie Rodez-Lyon.

Une étude sur les toponymes en - acantérieurs au XIIIe siècle montre un regroupement des domaines de moyenne importance le long des vallées du Lot et de ses affluents et des vastes exploitations sur les hauts plateaux septentrionaux. Les villaedes plaines sont bien romanisées alors que les fermes de dimensions plus modestes sur les plateaux semblent au premier abord être restées plus traditionnelles : on y trouve de la céramique noire à décor incisé, des vases blancs à décor rouge, des haches votives… Les modestes habitats témoignent de la survivance des constructions indigènes de La Tène, mais d’une certaine acculturation romaine, comme en témoignent les huttes de pierres sèches présentant une couverture de tegulae… La Carte archéologique de la Gaule (Provost dir., Fabrié 1989) se plaît d’ailleurs à comparer les villaede plaines, riches et bien romanisées, et les habitats du causse à une ou deux pièces, « rarement trois ». Nous verrons que cette vision des choses n’a pas lieu d’être.

 

Prospérité du Gévaudan

 

Le Gévaudan prospère de l’époque romaine au haut Moyen Age. On pensait que les fermes des plateaux fonctionnaient en autarcie mais Pline parlait déjà du fromage gabale comme étant l’une des principales productions du Gévaudan (Naturalis Historia, XI, 42), ce qui, à mon avis, montre une grande ouverture aux marchés de l’empire et aux échanges. Ce n’est pas parce que la Lozère est enclavée aujourd’hui qu’elle l’a toujours été…On a souvent vu les exploitations caussenardes comme étant familiales et autarciques « limitées à des clairières défrichées » (Provost dir., Fabrié 1989), en particulier pour l’exploitation de la poix et du minerai de fer. Strabon signalait déjà des gisements de galène argentifère (Géographie, IV, 2, 2) en deux zones principales : une de Villefort à Mende avec quelques filons un peu plus au nord à Saint-Léger-de-Peyre, l’autre de Génolhac à Ispagnac. On y a d’ailleurs découvert des traces d’exploitation antique des mines. On connaît aussi deux gisements de cassitérite à Aumont et Ressouches et des gisements de cuivre de moindre qualité à Allenc et aux Gatuzières. Un atelier de bronzier du premier siècle avant notre ère a été par ailleurs découvert à Saint-Bonnet-de-Chirac.

 

Le Gévaudan présente également d’importants centres de production de céramique : Banassac et le Rozier, sièges de deux centres de production de la céramique sigillée, et à Florac où il aurait existé un atelier de céramique commune en activité du premier au septième siècle de notre ère, au confluent du Tarn et du Tarnon, en bordure de la draille de Margeride.

 

 

Les voies de communication

 

Les richesses naturelles du territoire gabale permettent de penser que ce peuple en a fait commerce et a donc dû créer et entretenir un important réseau de voies de communication. La poix, très utile lors de la vinification, trouvait un débouché en Narbonnaise, en particulier chez les vignobles biterrois qui offraient un marché intéressant. Les chantiers navals d’Arles et de Narbonne offraient un autre débouché au bois et à la poix utilisée pour calfater les coques des navires. Le bois trouvait aussi un débouché grâce au « marché intérieur » des ateliers de Banassac et du Rozier qui nécessitaient de grandes quantités de combustible.

Les exportations de Banassac dans la vallée du Rhône au sud de Valence et dans la Provence rhodanienne, dans les régions du nord-est, en Afrique du Nord, dans la péninsule italique et sur les rivages de la Méditerranée orientale mènent à penser que les voies devaient être très utilisées. La marchandise empruntait parfois des déviations par Nîmes ou par les Volques en passant p   ar Ispagnac, Florac et Saint-Laurent-de-Trèves. Pour exporter vers l’est (Annecy, Alberville, Genève), ce sont les vallées fluviales qui servaient de vecteurs de transport. On commerçait aussi avec les Santones vers l’Océan grâce à la voie qui partait de Javols en direction de l’ouest.

Avant même l’époque romaine, les Gabales possédaient bien sûr leurs propres voies de communication, pistes ou chemins. César pénétra très rapidement dans le Massif Central, ce qui fait penser que ce réseau existait bien avant son incursion. Rome ne fit que structurer ce réseau et l’enrichir de raccords. Plusieurs voies romaines sont connues en Gévaudan, mais beaucoup de chercheurs débattent encore au sujet de leurs tracés exacts et de leur réelle antiquité.

 

Le réseau Agrippa

 

Un réseau secondaire du réseau Agrippa (Lyon/Toulouse) passait par le Velay, puis Condate, Anderitum et Ad Silanum en Lozère et Segodunum en Aveyron. Elle pénétrait la Lozère par Condate/Chapeauroux, franchissait l’Allier et continuait vers Ancelpont, soit en passant par Chazeaux, au nord de Chams et Montagnac ou bien en traversant le Trémouls et le Giraudès. La voie continuait vers la Bataille (vestiges visibles à Combadou, commune de Grandrieu), vers la Margeride au nord-ouest de la Baraque des Bouviers, puis la vallée de Laldones, traversait le bois de Ferluguet, se dirigeait vers le Viala et le bois d’Apcher où des vestiges étaient encore visibles au début du siècle. La voie longeait l’actuelle RD 7, se dirigeait vers Fontans et se confondait avec l’ancien chemin de Fontans au Gas Roubert. On a remarqué la présence de nombreux toponymes de type « Chalsados », la voie étant plus communément connue sous le nom de « Chalsade ». La voie atteignait Javols-Anderitum par l’ancien chemin de Serverette où l’on peut voir des traces de radier. De là, elle se dirigeait vers Aumont-Aubrac par le Bouchet et croisait la voie qui rejoignait le territoire des Arvernes. La voie continuait vers Malbouzon par Grand-Viala-le-Vieux, la Baraque de Malpertus et les Quatre Chemins. Entre temps, il y avait peut-être un embranchement pour se rendre vers Fau-de-Peyre où l’on note le toponyme « cami romiou ». Après Malbouzon, la voie se dirigeait vers Rieutort puis vers le pont de Marchastel, le buron du Deroc, passait près du lac de Salhiens où l’on voit encore des traces et à l’est du lac de Souverols (GR actuel) pour rejoindre Ad Silanum/Puech-Crémat-Bas où le tracé est visible sur plusieurs kilomètres. Elle traversait la forêt de l’Aubrac vers les Infrus en direction de Rodez.

 

 

La Régordane

 

La Régordane est l’une des grandes voies médiévales, attestée au XIIe siècle dans deux chansons de geste de Guillaume d’Orange : le charroi de Nîmes (cf. vers 840, 952 et 957) et les Narbonnais (cf. vers 1750 et 5508). Elle reliait l’Auvergne au Bas-Languedoc et était encore considérée comme importante au XVIIIe siècle car Colbert qui la fit réparer (Devic, Vaissette 1872).

On se demande aujourd’hui si cette voie ne serait pas antique. En effet, un manuscrit du XVIIIe siècle[ la nomme « l’ancien chemin des Romains pour aller de Clermont en Provence et au Bas-Languedoc ». De plus, un certain nombre de toponymes le long de cette voie évoquent un culte rendu à Mercure. De Nîmes, elle passait par Chamborigaud, Génohac, Vielvic où l’on peut y voir des ornières, puis vers l’Estrade et Villefort. Elle franchissait l’Altier à Bayard, se dirigeait vers la Garde-Guérin, le Rachas, la Molette, le Thort, la Bastide, Laveyrune. Au Luc, elle franchissait la rivière et rejoignait Langogne, passait près des ruines de l’oppidum du Mont-Milan puis par le Cheylaret, Naussac et Chapeauroux. Pour la suite du tracé, c’est Marius Balmelle qui semble avoir donné l’hypothèse la plus probable (Balmelle 1939) : la Valette, le Mazel de Fontanes, Sinzelles, la Bastide et Condres avant de croiser la voie du réseau Agrippa à Condate pour se diriger vers Brioude. Cette route longeait en fait la cité à sa limite orientale et elle passe dans des régions où les mines ont été exploitées très tôt, ce qui penche aussi pour son ancienneté (Trintignac 2001).

 

La via Bolena

 

La via Bolena est une autre des voies qui parcourent le Gévaudan. Les traces de cette voie sont visibles sur la montagne qui en porte encore le nom, la Boulaine. Son tracé n’est pas certain, avec deux hypothèses principales :

 

-         selon Marius Balmelle, c’est un ancien chemin reliant Jonchères, Grèzes et Ad Silanum. Il propose cet itinéraire : la voie croisait la Régordane à Chaussenille, passait à Saint-Jean-la-Fouillouse, Donnepeau, franchissait la Margeride et allait vers Saint-Ferreol et la Roche-de-Rieutort. Elle suivait la ligne de crête de la Boulaine et aboutissait au pied de l’oppidum de Grèzes puis se dirigeait vers Chirac et Ad Silanum sous le nom « Estrade de Champ-Longue ». Cette hypothèse est appuyée par la présence de vestiges d’habitats gallo-romains dans la commune de Châteauneuf-de-Randon.

 

-         J. Michou et P. Dufort (Michou, Dufort 1974) pensent plutôt que la voie réunissait Javols à la vallée du Lot avant de rejoindre les Cévennes. Elle passerait près de Ribennes, le bois de la Grange, la vallée de Coulagnet, remontait la ligne de crête de la Boulaine pour gagner la vallée du Lot par le col de Vielbougue, avec peut-être un embranchement vers Grèzes. Elle franchirait le Lot au Bruel et montait sur le causse de Sauveterre où elle se confondrait avec l’actuelle route jusqu’au croisement de la D 31. De là, une branche suivrait la draille en direction de l’Aigoual par Sainte-Enimie et le col de Perjuret, l’autre branche rejoignant le col de Montmirat à l’est. Les seuls vestiges nets se trouvent en réalité à la Boulaine.

 

Pour conclure, il devait certainement y avoir un chemin reliant Javols à la vallée du Lot et aux Cévennes, seul le tracé reste hypothétique.

 

Il existe aussi des voies secondaires et bien sûrs des chemins très anciens. La voie de Saint-Andéol-de-Clerguemort présente des traces spectaculaires. On pense qu’elle liait la Régordane dans la région de Portes à la Croix de Berthel, où arrivait la draille. Parfois, elle est taillée dans le roc et les ornières sont très profondes. Plusieurs graffiti, dont un « Marcus », visibles sur les parois rocheuses, attestent de la romanité de la voie.

La strata Soteirana est un ancien chemin qui reliait Mende à Villefort. On pense qu’il est antique mais on n’en a pas de preuves, la voie étant juste attestée au Moyen age (ibid.). Elle passait par le causse de Mende, le col de la Loubière, Orcières, Vareilles, le Mazel, Neyrac, Cubières, Pomaret et l’Habitarelle. Elle desservait les centres miniers et passait près de Bagnols-les-Bains.

La strata Serveleria est aussi attestée par des textes médiévaux et reliait de même Mende et Villefort, mais par les crêtes. Grimaud et Balmelle (Grimaud, Balmelle 1925) pensent qu’elle passait par Chapieu, Lanuéjols, Vareilles, la croix de maître Vidal, d’où un embranchement partait vers Servies, le pic de la Réglisse, le signal des Laubies, le sommet de Finiels et les Costeilades. Le toponyme de « Peyre Plantade » et les vestiges gallo-romains présents dans plusieurs communes traversées par la voie font penser que cette voie était peut-être antique.

La via Boleyra est une idée du docteur Prunières : selon lui, il y aurait une voie à la limite du Gévaudan et du Rouergue croisant la voie du réseau Agrippa en direction de Saint-Germain-du-Teil vers l’Aubrac, bordée de tumuli. Mais nous n’en avons aucune trace.

Il devait aussi exister une voie reliant Alba à la Régordane, qui passerait par Resières, Joyeuse et les Vans selon Marius Balmelle (Balmelle, Grimaud 1925). Elle est citée dans des textes du XIIIe siècle. Les deux voies se rejoignaient soit à l’Estrade vers Villefort, soit vers La Bastide plus au nord.

Il existait aussi semble-t-il une voie reliant Javols au pays des Volques Arécomiques. Marius Balmelle propose comme tracé Lanuéjols, puis Saint-Bauzile, Montmirat, Ispagnac, Saint-Laurent-de-Trèves, le Pompidou et Saint-Roman puis Saint-Jean-du-Gard et Anduze.

Certains tronçons sont aussi présumés antiques comme le tronçon de voie pavée de Grandvals, le « cami ferrat » de Faibesse, les ornières de Saint-Michel-de-Dèze, le tronçon de chaussée empierrée de Cadoule, des restes de voie à l’est de Cassagnas etc.

Le trajet du Libellus de Sidoine Apollinaire emprunte nombre de ces voies et donne donc de précieux renseignements. De Brioude, il longe la Truyère et doit suivre une voie celtique pour rejoindre Javols puis Marijoulet vers Chanac en empruntant une partie de la via Bolena. Il continue vers Saint-Laurent-de-Trèves, peut-être par la via Boleyra ou en continuant sur la via Bolena pour bifurquer un peu plus loin sur le causse de Sauveterre.

 

Il ne faut pas oublier qu’il existait huit lignes d’eau mentionnées par la carte de Peutinger, dont une passe en pays gabale pour aboutir à Condate (Provost dir., Fabrié 1989). Elle part d’un point situé au sud de Blaye, rejoint la Garonne, la Dordogne et la Truyère et atteint l’Allier à Condate. C’est une ligne de communication entre l’Atlantique et les marchés du Centre qui suit assez souvent les voies terrestres, comme entre Javols et Condate, par exemple, où elle longe le réseau Agrippa. Peut-être que l’itinéraire terrestre a en fait doublé cette voie d’eau existant depuis longtemps.

Il existe également de nombreux cours d’eau qui ont pu jouer un rôle dans la vie économique de la cité, comme la Truyère, l’Allier, le Lot, qui arrosait Banassac, le Tarn, qui desservait Florac et le Rozier etc.

 

Les cultes(ibid.)

 

Les toponymes dérivant de lucus (bois sacré) attestent d’anciens cultes protohistoriques qui perdurent à l’époque gallo-romaine. On en trouve de nombreux en bordure de la Régordane. Les termes dérivant de Mercorium et Mercore sont également très présents le long de la voie (Fabrié 1985) : il s’agit certainement là de cultes antérieurs à l’époque romaine qui ont perduré après la Conquête.

Des abris naturels ont également été utilisés à des fins cultuelles comme la grotte de la Rouvière sur le causse de Sauveterre occupée de La Tène au premier siècle de notre ère et la grotte des « Tres Berbaous ». Les rites persistent longtemps en milieu rural, comme en témoigne Grégoire de Tours qui décrit les étranges pratiques autour du lac de Saint-Andéol (De Gloria Confessorum, VII, 2). Les habitants faisaient des offrandes au lac et un effroyable orage éclatait, dont les manifestations « faisaient penser à celles de Taranis ». Un fanum y a été découvert par M. de Marnhac et G. de Chambrun, tout comme des fragments de statuettes animales en terre cuite de l’Allier. Un autre sanctuaire de l’eau est connu au Vidalès (Laubies) où des bracelets ont été déposés dans les canalisations de la source.

Mais tous les sanctuaires de hauteur du Gévaudan ne sont pas forcément liés au culte de l’eau : sur l’oppidum de Saint-Bonnet-de-Chirac, A. Vernhet a identifié les ruines d’un édifice certainement élevé sur le tumulus d’un « ancêtre héroïsé ». Le site est occupé du Ier siècle avant notre ère au début du Ve siècle de notre ère (Vernhet 1967). Le fanum du mont Buisson et le sanctuaire rural de Cadoule sont aussi occupés durant toute l’époque gallo-romaine. Deux autres ensembles importants, celui de Rouffiac et celui de Langlade, non loin du mausolée de Lanuéjols, semblent être des lieux de culte. Le premier présente des éléments architecturaux, des fragments de statues et des os d’animaux qui datent du IIIe siècle, le second est à lier à une statue du dieu au maillet. Sur ces sites, la céramique, les monnaies et les statues de Vénus anadyomènes et de déesses-mères semblent avoir été déposées en offrandes aux divinités. En ce qui concerne les cultes officiels de Rome, nous n’en avons pas vraiment de traces, en dehors des inscriptions de Lanuéjols dédiées à Jupiter sous les formes Jovi Optimo Maximo et Divus Jovis. Le culte de Mars est attesté par d’autres inscriptions, comme celle de Recoulettes. Le dieu au maillet est connu par deux statues : l’une trouvée au Born, l’autre à Canilhac, où elle était honorée comme étant celle de saint Vincent. Sylvain-Sucellus, pris autrefois pour Bacchus, est connu par une statue découverte à Javols. Liber Pater est connu par la dédicace d’un cippe de Quintignac (CIL XIII, 1574). Esus-Cernunnos est connu par une pierre gravée trouvée au Monastier et que J. –J. Ignon avait identifiée comme un Hercule gaulois (Ignon 1839-1840). C’est un personnage, dont la tête manque, qui tient une massue ou une corne et saisit un cerf de l’autre main. Sur l’autre face se trouvent des oiseaux.

La religion romaine en Gévaudan se caractérise par une permanence des cultes locaux liés à l’eau, la terre et la fécondité en général. Mais le mausolée de Lanuéjols témoigne du goût romain des élites (CIL XIII, 1567). L’acculturation donne d’heureux résultats, en témoigne un tumulus de Drigas, daté de l’Age du Fer, qui présente une stèle à fronton triangulaire… D’ailleurs, les dédicants des stèles portant une épigraphie sont souvent d’origine celtique comme à Marijoulet et à Allenc (CIL XIII, 1569 et 1563). L’attachement aux pratiques funéraires antérieures aux Romains se traduit entre autres par la persistance de l’utilisation des tumuli jusqu’au IVe siècle, l’inhumation gagnant tardivement le Gévaudan autour du III e siècle.

Nombre de rites païens ont d’ailleurs perduré jusqu’au Moyen Age et se sont mêlés à la religion chrétienne, en témoignent les chapelles érigées à l’emplacement des sources sacrées (Saint-Frézal à La Canourgue, Saint-Hilaire près du lac de Saint-Andéol) et les réutilisations de tombes antiques comme à Lanuéjols ainsi que les transformations des cippes en calvaires comme à Quintignac.

 

2.2.1.4. Le Gévaudan durant l’antiquité tardive et le haut Moyen Age

(d’après Provost dir., Fabrié 1989)

 

Des ruptures ?

 

D’après la CAG (ibid.), les crises observées en Gaule durant l’Antiquité tardive ne semblent pas avoir affecté le Gévaudan. La cité serait-elle la seule à avoir échappé aux problèmes ?

Il semblerait, en effet, que les terres pauvres soient mises en valeur au IVe siècle, ce qui a été montré par l’analyse des pollens de J.-C. de Beaulieu et A. Pons (Pons, Beaulieu 1979). Grégoire de Tours, au Ve siècle (De Gloria Confessorum, VII, 2), décrit les offrandes faites au lac de Saint-Andéol (toisons de laine, étoffes, fromages). D’après l’étude des toponymes en -eremos, des défrichements sont réalisés à l’époque mérovingienne (Rouche 1979), preuve de la mise en culture des terres.

 

 

Toutefois, des traces de destructions datées des années 260 sont visibles en bordure du réseau Agrippa, mais aussi le long de la Boulaine et de la Régordane. Des dépôts monétaires y ont été enfouis et l’on y repère des couches d’incendies comme à Puech Crémat après 251 ou à Condate. A la fin du IVe siècle, de nombreux sites furent détruits ou abandonnés comme Cadoule, où l’activité était pourtant ininterrompue du Ier siècle au IVe siècle. Banassac semble être désertée après 378, l’oppidum de Saint-Bonnet-de-Chirac et le fanum du lac de Saint-Andéol ne sont plus fréquentés à la fin du IVe siècle, tout comme la villa de la Croix-du-Siffleur. En revanche, des monnaies mérovingiennes ont été trouvées à Javols.

 

L’Eglise primitive du Gévaudan

 

La première mention d’une communauté chrétienne en Gévaudan est liée au martyre de saint Privat perpétré par le chef barbare Chrocus (Grégoire de Tours, Historia Francorum, I, 32). Saint Privat est alors appelé « gabalitanae urbis episcopus ». Mais lorsque saint Cyprien écrit en 254 au pape Etienne en lui donnant la liste des évêques de Gaule et de Germanie, il ne mentionne pas les Gabales (Epistola, 78, 1-5). Au concile d’Arles, en 314, on a la preuve de l’existence d’une communauté chrétienne en Gévaudan mais elle est représentée par un diacre. Le christianisme progresse donc en Gévaudan au IVe siècle, mais les pratiques païennes perdurent encore longtemps. Grégoire de Tours a pu donner le titre d’évêque à saint Privat afin de lui donner un peu plus d’importance, sans qu’il s’agisse pour autant d’un véritable évêque au sens actuel du terme.

 Le siège épiscopal était d’abord installé à Javols, où l’on a retrouvé une église très ancienne sous le parking du musée. Selon Bertrand de Marseille, qui écrit au XIIIe siècle, il aurait ensuite été transféré à Mende (Bertrand de Marseille, in Brunel 1917). Javols aurait alors conservé une certaine importance administrative jusqu’au VIIe siècle. Il se pourrait que l’atelier monétaire mérovingien se fût installé dans la capitale avant d’être transféré à Banassac au VIIe siècle. Le siège épiscopal aurait-il alors lui aussi transité par Banassac avant de s’établir définitivement à Mende ?

En 475, toujours selon Sidoine Apollinaire, le siège épiscopal des Gabales est vacant. Or, en 506, l’évêque Leoninus délègue sur ce siège un diacre, Optimus. Il y aurait donc eu organisation de l’Eglise gévaudanaise entre temps.

Sur le plan politique, les Gabales ont l’air favorables à l’alliance wisigothique, ils envoient des légats à Agde pour rencontrer Alaric. En revanche, ils sont visiblement hostiles aux Francs car l’évêque n’envoie aucun émissaire au concile d’Orléans en 511. L’auteur de la Vita Sancti Hilari[ (Anonyme, in Pourcher 1898) signale d’ailleurs le siège de la Malène par les Francs, vers 525.

Par la suite, les évêques se heurtent à l’autorité du premier comte du Gévaudan, Palladius, nommé par Sigebert (Grégoire de Tours, Historia Francorum, IV, 40). Selon lui, tout change en Gévaudan avec la conquête franque : « Seronat foula aux pieds les lois de Théodose pour leur substituer celles de Théodoric » (Epistola II, 1).

A l’époque mérovingienne, Banassac frappe monnaie. Les pièces portent souvent pour emblème un calice à deux anses surmonté d’une croix dit « calice du Gévaudan ». Pendant trente-deux ans, de Childebert à Dagobert, 141 médailles différentes sont produites à Banassac.

 

2.2.2. Etat des connaissances sur les Causses Majeurs (Fages, Collin 1990)

 

La présence de l’homme sur les Grands Causses est attestée au Paléolithique Moyen entre 70 000 et 30 000 ans avant notre ère : les objets taillés découverts par M. Hugues sur le causse Méjean témoignent du passage d’un groupe de chasseurs, le débitage de la chaille du Ségala montre la maîtrise de la technique Levallois, les nombreuses cavités bien exposées ont dû contribuer à la fixation des hommes. Les abris du Portalas (Sauveterre) ont livré des restes d’ours, d’aurochs, de hyènes, de rhinocéros, de chevaux, des armes et des outils de silex ou de chaille retouchés qui attestent de la chasse du gros gibier.

Au Paléolithique supérieur, l’homme paraît avoir déserté la région mais il se peut que ce soit dû à un manque de découvertes…Des recherches dans les années 1990 dans des sites dolomitiques ruiniformes du Larzac montrent les indices de la présence des hommes à cette période.

Le Mésolithique marque, en effet, la fin progressive du nomadisme des chasseurs et correspond à un réchauffement climatique qui éloigne la faune froide (renne) au profit d’une faune tempérée (cerf, chevreuil, sanglier, lièvre). Le développement de la forêt de pins sylvestres et de chênes caducs favorise la cueillette des glands, noisettes et légumineuses sauvages. L’homme fabrique de petits outils (microlithes) et utilise l’arc. On remarque que nombre des abris sous roches utilisés à cette période sont réutilisés par la suite. Il est à noter que le Néolithique Ancien caussenard est mal différencié du Mésolithique.

Le Néolithique ancien et le Néolithique moyen (de 5000 à 2500 ans avant notre ère) sont marqués par le passage de la prédation et du nomadisme à la fixation de l’homme sur un territoire. L’homme ne dépend plus autant des ressources de la chasse, pêche et cueillette, il agit sur son environnement et devient producteur de nourriture en devenant agriculteur et berger. Il innove et se spécialise dans la poterie, le tissage ou encore le commerce. La phase ancienne du Néolithique est caractérisée sur le plan matériel par l’usage de la céramique décorée au cardium. Dans les années 1980, un faciès caussenard a été dégagé sur le Larzac et le causse Noir : la poterie n’est plus décorée au cardium mais du bout des doigts ou avec une baguette.

C’est au Néolithique moyen que le peuplement du causse Méjean prend vraiment son essor, vraisemblablement d’abord sur le pourtour du causse. L’industrie lithique de fines lamelles en silex blond et la céramique au décor gravé au burin après cuisson sont d’excellente qualité. Ce sont apparemment le blé, l’orge et les légumineuses qui sont cultivés sur les plateaux et les bœufs, moutons et chèvres ainsi que les porcs qui sont élevés. Les paysans caussenards ont presque vécu ainsi jusqu’à l’avènement de la civilisation industrielle. C’est la coupe en calotte et le vase à fond bombé et à paroi dégagée qui sont les formes les plus courantes de la céramique, tout comme le pot globuleux à col peu marqué. Les moyens de préhension sont les boutons perforés, les barrettes et les cordons multiforés. Le décor est gravé après cuisson et souligne le bord interne des coupes en calotte (sillons, bandes hachurées, triangles à hachures croisées). Des lamelles de silex blond et quelques poinçons en os tirés de métapodes d’ovins ont aussi été retrouvés. Lorsque la saison le permettait, les habitants devaient laisser les grottes pour des campements de plein air. Sur le plan des pratiques funéraires, on distingue trois types de sépultures sur les Causses : en grotte, en caisson de lauzes en pleine terre ou sous tumulus avec une fosse centrale contenant l’inhumation.

Au Néolithique Final / Chalcolithique (2500-1800), l’occupation du sol s’accroît sur le causse. On a souvent classé les hommes de cette époque en groupes régionaux (Rodézien…). L’homme reste attaché aux grottes mais les campements de plein air se multiplient, les hommes continuant à se déplacer saisonnièrement. Les premiers objets de cuivre apparaissent aux environs de - 2300. Les grandes lames de silex sont utilisées en faucilles ou en poignards. La chaille, quant à elle, était répandue dans la fabrication des outils. Le quartz hyalin abondait et était utilisé comme percuteur. Le granit, le grès et le basalte étaient utilisés pour fabriquer des forme de meules, va-et-vient et molettes. Les poinçons, les lissoirs et les gaines de haches sont façonnés dans l’os et le bois de cerf. Les colliers sont faits à partir de cuivre, plomb et or. Les hameçons sont en os. La fabrication du fromage est attestée par la découverte de faisselles. Les coquillages marins montrent qu’il existait des échanges avec le littoral méridional, comme l’atteste aussi la ressemblance entre la céramique à chevrons de Meyrueis et de la plaine du Languedoc. Parfois, des grottes révèlent une occupation saisonnière comme l’aven des Corneilles, au Néolithique final. Sur les causses, très souvent, la tombe est collective, que ce soit en grotte ou sous dolmen. Les cadavres sont déposés côte à côte dans les grandes grottes mais, dans les grottes plus petites et les dolmens, on effectue des rangements pour faire de la place. Dans les vallées et les zones dolomitiques des plateaux se trouvent de nombreuses minuscules anfractuosités à l’accès difficile et à l’ouverture étroite. Quelques sujets y sont conservés, avec souvent une forte proportion d’enfants. Sur les plateaux calcaires et près des affleurements rocheux, on trouve souvent des dolmens. Ces tombes ont souvent été utilisées pendant mille ans et abritent des dizaines d’individus. Il en existe plusieurs types : les dolmens simples à chambre rectangulaire, les plus nombreux et les plus anciens, les dolmens à couloir rectiligne qui relie la cella au bord du tertre, couloir bordé de murets ou de petites dalles dressées. Les dolmens à couloir coudé bordé de dalles se trouvent souvent sur les causses lozériens. La cella est incluse dans un tertre, souvent circulaire : le tumulus. Les menhirs, dont on ne connaît ni la fonction, ni la signification, sont également nombreux sur les causses (80 sur le Méjean). Il y a aussi plusieurs cas d’incinération et il faut noter que la trépanation est courante et que certains sujets y survivent.

Durant l’Age du Bronze Ancien et Moyen (1800-1200), les grottes sont toujours occupées et les sites de plein air se multiplient, les sites chalcolithiques sont réoccupés. L’agriculture et l’élevage ont une grande importance, le cheval est domestiqué et dressé. L’homme continue d’utiliser la pierre mais lui réfère peu à peu le bronze (bijoux , poignards à rivets, hache à légers rebords, flèche, poinçon losangique, épingle à tête perforée, épingle tréflée ou à disque, applique en tôle, hameçon coudé). On retrouve parfois des dépôts de bronziers et des cachettes de haches. La céramique renouvelle ses formes : fonds plats, décor plus présent, moyens de préhension plus sophistiqués (anse à poucier). Les coutumes funéraires perdurent même si, depuis le Chalcolithique, les dolmens tendent à devenir des coffres plus petits, clos sur quatre côtés, ce qui implique un accès vertical qui oblige à déplacer la dalle de couverture lors de nouvelles inhumations. Ces tombes, utilisées de 2200 à 1700 avant notre ère, contiennent moins de personnes que les dolmens. Le coffre préfigure le caisson individuel. Au Bronze Moyen, les grottes sépulcrales existent toujours mais il y a moins de sujets enterrés. C’est aussi le déclin des tombes collectives. Le tumulus les remplace progressivement même s’il n’est d’abord pas complètement une sépulture individuelle.

Le Bronze Final (1200-700) voit naître les habitats groupés caussenards. Il s’agit de l’agglutination de la population sur les hauteurs. Les maisons et de cabanes devaient être en torchis sur ossature en matériaux périssables, dont les dimensions et la forme ne sont pas connues. Les grottes sont toujours habitées : ce sont d’ailleurs elles qui procurent la documentation la plus fournie. La production de céréales (blé, orge, millet) et de légumineuses progresse. On fabrique des objets de bronze : épées, haches à douille, pointes de flèche en tôle, couteaux, rasoirs, bracelets ciselés, épingles à tête enroulée, boutons à bêlières, vaisselle. Les plaques de lignite sont découpées pour faire des parures, des bracelets. L’ambre, la pâte de verre étirée et les perles sont aussi utilisées à des fins de parure. La céramique est de très bonne qualité, en particulier celle à profil anguleux ou fond plat déprimé. Les fusaïoles sont aussi en terre cuite.

Sur le plan des pratiques funéraires, l’incinération remplace finalement l’inhumation. Après la crémation, les cendres sont recueillies dans une urne cinéraire déposée au centre d’un tumulus, une caverne ou une tombe mégalithique antérieure. Les anciennes sépultures collectives sont réutilisées jusqu’à l’époque gallo-romaine. Les nécropoles de sépultures individuelles en pleine terre ne sont pas connues en Lozère mais les grottes ont pu jouer ce rôle : on y a trouvé de nombreux dépôts cinéraires. Les cendres du mort sont répandues ou mis dans l’urne et l’on trouve aussi des vases à offrandes et des objets. Parfois, l’inhumation et l’incinération coexistent.

L’Age du Fer, de 700 avant notre ère jusqu’à la Conquête romaine, peut être divisé en deux stades : le Premier Age du Fer ou Hallstatt (700-450) et le Deuxième Age du Fer ou La Tène (450-52). L’homme abandonne les cavernes pour aller vivre en plein air de façon sédentaire. Des fortifications ont été mise au jour sur les rebords des plateaux : des éperons barrés par des remparts de pierres sèches et des ouvrages défensifs plus élaborés sont édifiés sur les hauteurs. La sépulture individuelle sous tumulus se généralise mais les tombeaux antérieurs sont encore utilisés (dolmens). Au début de l’Age du Fer, l’incinération prédomine comme au Bronze Final. Vers 600, l’inhumation revient et s’efface de nouveau au second Age du Fer qui voit l’essor de l’incinération jusque loin durant l’époque romaine. Les poteries sont décorées de motifs géométriques excisés. A la fin du Premier Age du Fer, l’incinération du défunt et de son mobilier se fait sur le lieu même où l’on élève le tumulus.

 

 

L’époque gallo-romaine (de la Conquête en 52 avant notre ère à la chute de l’Empire romain d’Occident en 476) voit l’écriture apparaître sur les Grands Causses à la fin du premier siècle avant J.-C. Des maisons sont bâties sur le modèle romain mais la cabane reste le type d’habitat majoritaire. Les habitats groupés se développent aux croisements des axes. Le travail du métal, de la terre cuite et l’extraction de la résine de pin sont les principales activités artisanales. Des offrandes sont faites aux divinités des grottes, des sources et des sommets, alors que les sépultures, incinérations pour les plus riches, sont regroupées près de l’agglomération, à l’extérieur.

 

2.2.3. Etat des connaissances sur Banassac et La Canourgue 

 

2.2.3.1. Les premiers hommes

 

A Banassac, les plus anciennes traces remontent au Néolithique Moyen. La construction de l’autoroute A 75 a permis le repérage et la fouille au Champ del Mas d’une dizaine de structures empierrées d’agriculteurs chasséens au confluent entre le Lot et l’Urugne (Gros 1991) . Les dolmens de la Côte de la Galline témoignent également de l’ancienneté du peuplement de ce fond de vallée. En 1819, le creusement des fondations d’un pont sur l’Urugne a permis de mettre au jour une hache à douille en bronze (Fages, 1977). Il existe aussi un important habitat fortifié de hauteur du Premier Age du Fer à l’extrémité nord du Cap-du-Clapio au sud du Champ del Mas. Ce fond de vallée, qui a connu ses heures de gloire à la période gallo-romaine n’a cessé d’être occupé jusqu’à nos jours

Sur la commune de la Canourgue, l‘ancienneté remonte au Mésolithique avec l’occupation millénaire de la grotte de la Roquette. Les cavités naturelles ainsi que le pied des falaises sont aussi fréquentés du Néolithique Final à l’Age du fer et les mamelons karstiques et hauts replats sont parsemés de dolmens comme Chardonnet, Le Montet, Conques... Les enceintes protohistoriques et les établissements ruraux gallo-romains témoignent de même de la pérennité de la mise en valeur de ce milieu.

 

2.2.3.2. La période faste

 

Les officines de Banassac

 

Evolution des recherches (Fages 1998)

 

Les fouilles ont été dirigées au fur et à mesure des autorisations données par les propriétaires, auxquelles il faut adjoindre les découvertes fortuites. Dès 1819, les découvertes tendent à montrer que nous sommes en présence d’un important site antique. On trouve par hasard des monnaies (Tibère), de la céramique, des objets. C’est à partir de 1826 que l’on met au jour des ateliers de potiers : on exhume de la poterie sigillée en grande quantité ainsi que le matériel nécessaire aux artisans. En 1857, on découvre des constructions thermales à La Pravive sur la route de Sévérac. Il s’agit certainement d’une très riche villa. En 1937, Morel découvre et fouille les dépotoirs de deux fours à Banassac. Dès 1961, le groupe d’archéologie antique du Touring Club de France s’intéresse à La Canourgue et à Banassac : des vestiges d’habitat, un niveau de sol, un drain et une fosse dépotoir comblée par les déchets d’un atelier de fabrication de céramique sigillée sont mis au jour. Des cales et des fragments de fours ainsi que 5000 tessons de poterie sont recueillis. A partir de là, les années 1960 vont voir le développement des fouilles des ateliers. Parallèlement, quelques sites antiques des alentours sont également mis au jour (Ron de Gleizo).

 

Détails des découvertes dans l’ordre chronologique

 

En 1819, l’antiquité du site est confirmée par des découvertes fortuites, entre autres une monnaie de Tibère.

C’est en 1826, au mois d’août, que l’on met au jour les ateliers. M. Dou, propriétaire du domaine d’Oby, redresse les fossés de sa prairie sur la rive droite de l’Urugne lorsqu’il découvre des fragments de sigillée qu’il reproduit et signale à M. Ignon. Trois signatures du potier Rufinus et un fragment de vase orné attribuable à Natalis sont découverts. Les trouvailles sont de suite publiées dans les mémoires de la Société Académique de la Lozère.

Une publication de 1841 mentionne dans les fondations du pont sur l’Urugne la découverte, en 1819, de nombreuses sigillées et une monnaie de Tibère à l’autel de Lyon type R.I.C. 11 de 14-21 de notre ère et un petit bronze à la louve au revers du IVe siècle. Lors de défoncements réalisés en vue de planter des arbres, les découvertes continuent d’abonder.

Le 27 août 1857, lors de son congrès annuel à Mende, la Société française d’archéologie vote une subvention de 100 F pour les fouilles de Banassac. C’est Théophile Roussel, Président de la Société d’Agriculture, Lettres, Sciences et Arts de la Lozère qui les dirige, assisté de A. de Trémontels.

On exhume les constructions thermales à La Pravive sur la route de Sévérac. Les fouilles ne concernent pas l’atelier mais donnent lieu à une correspondance avec M. de Caumont, ce qui nous donne des précisions sur les fouilles précédentes et les découvertes faites au domaine d’Oby : dès 1842, Ignon avait signalé la découverte, dans un champ situé sur la rive droite de l’Urugne, entre Banassac et La Canourgue, de nombreux fragments de poteries romaines, avec des pièces entières et des moules avec des sujets en creux. La grande masse des débris d’une même pâte rouge leur donne à penser qu’il existait là une fabrique de poteries. Plus tard, dans ce même terrain mais en un autre point, M. Barbot, propriétaire, trouve des vestiges antiques et un moulin à vernir.

Près de là, plus près encore du centre de Banassac, sur la rive gauche de l’Urugne, dans un clos nommé Lou Clauzelou, M. Monestier, agent-voyer découvre un amas de poteries rouges, avec des vases entiers aux ornements variés en relief représentant des animaux, des plantes et divers sujets mythologiques. M. Ignon fait mention de cette découverte dont quelques échantillons sont apportés au Musée de Mende par M. Laurens, agent-voyer en chef. 

En même temps que les fouilles ont lieu dans l’enclos Monestier, d’autres se tiennent sur la rive droite, réalisées par la famille de Finances, qui en détiendrait toujours les archives (Fages 1998).

Morel rappelle (Morel 1938) que dans Banassac, d’autres personnes ont dégagé une officine de potier avec son four, ses moules et beaucoup de céramiques mais il n’en précise pas la date.

A la suite des découvertes faites en 1859 dans l’enclos Monestier, l’abbé Boissonnade et M. Laurens fouillent de temps en temps avec le propriétaire devant la maison Monestier dans la bande située entre la maison et le jardin. Hélas, ces fouilles n’ont pas donné lieu à des prises de notes. Des vases ont été conservés par le propriétaire mais d’autres ont été remis au musée de Mende.

L’abbé Céres, connus pour ses travaux sur la Graufesenque, s’est également rendu à Banassac. Reçu par M. Monestier, il achète pour 130 frs la plus grande partie de la collection et la revend au Musée des Antiquités Nationales à Saint-Germain-en-Laye. La collection a été inventoriée sous plusieurs numéros, reproduits sur les tessons. D’après Fages 1998, les lots suivants s’y trouvent toujours : 

- N° 19608 à 19707 : achat fait à M. Monestier, de Banassac (Lozère), par l’intermédiaire de M. l’abbé Cérès : fouilles d’une habitation de potier et d’un four à poteries, le 8 juillet 1872.

- N° 18479 à 18492, 21622 et 21622A,25638, 31414,78427 : don de l’abbé Cérès, fours à potiers de Banassac. Apparemment, certains documents céramiques ne proviennent pas de Banassac. Soit il s’agit d’une absence de rigueur lors de l’entrée au musée, soit il s’agit bien de tessons trouvés à Banassac mais non produits dans l’atelier de Banassac.

 

En 1881, M. Badaroux, de La Canourgue, réalise des travaux avec l’autorisation de M. Monestier et M. de Nogaret, propriétaire du domaine d’Oby. On découvre un moule complet, un poinçon-matrice au nom de Maximianus et plusieurs vases complets.

En 1884, des recherches portent sur les installations thermales de La Pravive, reprenant les travaux effectués en 1841 par M. Roqueplo.

En dehors de quelques petits sondages peu importants en 1894, les recherches sont stoppées pendant quarante ans.

En 1937, le docteur Morel reprend les travaux grâce à un crédit des Beaux-Arts et à un crédit supplémentaire du Conseil Général. La fouille est réalisée avec la collaboration de Jean Lyonnet, architecte départemental. Au Villaret, près des thermes découverts en 1857 par de Trémontels, les ouvriers dégagent une salle au sol cimenté qui livre 150 à 200 Kg de céramique.

Au domaine d’Oby, le docteur Morel obtient l’autorisation de M. Nogaret (Conseil Général) de réaliser une tranchée est-ouest. La tranchée, de 12 m sur 1,80 m, permet de mettre au jour quelques découvertes mais le travail devient vite impossible car la tranchée est inondée par un canal d’irrigation tout proche.

En 1938, Morel et Lyonnet ouvrent une nouvelle campagne de fouilles grâce à trois sondages.

Dans l’enclos Monestier (parcelle 933 à l’époque) est pratiquée une tranchée de 24 m débutant à 8 m du mur, longeant le mur délimitant la parcelle 933 de la parcelle 932. La terre végétale de moins d’un mètre d’épaisseur livre de rares tessons brisés. Puis vient une couche de sable et de graviers de 0,10 à 0,20 m d’épaisseur et une couche de 0,30 à 0,50 m d’épaisseur qui présente de nombreux fragments de céramique peinte en partie supérieure. Entre les deux, on note un amalgame de moellons taillés, de terre argileuse et de sigillée, la céramique lisse est plus présente que la céramique ornée au moule. Les tessons ou vases sont souvent collés entre eux et violacés, certains sans engobe. Les fragments de moules sont peu nombreux. Les vases entiers découverts sont engagés les uns dans les autres. Il s’agit sûrement d’un dépotoir d’atelier. Entre 1,50 et 1,70 m de profondeur commence le sol naturel. Des tranchées perpendiculaires ont été creusées de 5 m sur 1, en direction de l’Urugne. Mais la céramique est rare. On découvre la sole d’un four. La seconde tranchée est creusée dans la même direction, et on trouve un second four, en très mauvais état. Les tranchées ne sont pas prolongées en raison de la présence d’arbres, et elles sont reprises au delà vers le nord. On fouille un vaste dépotoir à 2,30 m, qui correspond à la même couche que le précédent. Le docteur Morel précise qu’ils ont trouvé des canalisations et 1500 Kg de poteries. La couche archéologique est épaisse 2 m par endroits et le sol primitif n’est atteint qu’à 4,50 m de profondeur.

Un second sondage est réalisé Place de la Confrérie / du Calvaire. Une tranchée nord-sud a permis de mettre au jour des vestiges de murs et une autre qui lui est perpendiculaire livre les mêmes structures, mais peu de céramique. Ces tranchées étaient larges de 1 m sur 1,70 m de profondeur. Ce sont ces fouilles qui ont été reprises en 1964.

Un troisième sondage est ouvert au niveau de l’école privée. Une tranchée de 14 m dans le sens nord-sud est ouverte dans la parcelle 944. La céramique est de plus en plus présente au fur et à mesure que l’on se rapproche du bourg actuel de Banassac. Le docteur Morel a gardé une partie du produit des fouilles (matériel et notes) et M. Lyonnet a gardé l’autre partie. Lors de l’Occupation, les deux hommes sont arrêtés et leurs maisons occupées par les forces allemandes. Les caisses de céramiques sont stockées à l’extérieur et subissent les intempéries. Les plans et les notes auraient alors apparemment disparu.

En 1953, les Ponts-et-Chaussées entreprennent la construction d’une route nationale (Route Neuve) à travers le domaine d’Oby, dans un pré en pente appartenant à M. Nogaret. On réalise les travaux assez rapidement : toute une stratigraphie riche en céramiques est détruite mais le docteur Morel recueille en vrac trois tonnes de tessons. Un four a toutefois été détruit.

Entre 1953 et 1960, des découvertes fortuites et des sondages ont lieu, le long et au nord-est de l’église, à l’occasion de l’extension du café Cabiron ; il en est de même dans un jardin au sud de la Place de la Confrérie/du Calvaire (Cavaroc) et à l’extérieur et le long du mur est de l’enclos Monestier (Vigarié). Les artefacts ont été distribués entre le docteur Morel et les particuliers.

En 1961, la société des Lettres et le groupe d’archéologie antique du Touring Club de France (TCF) entreprennent des fouilles estivales. M. Boudon de la Roquette, propriétaire de la parcelle 992 accepte les fouilles et M. Gallet de Santerre, Directeur des Antiquités, donne son autorisation. Les tranchées zigzaguent à cause de la présence d’arbres fruitiers mais révèlent toutefois une stratigraphie : de la terre végétale sur 20 cm avec quelques tessons de sigillée, puis une couche entre 0,20 m et 0,70 m avec des tessons en quantité, des moellons, des monnaies antiques, étudiées par P.-H. Mitard. C’est une strate de nivellement obtenue par prélèvement de déblais provenant de strates voisines en place. Puis vient une couche entre 0,70 et 1,20 m avec qui correspond, dans sa partie inférieure, au sol antique sur lequel se sont accumulés les déchets d’atelier. A l’ouest, le sol a recouvert une fosse. A l’est, il a succédé à un niveau antérieur à la phase de production de l’atelier. Ensuite vient le sol naturel, qui présente des dépôts de deux époques différentes : une fosse-dépotoir avec beaucoup de sigillées datant peut-être de l’époque de production de l’atelier, et le niveau supérieur avec des tessons de céramique peinte ; ce serait une production étrangère à Banassac, ayant existé jusqu’à 75 de notre ère. La fosse comporte des déchets de sigillée, lisse ou moulée, avec de nombreux tessons provenant de manqués, des colifichets, des cales de four, des éléments de structure des fours. Les deux tiers du matériel orné proviennent de Germanus. Il n’y a pas de monnaies, contrairement aux strates précédentes.

En 1962, une nouvelle campagne s’ouvre mais les sondages sont négatifs sur les parcelles 940, 979, 980. Une fouille est entreprise dans les parcelles 923-927 (jardin Pouget) à 30 m au sud-ouest de l’enclos Monestier. Une tranchée de 7 m sur 1 m est reprise une seconde fois pour doubler la surface fouillée. Une stratigraphie apparaît : jusqu’à 1,75 m on trouve des déblais, de la sigillée brisée, de la céramique grise commune, une monnaie de Constantin, un tesson de céramique rouge ornée à la molette (apports tardifs). Puis viennent deux couches de couleurs différentes reposant sur le sol vierge, jusqu’à 2,30 m. La sigillée est moins fragmentée mais des tesselles en verre, des moellons de construction, une monnaie de Constantin, des déchets de cuisine, des huîtres, des briques de chaînage, du mortier, des tegulae font penser à des déblais rapportés mélangés à la sigillée attribuable à l’atelier. Quelques éléments de four sont recueillis. A l’ouest, en fin de fouille, un arrangement grossier de moellons plats formant un coffre est dégagé. La fouille a donc permis d’enrichir la collection d’éléments d’atelier mais elle ne correspond pas à des niveaux d’époque.

En 1963, les travaux reprennent avec les mêmes participants sur la rive droite de l’Urugne dans un pré appartenant à M. Cabiron (parcelle 1054), à l’ouest des fouilles que Morel avait effectuées en 1937 au domaine d’Oby (parcelles 1638 et 1639). La stratigraphie de la tranchée principale montre de la terre végétale sur 25 cm de profondeur, puis une couche entre 0,30 et 0,40 m formée de couches d’apports avec des moellons et de rares tessons sigillés ou de céramique grise ordinaire. La troisième couche est séparée de la précédente par un empierrement formant sol. Elle comporte des moellons, des braises, des déchets de cuisine, des fragments de tegulae et de tuyaux en terre cuite et de la sigillée trop cuite et brisée. Un dallage la sépare de la quatrième couche à 0,85 m. Cette quatrième couche est identique à la précédente, jusqu’à 1,60 m. Puis vient une couche de 50 cm d’épaisseur, avec des braises, de la sigillée trop cuite, des cales de four, des dalles en terre cuite, des tubes, des blocs d’argile cuite ayant servi à l’obturation de tuyères de fours. Puis vient une couche sans braises, formée de marnes et de sable, de 10 cm d’épaisseur, avec les mêmes céramiques et une monnaie du VIe siècle indiquant que tout ce qui se situe au-dessus est un apport des gisements situés au-dessus, au nord. La couche suivante est formée d’argile compacte avec quelques beaux fragments de sigillée sur 10 cm de profondeur, avec parfois un décor épigraphique. Une monnaie de Commode est mise au jour, mais aucun vestige de four. Le terrain vierge se trouve juste sous cette couche. Situé au sud de l’enclos Monestier, cet endroit confirme l’existence de zones peu riches ou réaménagées par la suite.

Jusqu’en 1962, des fouilles sont pratiquées par M. Cavaroc dans un jardin privé au sud de la place de la Confrérie / du Calvaire. Elles sont partiellement publiées. La collection a été étudiée vingt ans plus tard. Les documents renseignent sur la décoration et confirment l’abondance et la proximité des ateliers ayant utilisé des moules de Germanus et de Natalis. D’autres céramiques peintes et un vase à relief d’applique de la vallée du Rhône montrent que le lieu était fréquenté avant et après la période de production de l’atelier de sigillée.

Le stage de révision organisé par P.-Y. Genty en 1986 confirme l’inventaire des sites fouillés fait par Hofmann (pourtant publié deux ans plus tard). Les ateliers de potiers peuvent être plus ou moins circonscrits grâce aux mentions des découvertes et des sondages négatifs. Les ateliers se situent sous la moitié orientale du village de Banassac, entre l’église et la rive gauche de l’Urugne. Quelques sondages positifs permettent aussi de penser qu’ils s’étendaient un peu en vis à vis sur la rive droite, dans la partie occidentale de la parcelle anciennement B4 1884. Hofmann pense que les ateliers s’étendent sur une dizaine d’hectares.

 

 

Le mobilier des officines

 

Les fouilles des ateliers ont la plupart du temps permis de mettre au jour des moules, du matériel de cuisson, peu d’outils pour tourner les vases en revanche. Aucun four en place n’a été trouvé ou du moins décrit. Ceux qui ont pu être fouillés lors des campagnes anciennes n’ont pas été suffisamment analysés pour que l’on puisse en tirer aujourd’hui des informations. En revanche, on note de nombreux vestiges de fours (tubuli, joints, cales de fours, briques réfractaires, chapeaux ou chapiteaux de cheminée (tournettes). Peut-être les fours sont-ils situés dans des secteurs non fouillés au sud de l’atelier au pied de la falaise ? (Hofmann 86)

 

Lieu de conservation du mobilier

 

Une partie du mobilier a disparu pendant l’occupation allemande (Peyre 1975). D’après Fages 1998, l’essentiel du mobilier est conservé au Musée Départemental Ignon Fabre, au centre de documentation archéologique Charles Morel (mairie de Banassac), au dépôt archéologique de Banassac-La Canourgue (environ 180 portoirs de la collection Morel) ainsi qu’au musée Fenaille (Aveyron) et dans des collections privées. Le Musée de Saint-Germain-en-Laye conserve les tessons n° 19608 à 19707, n° 18479 à 18492, n° 21622 et 21622 A, n° 25638, n° 31414, n° 78427.

 

Etat des connaissances sur les ateliers de potiers (Trintignac 1999)

 

Ø      Un atelier de Gaule du Sud

 

L’atelier de Banassac, qui produisait de la céramique sigillée, appartient au groupe des officines de Gaule du Sud, qui en comportait une quinzaine (Verhnet 1986). On distingue généralement le groupe de la Graufesenque, auquel Banassac et le Rozier appartiennent, Montans, et Bram. Ils ont fonctionné de 25 avant notre ère à 275 de notre ère. Le groupe de la Graufesenque comprend aussi les ateliers du Roc et d’Espalion, d’Aspiran et de Jonquières, les deux ateliers lozériens et bien sûr les 600 potiers de La Graufesenque.

Des pré-sigillées sud-gauloises sont produites à la fin du premier siècle avant notre ère dans les ateliers de Montans, Bram et La Graufesenque, qui tentent d’imiter la sigillée italique. Ces ateliers vont se développer au point d’exporter dans tout l’empire au premier siècle de notre ère et créer des satellites comme le Rozier.

Comme nous avons pu le voir dans le chapitre consacré à la présentation de la zone d’étude, Banassac avait de quoi alimenter son activité artisanale et économique : située à un confluent, elle ne manquait pas d’eau. Le pin sylvestre, omniprésent sur le causse boisé, se prêtait bien à la combustion. L’argile était et est toujours présente en grande quantité dans ce fond de vallée liasique situé au pied du Causse. Tous les ingrédients étaient donc disponibles sur place.

 

Ø      Chronologie

 

La chronologie de l’atelier de Banassac a été revue et corrigée en raison d’une erreur d’appréciation des premières céramiques. En effet, la céramique d’époque flavienne mise au jour à Banassac, et qui avait fait penser aux archéologues que l’atelier avait commencé à produire vers 70 de notre ère, n’a pas été produite à Banassac. Toute la sigillée mise au jour à Banassac n’a pas forcément été produite à Banassac. Les productions de La Graufesenque et de Banassac se ressemblent étrangement par leur composition, leur couleur, leur structure, leur forme, leur décor. En fait, les productions précoces de Banassac ressemblent beaucoup aux dernières productions de La Graufesenque et sont en partie dues aux mêmes artisans. Cette erreur est aussi due à l’ancienneté des collections de Banassac qui mélangeaient allègrement les origines des différentes productions (Banassac, La Graufesenque…)

Polak et Mees pensent que la production de Banassac n’aurait pas commencé avant le second siècle de notre ère. Certains potiers dont on sait qu’ils travaillaient à Banassac ont exercé à La Graufesenque jusqu’à la fin du premier siècle de notre ère. A. Trintignac précise que certains sites du Limes dans lesquels la sigillée gabale a été mise au jour sont postérieurs à la dernière décennie du premier siècle (Polak). La forme Drag. 29 est rare à Banassac, forme qui n’est plus produite à la même époque (85-90).

En revanche, on sait qu’il produisait vers 100-110 car le castellum d’Hofheim sur le Limes en a livré, camp démantelé vers 110 (Polak). Le camp d’Oberstimm a lui livré de la sigillée de Banassac dans la même couche qu’une pièce datée de 103-111. Le fossé, comblé vers 120 nous permet de dater cette céramique entre 103 et 120.

Ce serait donc au moment où La Graufesenque décline – elle cesse ses productions à grande échelle vers 120 - que Banassac prend son essor. On pense que des potiers de La Graufesenque sont venus fonder l’atelier de Banassac. Il est possible qu’ils aient été attirés par l’extrême facilité d’approvisionnement en matériaux nécessaires à leur activité. Hofmann précise d’ailleurs (Hofmann 1988) qu’il n’y a pas eu de phase d’apprentissage à Banassac. A Trintignac s’interroge (Trintignac 1999) sur les raisons d’une telle implantation si près de La Graufesenque. Première hypothèse : l’atelier, filiale de La Graufesenque, exporterait vers le Limes dans l’expectative de conquérir de nouveaux marchés au moment où La Graufesenque déclinait (Mees, 1995). Seconde hypothèse : La Graufesenque crée l’atelier de Banassac pour améliorer et diversifier sa production. Troisième hypothèse : les potiers ont cherché à échapper aux contraintes fiscales, Banassac ayant livré des récipients volontairement non signés ou illisibles (Hofmann 1988). Quatrième hypothèse : il y aurait eu pénurie de matière première autour de La Graufesenque, en particulier de bois. Cinquième hypothèse : l’atelier de Banassac a été créé pour faire concurrence à celui de La Graufesenque, hypothèse réfutée par Polak (Polak 1993).

On pense aujourd’hui qu’il y a eu soit fondation de Banassac par La Graufesenque, soit coopération. Les deux premières hypothèses ne sont pas très convaincantes. Les ateliers de Banassac sont donc créés à un moment où La Graufesenque décline et où le groupe de Centre Gaule prend le relais. C’est une période où les derniers potiers de La Graufesenque se contentent du marché italique et de Narbonnaise et abandonnent le filon septentrional, repris par Banassac (Mees 1993), et on ne sait pourquoi.

Les exportations lointaines semblent cesser au milieu du second siècle : la sigillée gabale est absente des forts romains du Limes autour de 155 (Hofmann, 1988). Mais on sait que l’atelier produisait encore autour de 150 car certains décors de la sigillée de Banassac sont inspirés de ceux de Lezoux, datés de 140-160. On pense que c’est d’ailleurs la concurrence de cet atelier et du groupe du Centre en général qui a provoqué la chute de Banassac. La mise en œuvre de la production demandait effectivement d’être assuré de leur diffusion à grande échelle pour que cela soit rentable, rentabilité qui a dû être entamée par cette concurrence. Mais la fin des officines ne signifie pas la fin de Banassac : un atelier de frappe de la monnaie à la période mérovingienne y est attesté.

 

Ø      Production

 

Il n’est pas sûr que Banassac ait produit uniquement de la sigillée, mais nous n’avons aucune preuve. La pâte est fine, dégraissée au calcaire. l’engobe et même la composition chimique de la pâte sont très proches de celle de La Graufesenque, sauf en ce qui concerne le taux de Potassium.

Banassac a produit des formes lisses Drag. 35/36 en grand nombre, et de façon moindre des Drag. 27, Drag.33, Drag. 42, Drag. 38, Drag 18/31, Curle 11, Ritterling 12, Drag.34, Drag.44, Drag.46, Curle 15. On a aussi mis au jour trois formes de gobelets ovoïdes connues uniquement à Banassac (Hofmann, 1986). Banassac a produit peu de formes ornées, pour la plupart des Drag. 37 et quelques formes de Drag. 29 et Drag. 30. En revanche, l’officine s’était visiblement spécialisée dans la production de vases Drag. 37 ornés d’épigraphies. Un ou plusieurs mots latins tiennent lieu de décoration. Seule l’ove A qui a été utilisée pour cette décoration. La partie supérieure du vase comportait donc une rangée d’oves, puis l’inscription et des motifs floraux et enfin des rinceaux de feuillage ou de scènes de chasse. Les légendes acclament un peuple gaulois (Treveris, Sequanis, Remis, Gabalibus, Lingonis auquel on adjoignait feliciter) ou sont plus anonymes (veni ad me amica, bibe amice de meo, ave divina, tam bene fictilibus…). Toutefois, tous les peuples cités n’étaient pas consommateurs de la sigillée gabale, ce qui a fait penser à Mees qu’il s’agissait d’une publicité destinée à conquérir ces nouveaux marchés. Mais le problème reste entier car des vases avec ce type de décor ont été retrouvés chez des peuples qui, eux, n’étaient pas mentionnés dans les épigraphies…

Les poinçons utilisés à Banassac étaient les mêmes que ceux de La Graufesenque mais on ne sait s’ils étaient contemporains. Le nom du potier Germanus revient d’ailleurs assez souvent dans les deux officines. En tout cas, 450 poinçons ont été utilisés à Banassac. Il semblerait qu’une trentaine de potiers y aient travaillé ; on a retrouvé leurs signatures estampillées sur les vases lisse dans les dépotoirs : on y trouve des potiers, des producteurs de moules et des décorateurs de moules. Au moins cinq d’entre eux ont travaillé à la Graufesenque. Les potiers sont connus par leur cognomen, la plupart d’origine latine et rarement indigène, et un seul cas de tria nomina est connu, probablement un citoyen romain. Il faut toutefois se méfier car les potiers signaient avec des estampilles différentes, abrégées pour la plupart, et placées dans des cartouches. La mention « of » pour officina est rare. En revanche, on trouve plus fréquemment « M » pour manus et « F » pour fecit. Mais le plus souvent, le potier a préféré un petit motif, une sorte de logo, à son nom. Des estampilles ont d’ailleurs été rendues volontairement illisibles. Hofmann (Hofmann 1986) se demande s’il s’agit là d’une tentative de fraude au contrôle et donc à l’impôt ou une utilisation frauduleuse d’une estampille d’un autre potier…

Parmi les potiers, on note Axus, Almus, Biragillus, Cailvus, Claudius Gema, Cliamillus, Coccillus, Comicus, Domitus, Flavius Germanus, GDP, Geamilus, Iabus, Iulianus, Iulus Aemilius, Lavrus, Nam-Pio-, Nigrinus, Reginus, Rufinus, Suarad, Natalis et Titus Iulius Aplastus et parmi les décorateurs de moules OF GDP, SER, LENTINUS, NATALIS, GERMANUS, GERMANUS SER, MARINUS. Enfin, des lettres ou des motifs étaient parfois apposés sous le décor, peut-être en guise de signature.

 

Ø      Aires de diffusion

 

Banassac a « exporté » en des points bien précis de l’empire. En pays gabale, Javols-Anderitum était bien sûr consommatrice des sigillées de Banassac, puis lui préféra la mode de Lezoux à partir du milieu du second siècle. En Gaule, l’atelier a exporté en Narbonnaise dans la partie orientale. On pense que la sigillée gabale était en réalité envoyée en Narbonnaise pour y être stockée avant d’être exportée vers les provinces rhéno-danubiennes. Quelques sigillées, rares, sont attestées à Tours, Orléans, Bordeaux, Le Mans. En revanche, la sigillée gabale est bien représentée le long de son trajet vers le nord : Montélimar, Lyon, Vienne, Chambéry, Albertville, Annecy et Genève. Banassac a surtout écoulé sa production en direction du limes, vers les garnisons qui stationnaient au niveau des limites de Germanie et de Rhétie. En revanche, elle s’est peu préoccupé de la Gaule Belgique, de la Germanie inférieure et du nord de la Germanie supérieure. Ces régions étaient déjà approvisionnées par les ateliers de Gaule de l’Est et de Gaule du Centre. Les productions ont également voyagé sur le Danube pour parvenir sur le limes de Pannonie et même jusqu’en Dacie. En Espagne, on a retrouvé de la sigillée gabale en Tarraconaise, mais c’est plutôt La Graufesenque qui dominait ce marché. Enfin, on notera la présence, rare il est vrai, de productions gabales en Maurétanie Tingitane. En Bretagne et en Italie, quelques sigillées de Banassac existent, mais sont très rares.

 

Autres découvertes antiques

 

D’autres découvertes antiques ont été faites à Banassac, qui ne concernent pas les ateliers de potiers. 

 

Riches demeures

 

- en 1859, la Société d’agriculture de la Lozère a effectué des fouilles archéologiques dans le quartier situé entre le ruisseau de Saint-Saturnin et la RN 9 au Mazet. Un aqueduc conduisant un grand volume d’eau à trois piscines superposées a été mis au jour (Fages 1998). Ces thermes pourraient être privés, un riche habitat existe non loin, la villa de La Pravive.

 - les fouilles d’août 1961 ont montré la présence d’un habitat (enduits peints, stucs, porphyre) sous les basses terres de l’Urugne, du ruisseau de Saint- Saturnin et du Lot.

- une villa a aussi été reconnueà Reilles lors de la découverte d’une salle qui présente une mosaïque.

 

Nécropoles

 

A Banassac, la nécropole la mieux connue est celle du Champ del Mas. Elle fut repérée en 1989 lors de prospection en vue de la construction de l’autoroute A 75. Un complexe funéraire a été fouillé en 1990. Il comportait deux bâtiments contigus et quatre tombes à incinération des 1er et 2e siècles de notre ère. Les crémations n’avaient pas lieu sur place mais sur un ustrinum communautaire, peut-être associé à une autre nécropole en bordure de la voie reliant Banassac et Millau (Feugere, 1996). Deux sont datées : l’une au plus tôt du règne de Nerva, l’autre de Domitien.

 

A La Canourgue, un cimetière est localisé en août 1961 en bordure de la route reliant Banassac à La Canourgue. Il fut fouillé par le TCF sur la rive gauche de l’Urugne, derrière l’hôtel Verlaguet. Il s’agit d’une nécropole du Bas-Empire qui a peut-être pris la suite d’une nécropole plus précoce.

 

Habitats ruraux

 

Il existe d’autres sites antiques ruraux, tous situés dans la commune de La Canourgue. Des vestiges antiques sont attestés à Fontjulien, Saint-Frezal, sur le terrain du golf du Sabot, au dessus du chemin des Clauses, à Saint-Saturnin et à la grotte de Roquayzou. Le site de Cadoule (Ron de Gleizo) fut sondé dès 1869 puis partiellement fouillé à partir de 1961. Il était fréquenté au Haut-Empire (Peyre 1968) et il semble qu’il s’agisse d’un habitat groupé, peut-être autour d’un sanctuaire.

 

Les voies

 

D’après la tradition orale, une voie dite romaine arrive au Mazet depuis le sud-ouest par la croix de la Mission. On a découvert en 1977 un fragment de borne milliaire sur la commune de Sévérac-le-château datée du règne de Philippe l’Arabe indiquant l’existence d’une voie passant par Banassac. Elle n’est pas mentionnée sur la table de Peutinger.

Pour M. Labrousse, il s’agit là d’un itinéraire reliant Banassac sur le Lot à Boyne sur le Tarn avec un embranchement pour se rendre au Rozier et à la Graufesenque : le milliaire du Villaret serait le marqueur d’une route jusqu’ici inconnue. La route donnerait alors une unité aux ateliers de la Gaule du Sud. Mais pour exporter vers le limes, il était plus direct de rallier la voie d’Agrippa à Javols que de faire un détour par Rodez.

   Banassac semble également avoir été reliée à la Régordane par les drailles. Un chemin la reliait à Mende par la vallée du Lot. De là, une autre voie permettait de rallier la vallée du Rhône, la strata Soteirana, par Villefort, située sur la voie Régordane.

Une draille reliait également Banassac à la via Bolena qui permettait de joindre Anderitum, la capitale, et se dirigeait vers les Vellaves.

Une autre route reliait Banassac, Le Rozier et la Graufesenque, d’où un raccord permettait de rejoindre la via Domitia qui se dirigeait vers Narbonne.

 

2.2.3.3. L’Antiquité tardive et le haut Moyen Age

 

Banassac n’est pas abandonnée après le déclin de l’officine de potiers, en témoignent les chamboulements observés dans les couches d’occupation des sites fouillés et les monnaies retrouvées dans la stratigraphie, qui attestent de la pérennité de l’habitat. Peut-être Banassac ne vivait-elle pas que de la sigillée… Après les invasions barbares et le martyre de saint Privat, Banassac devient un centre de monnayage. A la période mérovingienne « aucune villa de Gaule n’a frappé autant de monnaies ». On y frappait le triens d’or (un tiers de sou), qio portait la mention « gabalorum » pour les plus anciens.

La Canourgue prend ensuite son essor. Le premier fait historique écrit connu remonte à 826 ; c’est l’assassinat de l’évêque des Gabales, saint Frézal, inhumé dans un sarcophage de grès dans la chapelle du même nom. La Canourgue tire son nom, comme nous l’avons déjà dit, de son abbaye, dont il ne reste que l’abbatiale. Le monastère, situé non loin de Saint-Frézal, pourrait avoir existé dès le VIIe siècle d’après le vocable saint Martin figurant sur une monnaie de Banassac datée de 631. En tout cas, on sait que le monastère existe au IXe siècle. La villa canonica est mentionnée lors de la fondation de l’abbaye par l’évêque Frodoald. Il s’agit en fait de la future Canourgue. On parle alors de Li Chanonja, puis de Canourca en 1370, désignée comme étant la propriété du roi. Le monastère, tout comme celui de Sainte-Enimie participera de la diffusion du christianisme en Gévaudan. Le monastère de La Canourgue est ensuite rattaché à l’abbaye bénédictine de Saint-Victor de Marseille par l’évêque de Mende Aldebert, puis devient prieuré conventuel et est ensuite sécularisé.

 

                                                          

               

                                                                                  
AUDREY ROCHE

 

Formation 

  

Ø       2008   Ecole du Louvre, "prépa conservateur" , admissible en 2008 spé. musées et spé. archéologie, option archéologie historique de la France (-52 - 1789) (Paris)

Ø       2007   Master professionnel Métiers de l'Archéologie et Patrimoine mention Très Bien (Lyon)

Ø       2006   Maîtrise Histoire des Arts et Archéologie mention Très Bien  (Clermont-Ferrand) 

Ø       2006   Licence Allemand-Anglais

Ø       2005   Licence d’Histoire des Arts et Archéologie mention Bien

Ø       2002   Baccalauréat ES spé Maths mention Très Bien, section européenne d’Anglais (Mende)


  

Expérience professionnelle 

  

 

Ø       Depuis novembre 2011 Attachée de conservation du patrimoine-Archéologue, Conseil Général de la Savoie, musée savoisien.

Ø       2010-2011, Assistante qualifiée de conservation du patrimoine, Responsable du service culturel municipal, Vernou (77)

Ø       2008-2010  Adjoint technique au musée du Louvre. Accueil, sécurité, médiation. 

Ø       avril-août 2007   Archéologue, canton d’Argovie (Suisse allemande). Fouille d’une voie romaine de Vindonissa.

Ø       étés 2004 et 2005   Adjoint du patrimoine remplaçant, musée du site gallo-romain de Javols (48)    

 

 

Stages

 

Conservation : musée départemental de la Lozère

Ethnologie : SRI d’Auvergne

Documentation : bibliothèque universitaire d’Histoire de l’Art à Clermont-Ferrand

Fouilles archéologiques : 1 an de fouilles bénévoles environ (tumulus dans le Cantal ; site Néolithique et âge du Bronze à Molène ; fosses hallstattiennes à Lyon ; camp légionnaire romain d’Oedenburg ; capitale des Gabales à Javols-Anderitum ; castrum de Calberte ; habitats du haut Moyen âge dans le Cantal, site du Britzgyberg  en Alsace.

Prospections pédestres : Grande Limagne ; Lozère

Autres : archéologie du bâti médiéval en Auvergne ; numismatique gauloise à Bibracte

 

 

Divers

 

Ø       Permis de conduire B et voiture personnelle

Ø       Logiciels : Word, Excel, Illustrator, Photoshop, ACDSee, Carto-Exploreur , Access, File Maker, Arc View, Photoplan, Socrate.

 

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